Économie et politique du Zimbabwe (épisode 2)
Après la période d'hyper inflation et les billets à 50 milliards de dollars le gouvernement a créé une nouvelle monnaie : le bond dollar. Pour tenter d'éviter une nouvelle déroute il a indexé la nouvelle monnaie sur le dollar US en fixant d'autorité un taux de change (un comble pour un régime aussi anti américain, et anti blanc). Que pensez-vous qu'il arrivat? Un marché noir parallèle a émergé, les candidats au départ ne voulant pas de cette nouvelle monnaie acceptée nulle part. Mais après que la majorité des blancs (plus de 80%) ont quitté le pays la demande s'est amoindrie et les taux au marché noir se sont tassés.
Quand je suis arrivé à Victoria falls dans une banque locale on ne me proposait qu’un peu plus de 2 bonds pour un dollar US, à ce taux j’ai gardé mes dollars dont j’ai changé une partie dans la rue à Bulawayo au taux de 3,50 pour 1 dollar. Je me suis ensuite renseigné dans une nouvelle banque à Harare le cours était de 3 pour 1. Je ne pense pas qu'en quelques jours même si le nouveau gouvernement vient d'annoncer qu'il va indemniser les colons dont on a naguère confisqué les terres le bond s'est redressé, c’est plutôt que Victoria Falls est le meilleur endroit pour capter les dollars des touristes qui descendent dans les resorts. Pour eux, le seul endroit de change sont les banques, elles en profitent.
Dans les grands supermarchés, dans les chaînes de fast food on veut récupérer du dollars et on offre des taux de change pour qui veut payer dans la monnaie américaine jusqu'à 4 bonds pour un dollar. Plus subtilement on annonce des remises de 70 à 75% pour qui achète certains produits dans la monnaie américaine ce qui revient à des taux de change de 3,3 à 4.
Quand on est touriste les choses se complexifient encore car le nom de la nouvelle monnaie le bond n’est jamais prononcé on dit dollar et les prix quand le sigle est affiché est le même que pour le dollar américain $.
Lorsque j’ai pris le train entre Victoria Falls et Bulawayo les prix étaient affichés sans mentionner le type de monnaie, le guichetier m'annonce le prix en dollars 15, 17 ou 20 suivant la classe, j’ai tendu mes dollars US. Avec le recul je suis persuadé qu'il s'agissait de dollars bonds, je revois très bien des locaux payant en monnaie locale. A Harare j’ai voulu visiter 2 musées. Chacun affiche un prix différent suivant que vous êtes local ou étranger, j'accepte volontiers, cela se fait dans de nombreux pays, mais le tarif affiché ne précise rien concernant le type de monnaie. Donc au musée d'art au moment de payer je demande s'il s'agit de dollars US ou de dollars bonds, le guichetier à cette réponse incroyable, “comme vous voulez”, j'ai sorti mes bonds.
Au musée des sciences humaines et naturelles, 2 prix là encore, suivant que vous êtes d'ici ou d'ailleurs. 10 dollars m'annonce le guichetier, je sors ma monnaie locale, “non, non c’est des dollars US”, mais je venais de voir un Zimbabwéen ne payer que 5 bonds. Je refuse de payer, criant à l'arnaque. Il me dit alors de voir le directeur qui est juste là à discuter avec une jolie noire. Je lui explique et lui de me confirmer qu'il s'agit bien de dollars US. J'insiste et lui dit que si rien n’est précisé sur le tableau d'entrée c’est bien de la monnaie locale dont on parle. “Oui, oui” dit-il je le ferai préciser mais refuse mes bonds, furieux je pars sans voir le musée. Je reste convaincu qu'il se met dans la poche les 7,5 dollars correspond à la différence entre les 2 monnaies.
Dans ces conditions les touristes évitent le Zimbabwe, y compris les routards. A Bulawayo j'étais seul, à Masvingo sur le registre d'entrée pour les étrangers je n'étais que le 2eme depuis le 1er janvier. A Harare, un américain, il allait le lendemain à Masvingo il sera le 3ème.
Cela c’est sans compter sur un racisme anti-blanc qu'à longtemps proféré l’ex président. Voici tiré de Wikipedia quelques extraits de ses discours.
« L'homme blanc est ici comme le second citoyen : vous êtes en numéro un. Il est numéro deux ou trois. C’est ce qui doit être enseigné à nos enfants » ;
« Notre parti doit continuer de faire entrer la peur dans le cœur de l'homme blanc, notre véritable ennemi » ;
« Nous disons non aux Blancs qui possèdent nos terres. Ils doivent partir. Il n’y a pas de place pour eux ici » ;
« Le seul homme blanc que vous pouvez croire est l'homme blanc mort ».
Cependant, je n'ai pas ressenti ce racisme dans mes rapports avec les Zimbabwéens. J’ai même eu le sentiment comme c’est souvent le cas avec tous les gens qui ont des liens distendus avec l'histoire qu'ils se disent “c'était mieux avant” (sous entendu du temps des blancs). A Masvingo les relations entre le vieux propriétaire blanc et ses employées étaient vraiment emprunts de paternalisme. Après 40 années de Mugabe on attend beaucoup de ce nouveau président, qui de fait veut rétablir des liens avec la communauté internationale. Pour obtenir des prêts et développer le pays il faut être présentable!