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@papillonnage
Il y a celles qui de loin se prĂ©parent, sourdes, Ă©paisses et lourdes, opaques, qui arrivent sur vous, silencieuses, et de leur sournoise tendresse, vous enveloppent et vous happent dans des profondeurs obscures. Vos mouvements se ralentissent, se font plus douloureux, vous peinez Ă vous mouvoir, vos pensĂ©es sont marĂ©cages. Il y a celles, paisibles, qui accompagnent et portent, qui poussent juste ce quâil faut pour maintenir vos mouvements et vous grandir, celles qui chantonnent, qui sifflent, qui enveloppent, qui rassurent. Celles, ourlĂ©es dâĂ©cume et de caresses, qui vous laissent contempler, avancer, vous imbiber du plaisir dâexister. Il y a celles, folles et brutales, inattendues, qui vous bousculent et vous projettent, insensĂ©es, vers des dĂ©sirs refoulĂ©s, inavouĂ©s, inexprimĂ©s. Vous voilĂ un instant propulsĂ© vers le plus fou de vous, avant de retomber sur la grĂšve, Ă©panoui, anĂ©anti, griffĂ©, Ă©gratignĂ© de cet absolu effleurĂ©. Alors reviennent les premiĂšres, toujours, toujours reviennent les plus sourdes...
Les vagues.
13 avril 2020 - Journal des jours éteints.
Cher M,
Câest Ă vous que je pense ce matin. Je vous connais peu pourtant, vous ne faites pas partie de ma vie. Je me demande oĂč vous ĂȘtes, je ne sais pas grand-chose de vous, si vous allez bien. Jâaime ces matins oĂč je suis seule dans le frais, dehors, assise dans ce vieux fauteuil de velours bleu. Je remarque que ma chemise de nuit est Ă lâenvers et je dĂ©couvre sur le cĂŽtĂ© une Ă©tiquette que je nâavais jamais remarquĂ©e. Je la dĂ©plie dans mes doigts. Je la trouve belle. La derniĂšre fois que jâai eu de vos nouvelles, câĂ©tait il y a un an environ. Vous mâĂ©criviez tardivement pour me remercier de mes vĆux et me disiez que vous aviez eu un accident. Cette annĂ©e, comme de nombreuses personnes, vous nâavez pas rĂ©pondu Ă mes vĆux. Ces vĆux oĂč je souhaitais Ă tous toujours plus de libertĂ©. Nous nâavons jamais Ă©tĂ© moins libres que cette annĂ©e. Je me souviens de ce jour oĂč nous avions pris un cafĂ© et oĂč vous vous Ă©tiez confiĂ© Ă moi alors que nous devions travailler. Vous mâaviez dit aller vous perdre Ă Drouot les jours oĂč le bourdon vous prenait, et revenir parfois avec une Ćuvre nouvelle sous le bras. Que câĂ©tait pour vous un remĂšde. Jâavais trouvĂ© ça beau. Je nâĂ©tais jamais allĂ©e Ă Drouot et, en vous quittant, jây Ă©tais passĂ©e rapidement, en chantant en silence la chanson de Barbara que je connais par cĆur. Jâaimerais y aller aujourdâhui balader ma tristesse devant les jolis objets perdus.
Cher M, vous devez vous demander pourquoi je vous Ă©cris aujourdâhui. Je ne sais pas, câest venu comme ça. Je parle souvent Ă des personnes invisibles. En fait je sais. Je pense Ă vous dĂšs que je regarde mon arbre aux papillons. Il est prĂšs de moi. Vous mâaviez Ă©crit un jour juste pour me dire que vous en aviez achetĂ© un pour le jardin de votre maison en Normandie. Le mien ne fleurira pas cette annĂ©e. Il est mort. Il ne reste que le tronc.
28 mars 2020 - Silence dans la grande ville. Les oiseaux sont bien tranquilles.
Jâentends un lĂ©ger carillon tout en haut sur un balcon.
Les colonnes Morris annoncent de nouveaux spectacles auxquels nous ne pouvons pas nous rendre. Dâailleurs ils nâont pas lieu.
Vous ĂȘtes belle, madame, me dit un homme en arrivant Ă ma hauteur. Nous sommes si seuls, peut-ĂȘtre nous voyons-nous enfin ?
24 mars - Depuis plusieurs jours je cherche Madame Bovary. Elle est introuvable. Jâavais justement besoin dâelle. Jâai le privilĂšge dâavoir un chien, je sors deux fois par jour dans la ville des jours Ă©teints. Le pigeon mort se dĂ©compose allĂ©e Arthur Rimbaud. Le bus qui me double transporte des passagers invisibles, le chauffeur me fait signe. Je croise un couple de vieilles personnes. Ils ne me sourient pas. Ils avancent trĂšs trĂšs lentement en se tenant par le bras. Peut-ĂȘtre quâĂ la fin du confinement, ils ne sauront plus marcher. Jâai cueilli une petite branche fleurie, jâai dĂ©sobĂ©i. Hier, jâai marchĂ© sur un huit de trĂšfle, je ne sais pas quel en est le prĂ©sage. Je dessine une fleur par jour.
Prémices N.3 - Là .
Parfois, jâaimerais que la nuit soit une ellipse.
JâĂ©crirai la soirĂ©e fantĂŽme.
Mercredi 5 décembre, à 20 heures, Antoine Maine et moi ferons une lecture à La Belle Hortense. (31 rue Vieille du Temple - Paris 4e)
Je commencerai par cette phrase, je crois.Â