Mon coeur tombe en poussière

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@orageusealizarine
Mon coeur tombe en poussière
Elle a fait le vide par la vie - et l'alcool flamboie, elle a fait des rimes pour rire et il en restera toujours quelque chose. Des papiers épars et des silences dans la tête - éternels. Le refrain semble un monde qui rêve tandis qu'elle avance et que d'autres se vengent bien inutilement. Il n'y a rien à gagner à lutter contre l'insignifiance, il n'y a que l'encre qui coule et des énervements. Elle marche contre la mer, dos au vent : il y a le temps qui passe avec ses galanteries, ses coquetteries et son indifférence. Elle trinque au-dessus des vagues, elle boit à la renverse du mouvement alors que son amant l'attend à l'orée des bois charmants, des tapis de feuilles dodues et des fourrés. Mais c'est le cirque de l'eau qui l'emporte et l'homme s'effarouche sur le sable. Elle se livre au soleil dément et en oublie de dire ses poèmes, elle entraîne pourtant celui qu'elle aime. Là-bas, les carnets s'évaporent et les feuilles transpirent, les fleurs se détachent sur la terre couleur de bière. Pendant qu'ils batifolent la parole sèche jusqu'à la sève, jusqu'à la sévérité qu'elle boit entre ses bras. Elle attrape des filaments de sollicitude, d'incomplétude et les noie dans la mer, puisqu'elle ment à ses textes avec le courage de l'amour. Elle préfère vivre à l'ivresse, elle préfère le vin qui fait des remous sur ses cuisses et l'éclatement des vagues. Elle laisse aller les mots au large avec son verre sur la plage dans l'étreinte de l'amant qu'elle appelle.
Chaleur épuisante de mes larmes, de l'aube à la croisée des mots dits je jette mes dés sur l'herbe. Double six et triple flammes dans mon corps sous les étoiles qui grésillent comme un fond soluble où perdre pied et trouver ciel... Je nage et passe de feu en joie, de rien en toi dans le sourire lisse où je m'oublie et dans le cri où je m'efface - et renaîs d'avoir joui ou... Peut-être sur la terre, par l'herbe qui coule en rivière et tes pas qui résonnent toujours la même rengaine de la vitesse ou de l'ivresse haletée dans mes bras jetés en forme d'ailes. Au bord du puits où je me mire, où je crois lire les constellations, tu vois dans ma bouche redevenue fontaine des miroitements de lumière et des évasions prochaines. Tu entres par les lèvres, tu flamboies sans ameuter l'orage, tu coules à cœur ouvert entre mes doigts. Nous, fleurs gorgées de soleil et de vents de mer, très hautes épaules par-delà l'horizon des champs, nous marchons, de front avec les rayons obliques et les odeurs qui montent de la terre. Où, bientôt, je t'allonge contre mon flanc pour te gravir, redevenir sauvage, me panacher au paysage de l'amour et puis des râles. De la vitalité héliotrope dans laquelle je puise, nous nous relevons jusqu'à la sève. Puis le noir bref et l'éternité blanche sur la grève de notre mer.
Mes pensées herbeuses vont s'acheminer ici - pour respirer - pour être autre - pour en finir avec l'impossibilité des journaux intimes.
Je viens de créer cet autre compte pour tenter de m'exprimer plus librement et plus trivialement. Moins de poésie et plus d'extériorisation.
Essayer, un peu, de porter un autre visage.
J'aurais seulement voulu rêver.
Je n'ai plus peur des mots, grands, bleus, de leur fragrance, ni du poison qui suinte sous les choses. Je n'ai plus pour demeure les rêves et leurs branchages fauves, ni ne connais plus par cœur les ronces et les roses qui meurent. Je songe et je souris dans la pâleur de l'eau et la sève de mes jours et je sens l'ambre mièvre qui coule de mes lèvres pour proférer la vie et ses charmes secrets.
Je n'ai plus pour audace la douleur et la grâce mais je marche pieds nus sur les dalles de soleil. Les ombres sont affadies qui dérobent le réel et ses poumons d'opale - les grandes gorges blanches qui pépient sous les plumes au début de l'été. J'assois sur mes genoux la douceur qui frémit et l'élégance rare, dénudée et rougie. Sous le ciel qui m'embrase, dans les lumières qui bruissent, les bretelles qui glissent dans mon rire magique. La majesté se mire dans ma jeune liberté, les épaules rejetées et le front soleilleux. J'oublie ce que j'ai fuis mais sais ce que j'ai su déchiffrer dans le noir, des étoiles par myriades.
Il fait bon sous le soleil qui cuit mes membres dégourdis dans ma sueur légère. Je reconnais les arbres qui grandissent dans les jardins publics où je sème mes délices. Et il y a ta terrasse à laquelle je rêve pour m'allonger nue au bord des agapanthes, au bord de l'océan, au bord de ma jeunesse : j'ai retrouvé l'ivresse qui rythmait mes journées. Et nos jours ennués de martinets qui crient et que j'écoute avec plaisir. Les mots ont fait du ciel dans mon dos, dans ta voix : je revis et je jouis sur le sable avec toi.
Par la beauté d'un regard où tu m'étreins, où tu m'arpentes, je m'éjouis et me découvre en liesse. Friches, folles gaités livrées à la dureté du ciel et aux embruns, voilà ce dont est fait ce corps que tu caresses, que tu retrouves et qu'à mesure tu ouvres... sans doute, pour plus de soleil, sans doute pour aimer mieux, et te donner à moi, également tout, pour m'acheminer dans ces allées d'ombres luisantes où je soupire d'aise.
