La survie du caribou au Québec (partie 3)
Malgré son nom de caribou des bois, ce cervidé se retrouve autant en forêt boréale qu’en montagne ou encore dans la toundra. Les populations distinctes évoluant dans des habitats différents et ayant des caractéristiques et des comportements particuliers sont qualifiées d’écotypes. On dénombre quatre écotypes en Amérique du Nord soit migrateur, forestier, montagnard et de Peary.
Au Canada, 11 des 16 populations de caribous évaluées par le COSEPAC1 ont un statut particulier allant de «préoccupant» à «disparu». À l’heure actuelle, les 4 populations sans statuts ne font pas l’objet d’évaluation de la part de cet organisme. Au Québec, les populations de l’écotype forestier sont désignées «vulnérables» depuis 2005 tandis que la population de caribou de la Gaspésie (écotype montagnard) est désignée «menacée» depuis 2009.
1 Comité sur la situation des espèces en péril au Canada
Dans les années 1800, l’aire de répartition du caribou des bois dans l’est de l’Amérique du Nord s’étendait au sud jusqu’aux États-Unis. On en retrouvait notamment au Maine, au Michigan, au New Hampshire, au Vermont et au Wisconcin. Entre 1840 et 1925, toutes les populations de ces États sont disparues. Au Canda, les populations de l’Île-du-Prince-Édouard, de l’île-du-Cap-Breton, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick ont subies le même sort sensiblement au cours de la même période. La limite sud de répartition du caribou des bois n’a cessé de migrer vers le nord depuis. Au Québec, on retrouve le caribou des bois (écotype forestier) essentiellement entre le 49° et le 55° de latitude Nord alors qu’il se retrouvait jusque dans le sud de la province dans les années 1800. En 2003, le nombre d’individus a été estimé à tout au plus 3000 répartis sur un territoire de près de 241 400 km2. Dix ans plus tard, les nombreux inventaires ont permis de réévaluer le nombre de caribous des bois pour un territoire de 644 000 km2 à 5 980 - 8 570 individus. Seulement trois hardes connues de l’écotype forestier existent encore sous le 49e parallèle, soit celles de Val-d’Or (Abitibi), de La Sarre (Abitibi) et de Charlevoix (Charlevoix). De ces trois hardes, celle de Charlevoix est due à la réintroduction de l’espèce dans les années 1960. Elle comptait entre 100 et 125 individus au début des années 2000. Dans les années 1990, les hardes de Val d’Or et de La Sarre comptaient respectivement environ 40 et 400 individus. Depuis, la population de Val d’Or a périclité pour atteindre 15 individus. La harde de La Sarre est encore la mieux portante des trois avec à l’heure actuelle entre 500 et 600 individus.
Une population de caribous (écotype montagnard) survie à l’intérieur des limites du parc national de la Gaspésie et de la réserve faunique des Chics-Chocs (Gaspésie). Ce sont les seuls individus indigènes de l’espèce au sud du fleuve Saint-Laurent. Cependant, ses jours sont comptés. En 1957, cette population avait été estimée à 500-1000 individus. Elle était réduite à 200-250 individus au début des années 1990. Dix ans plus tard, le nombre d’individu avait encore chuté et la population était estimée à 140 bêtes. Les chances de survie de cette population sont pratiquement nulles sans l’intervention de l’homme afin de diminuer les populations de carnivores du secteur et de moduler les effets négatifs des interventions en milieu forestier ayant lieu autour du parc national de la Gaspésie. À cela, il faut ajouter les conséquences de possibles problèmes de consanguinité dû à la petite taille du cheptel et de la fragmentation de celui-ci dans trois secteurs distincts du parc cet de la réserve faunique adjacente.
Deux troupeaux de caribous de l’écotype migrateur utilisent le territoire québécois à certaines périodes de l’année, soit les troupeaux de la rivière aux Feuilles (Nord-du-Québec) et celui de la rivière George (Labrador). Les populations de caribous migrateurs sont reconnues pour connaître des fluctuations dans le temps. Les inventaires successifs entre 1975 et 2001 ont permis de constater l’accroissement du troupeau de la rivière aux Feuilles, passant de 56 000 à 628 000 individus. Par la suite, le déclin s’est amorcé. En 2016, la taille estimée du troupeau était de 199 000 individus. Cette situation a obligé les autorités à suspendre la chasse hivernale au caribou dans certaines zones. Parallèlement, le troupeau de la rivière George a perdu près de 99 % de ses effectifs en une dizaine d’années. Il ne resterait que 8 900 individus selon le dernier inventaire effectué en 2016 .
Les autorités gouvernementales travaillent à la préservation de ces populations de caribous. Ils doivent cependant jongler avec les enjeux propres aux différents acteurs présents sur les territoires utilisés par les caribous (ex : autochtones, chasseurs, industriels). La cohabitation de ces derniers avec l’humain n’est pas aisée, mais il est impératif que tous puissent y trouver leur compte et que la survie du caribou soit au cœur des stratégies élaborées de bonne foi par tous les acteurs concernés. De ce fait, il sera intéressant de voir si les plans de rétablissements mis sur pieds par le gouvernement du Québec porteront leurs fruits à terme (ex : 2023 pour l’écotype forestier). Il serait dommage d’assister en temps réel à l’extinction d’un animal emblématique de notre contrée nordique.
Références
Champagne, É.P. 2017. Le caribou des bois plus menacé que jamais à Val-d'Or. Article de journal publié sur le site Internet La Presse.ca. [En ligne] : http://www.lapresse.ca/environnement/especes-menacees/201702/28/01-5073994-le-caribou-des-bois-plus-menace-que-jamais-a-val-dor.php
COURTOIS, R., DUSSAULT, C., GINGRAS, A., LAMONTAGNE, G. 2003. Rapport sur la situation du caribou forestier au Québec. Société de la faune et des parcs du Québec. Direction de la recherche sur la faune, Direction de l’aménagement de la faune de Jonquière et Direction de l’aménagement de la faune de Sept-Îles. 45 p.
ÉQUIPE DE RÉTABLISSEMENT DU CARIBOU FORESTIER DU QUÉBEC (2013). Plan derétablissement du caribou forestier (Rangifer tarandus caribou) au Québec — 2013-2023, produit pour le compte du ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs du Québec, Faune Québec, 110 p.
MFFP. 2016. Caribous de la rivière George – Résultats de l’inventaire aérien du troupeau. Communiqué de presse. [En ligne] : http://mffp.gouv.qc.ca/caribous-de-la-riviere-george-resultats-de-linventaire-aerien-du-troupeau/
MFFP. 2016. Fermeture de la chasse sportive au caribou migrateur. Communiqué de presse. [En ligne] : http://mffp.gouv.qc.ca/fermeture-de-la-chasse-sportive-au-caribou-migrateur/
Radio-Canada. 2016. Déclin du troupeau de caribous de la rivière George: pas de répit en vue. Article de journal publié sur le site Internet Radio-Canda.ca. [En ligne]http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/801556/caribous-riviere-george-declin-poursuite
TAILLON, Joëlle, Vincent BRODEUR et Stéphane RIVARD. 2016. État de la situation biologique du caribou migrateur, troupeau de la rivière aux Feuilles, ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, Québec, 69 p.












