Des villes Ă hauteur d'enfant
Ce n'est pas une phrase bateau, le concept de ville Ă hauteur d'enfants intĂ©resse certaines municipalitĂ©s françaises, telles que Lille, Lyon, Montpellier, qui prennent Ă bras-le-corps cette approche globale et croisĂ©e de politiques Ă©ducatives, sociales, urbanistiques (une Ă©tude de l'ADEME Ă retrouver sur ce lien Ă ce sujet). Ca n'apparait clairement pas dans le dĂ©bat public des Ă©lections municipales dont n'Ă©merge d'ailleurs pas grand chose Ă part des ambitions individuelles pour telle ou telle ville. Et pourtant ! L'Ă©lection municipale est le plus populaire des scrutins, visant Ă dĂ©signer des Ă©diles qu'on croise au quotidien et qui par l'ampleur des compĂ©tences communales et intercommunales, peuvent encore "changer la vie". LĂ oĂč, tant Ă l'Ă©chelle des autres collectivitĂ©s territoriales qu'Ă l'Ă©chelle de la France ou du monde, on peine un peu Ă faire avancer les choses dans le bon sens...ou dans n'importe quel sens d'ailleurs.
Faire une politique de ville Ă hauteur d'enfant, c'est une approche inclusive. On peut aussi penser la ville dans d'autres dimensions. Pour les femmes qui sont dans certains aspects exclues de l'espace urbain. D'autres catĂ©gories d'Ăąge peuvent souffrir d'amĂ©nagements urbains peu adaptĂ©s. Ces sujets sont tous essentiels car oĂč mieux qu'Ă l'Ă©chelle de la ville peut-on faire sociĂ©tĂ©? L'intĂ©rĂȘt de la ville Ă hauteur d'enfants, c'est un objectif politique qu'on peut Ă©largir. PrĂ©parer l'avenir, pour tout le monde et pour une gĂ©nĂ©ration en particulier.
J'ai un avis sur le sujet, comme observateur des politiques Ă©ducatives nationales ou Ă l'international, ou comme prĂ©sident d'un des plus grands centres socio-culturels associatifs d'Ile-de-France. J'enfonce des portes ouvertes en disant que dĂšs la naissance et tout au long de l'enfance, les bonnes fĂ©es ne se penchent pas sur tous les berceaux. Et c'est alors que l'intervention publique peut-ĂȘtre utile. Dans l'accompagnement parental et la protection infantile. C'est le merveilleux travail des rĂ©fĂ©rentes familles des 3 centres socioculturels de Cachan et Ă©videmment des PMI dĂ©partementales. Pour offrir des modes de garde avec des moyens permettant des interactions sociales dĂšs le plus jeune Ăąge, un travail sur la motricitĂ© fine, l'apprentissage du langage, voire du vivre-ensemble tout court. C'est ce que font les services municipaux de petite enfance qui mĂ©riteraient un plan d'ampleur pour dĂ©velopper l'offre alors que l'inĂ©galitĂ© d'accĂšs aux modes de garde est un enjeu majeur pour l'Ă©galitĂ© femmes-hommes.
La ville à hauteur d'enfants, c'est évidemment la sécurité routiÚre et le travail mené pour aménager des rues des écoles, merci Paris. Ce sont des communes qui investissent dans des services municipaux de prévention qui multiplient par 10 les moyens alloués par l'Etat. Bravo MarlÚne pour le travail effectué à Nantes! Ce sont les aires de jeux que j'admire en Allemagne, en Suisse (je me souviens d'un moulin à eau à Vevey par exemple), aux Pays-Bas, en Belgique, et qui me déçoivent tant en France. C'est l'action des CCAS pour sortir les familles de la pauvreté, permettre à des enfants de vivre dans des logements salubres, avec un espace pour soi et un espace pour travailler dans le calme. Et clairement on est loin du compte sur ce plan-là .