T'avoir pour mesure de moi-même et verser dans de violents accès de tendresse... Où, sans cesse, de toi, je me reviens, plus forte et plus belle pour te retrouver encore et m'offrir, pour me délasser et devenir. Dans ta main, pareille à la fleur délivrée de la terre, aux chants célestes, je me reconnais libre. Et d'élever, d'exhausser ta cruauté que j'aime en des vagabondages sans rime ni raison, que le plaisir de marcher à tes côtés, encore, et m'ensauvager nue, sous ton seul regard, au bord du Cher ou sur des chantiers navals, déserts. Sauf de notre amour, en plein accord : totalité ou symphonie.
Oui, je me réjouis, de venir sans cesse désarmée dans nos projets, nos bords de mer et nos rivages à rêves, ta terrasse et ta gloriette. Je m'aventure avec prudence - je prends ta main avec confiance : ce qui avant m'était étranger et qui, depuis, à saveur de ciel, m'appartient. Cet univers commun où tu me tiens par les hanches, pour ne pas sombrer, ne pas pencher, ne ployer que par plaisir, que par volonté de moi-même te saisir... Te humer, tes odeurs sombres et te rendre à l'éclat où tu t'environnes. Toi.
Tu râles et tu t'épanouis avec tes dents qui brillent et tes yeux sont dans les miens la ferveur dont tu brûles, ces flammes que je répands tout autour et partout dedans. Je tisonne jusqu'à la mer roide, quand mon rire éclate et que tu t’exclames... Quels soleils en sang, quels soleils vivant sous lesquels nous aimer ! Quel exotisme accoutumé que nos corps à corps et nos replis - nous rabattant comme une vague l'un dans l'autre, l'un à l'autre donné. Tu m'illumines, je te sillonne en parcours retrouvé, le même chemin sans herbes fauchées qui mène jusqu'au soleil insubmersible. Et c'est ton visage, quand tu me reconnais sur le quai et dans nos gares, en d'interminables voyages pour nous aimer.
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Lise qui écrit dans le Parc
I've had enough of my own words, of my clinginess. I've had to jump over hurdles, I've had to escape, to go missing. And to be a saint.
I've had a lovely voice that faded. I was and now I await the thunder or the woods, to be lost and to be found. But mostly, I will become a tree, I will be delightfully alone, and I will be a mystery of my own.
I know I am now and forever loved - forever distant, forever wild. I know I am growing like an empty sky, a solar beam, I will be lightning. Uncatchable. Smiling.
And still, the sounds, the lights, the flying time. So dark and so bright - still the day and night - forever and ever and every time.
Adolescente, je rêvais d'être une artiste. Mais quels sont mes rêves d'enfant ?
À dix-sept ans, je préférais les ciels d'orage et ne pensais qu'aux mirages qui peuplaient ma chambre close - je voulais les nuages entre mes quatre murs pour faire mentir ces ciels trop durs de peinture blanche. Et voulais dessiner des soleils sous mes paupières - je voulais changer d'air en dehors de mes sommeils et de leurs rêves. J'en avais assez d'être la belle sans les bois qui s'éveillent aux gémissement des oiseaux, aux crissements inégaux des insectes à terre. Si seulement mon parquet sous mon dos grouillait, vivait, transpercé d'herbes et de pollen...
À dix-sept ans, je préférais les ciels en cage et consommer ma rage dans la blancheur - loin des jardins, des fleurs. J'avais peur de la terre qui maculerait mes pieds, des abeilles et des voix qui chantent au fond des bois. Il n'y avait que des livres, des pensées et des bruits sans échos et sans cris. Même les plantes qui poussent, je ne les entendais pas dans ma forêt qui dormait. Je goûtais à l'extase jeune et imaginaire, je dérivais, j'errais nulle part et partout - j'étais tout et puis rien sans les lianes qui retiennent, sans la mesure du sable, sans la douleur des vagues qui s'écrasent.
* * *
Les orages étiolés dans les ciels étoilés, l'herbe ivre sous mes pieds, je ne me souviens qu'à moitié du reste de ma vie, du peu de ma jeunesse. La parcimonie d'arbres dans mes souvenirs m'effraient - mais je suis encore à l'aube de leurs caresses, dans le grouillement des astres et les bruits des insectes.
Il est revenu,
Le temps de l'adolescence et des livres,
Le temps du ciel a en être ivre,
Et des silences adamantins.
Il est venu le temps de lire et de mon corps retrempé dans la mer, des sables et des plages où je lisais.
Je suis revenue sur la rive où le rire commençait
Et la peine se semait.
J'ai retrouvé mon âge où les livres s'ouvraient, où encore je lisais des livres à foison
Dans l'intime de me taire.
"Rien, sachez-le, ne me retient
Si quelque oiseau bleu me fait signe.
Quant aux poèmes… soit. Nous attendrons l’été.
L’été n’a pas besoin de rimes qui s’alignent.
Attendons seulement le pourpre velouté
De cette rose que je sais, près de la vigne…"
Sabine Sicaud
Nous en sommes tous là, Sylvie, à passer à côté d'étoiles sans le savoir, dont la santé se dégrade.
Nous en sommes tous là, Sylvie, au bord du gouffre, sur de vieilles négligences et des parcours qui nous incitent...
Nous restons sur la rive à regarder battre les vagues, nous ne voyons pas les comètes, nous entendons les râles des coquillages et nous faisons la sieste.
Je l'avais pourtant rencontré en chair et en os, lors d'un rassemblement... mais, Sylvie...
Nous en sommes tous là.