C'est mieux d'écouter avant de parler
Ça date un peu, cette histoire, et je précise que je suis pour le droit à l'avortement, quelles que soient les raisons. Mais je pense que ça doit encore exister, des cas comme ça, alors, je vous la livre comme elle est.
J'ai été amoureuse, d'un jeune homme aussi jeune que moi, avec lequel j'ai fabriqué un enfant, sur l'impulsion du moment, mais en toute conscience. Nous savions l'un et l'autre ce que nous faisions, nous étions autonomes, nous avions des revenus, une vie stable, et nous voulions fonder une famille. Cet enfant, nous le désirions tous les deux.
Enceinte, donc, de quelques jours, et très heureuse de l'être, j'ai pris rendez-vous chez un gynécologue inconnu, et proche de chez moi, dans une maternité de niveau 1, qui était “à sauver”. Il y avait des articles dans le journal local qui parlaient du fait que cette maternité était sur la sellette, parce que les gens préféraient des endroits plus médicalisés. Je trouvais ça important, de garder un service comme ça, près de chez moi. C'est donc aussi par démarche militante, que je l'ai choisi, ce médecin gynécologue-obstétricien.
Premier (et seul) rendez-vous là-bas. Le gynécologue ne me regarde que peu, il regarde beaucoup l'ordinateur, beaucoup sa table, et jamais moi. C'est simple, je pense n'avoir jamais croisé son regard. Il marmonne, et évidemment, il me semble fuyant. C'est un homme, jeune, la trentaine, très mal à l'aise en face de moi, mais quand même sûr de son fait, comme “au dessus”. Il est mal à l'aise pour une raison qui lui est propre, je n'ai rien fait d'autre, à ce stade, que m'asseoir en face de lui.
Bref. Il ne m'avait posé aucune question, ne m'avait pas auscultée, n'avait pas entendu le son de ma voix, quand il a fini par me dire, toujours sans me regarder : "bon, pour votre avortement, on le fait pas ici, puis il faut un délai".
Wow, ok, sauf que moi, j'étais heureuse d'être enceinte. Mais ce gars avait jugé que j'étais trop jeune pour avoir un enfant, parce que quand je lui ai dit, très gênée, et perturbée par son comportement "heu, non, mais…. je veux le garder!“, il m'a répondu “M"enfin, vous êtes un peu jeune, hein, quand même!”. Comme si, à l’évidence, j'aurais mieux fait d'avorter. J'avais déjà 21 ans, et je crois que même si j'avais eu 15 ans, ce n'était pas à lui de décider de l'âge requis pour une maternité.
Ça m'est bêtement resté coincé en travers de la gorge, comme si quelqu'un avait décidé que je n'étais pas (encore) capable d'être mère, comme si évidemment, il aurait mieux valu que je ne sois pas mère.
Les normes vont dans les deux sens. Avant l'âge (l'âge idéal étant plus déterminé par le ressenti du ou de la gynéco que par la réalité), c'est trop tôt, et après l'âge, t'es trop vieille.