La ville Ă hauteur d'enfants, Ă©videmment, passe par la compĂ©tence municipale en matiĂšre d'Ă©ducation. Mais toutes les villes font-elles attention Ă l'insonorisation des locaux scolaires quand les cantines du midi font plus de bruit qu'un marteau piqueur ? Le mobilier, l'ergonomie, la superficie des salles de classe est-elle bien pensĂ©e pour le bien-ĂȘtre d'enfants qui y passeront une partie majeure de leur temps Ă©veillĂ© ? On ne peut pas juste empiler des salles rectangulaires en donnant la prioritĂ© Ă l'Ă©conomie des fluides, ça ne suffit pas pour penser des Ă©tablissements qui vont constituer le premier patrimoine public local et qui doivent durer 50 ans au moins. Et si possible, pas seulement servir de 8h Ă 17h 4 jours par semaine mais bien ĂȘtre utile au quartier sur un temps plus large (l'exemple des community schools que j'Ă©voque dans un article plus loin). Et puis quelle expĂ©rience dans la cour de rĂ©crĂ©ation, les garçons qui jouent Ă la balle au milieu de la cour et les filles qui observent sur les cĂŽtĂ©s? Ce n'est sans doute plus le cas mais cela se joue dans l'amĂ©nagement. La cour de rĂ©crĂ©ation, du bitume ou on s'Ă©corche ou l'expĂ©rience d'un milieu naturel? LĂ encore, la balle est dans le camp des communes.
La ville Ă hauteur d'enfants, c'est tout un village qui Ă©duque. C'est l'organisation de la mĂ©diation culturelle, de la pratique sportive, des activitĂ©s d'Ă©veil, pour que tout soit accessible facilement, Ă faible coĂ»t, Ă proximitĂ©. C'est Ă©videmment l'objet des PEDT (Projets Ă©ducatifs territoriaux) qui ne doivent pas se rĂ©sumer Ă des documents types et Ă des rĂ©unions interminables lĂ oĂč Ă©ducation formelle et informelle sont un grand tout qui apprend Ă vivre.
La ville qui Ă©duque, c'est une ville oĂč l'espace urbain, oĂč les manifestations culturelles, oĂč les Ă©quipements sportifs font de la place aux filles et aux garçons. Et vraiment, aux filles. Cela passe par des programmations spĂ©cifiques et par une mĂ©diation rĂ©ellement sociale, pensĂ©e avec les acteurs associatifs de la solidaritĂ©, pour que toutes les classes sociales soient accompagnĂ©es pour s'approprier ces espaces. Sinon, on investit l'argent public pour le temps libre des Ă©lites et c'est dommage.
La ville qui Ă©duque met tous ses services, toutes ses compĂ©tences, toutes ses relations pour assurer le droit Ă l'avenir cher Ă mon ancien groupe politique. C'est les acteurs de la prĂ©vention et de l'insertion qui sont intĂ©grĂ©s Ă des schĂ©mas municipaux qui travaillent sur l'orientation, l'emploi des jeunes, la lutte contre les pratiques Ă risques. Ce sont les relations internationales des villes qui permettent d'aller Ă©tudier, travailler, vivre un petit moment Ă l'Ă©tranger dans une ville jumelĂ©e (et je sais Ă quel point cela peut changer la vie) en favorisant des appariements cohĂ©rents dans le cadre scolaire. C'est Ă©videmment une Ă©ducation Ă la citoyennetĂ©, qui doit sortir des sentiers battus des conseils municipaux des jeunes ou des enfants et des fonds de projet pour rentrer dans une logique d'apprentissage Ă la dĂ©mocratie. C'est ce que font les centres socioculturels de Cachan qui, dans le soutien aux projets, aux junior associations, dans les autofinancements organisĂ©s lors des manifestations municipales, forment des jeunes Ă la conduite de projet pour construire eux-mĂȘmes leur avenir.
Je ne fais qu'Ă©voquer certains aspects gĂ©nĂ©raux, des expĂ©riences fantastiques sont menĂ©es dans des villes qui ont une approche volontariste. Ca ne devrait pas ĂȘtre l'affaire de quelques une mais bien une vĂ©ritable compĂ©tence transversale identifiĂ©e, et soutenue financiĂšrement, pour les villes.










