12 mars. Dix mois après notre voyage, on reçoit enfin les grains du Burundi, tout frais torréfiés, tout prêts à être dégustés.
13 mars. Arrêt de travail forcé, on éteint la machine à café.
14 mars. Parce qu’on a du temps libre et parce que c’est un super livre, c’est le moment que choisi Fanny pour commencer la lecture de «Petit Pays» de Gaël Faye.
15 mars. Fanny m’envoie cet extrait «On se faisait doubler par les kamikazes-bananes, ces hommes à vélo qui roulaient aussi vite que les voitures, leurs porte-bagages chargés de lourds régimes de bananes ou de sacs de charbon de plusieurs dizaines de kilos. A cette vitesse, la chute était souvent mortelle, et la moindre sortie de route menait au fond du précipice, dans le cimetière des camions tanzaniens et des minibus écrabouillés. De l’autre côté de la route, les mêmes cyclistes, après avoir livré leurs marchandises à la capitale, remontaient la montagne en s’accrochant discrètement aux pare-chocs arrières des camions.» C’est dingue comme les mots de quelqu’un d’autre peuvent faire revivre ce qu’on a ressenti là-las il y a dix mois.
18 mars. Ça fait quelques temps que j’y pense, mais c’est aujourd’hui que je vais fouiller dans mes notes pour retranscrire comme je peux ce qu’on a fait là-bas.
Ce voyage s’est organisé en un mois. Un mois de stress pour avoir le visa et surtout pour préparer notre départ avec Fanny et Tom (coucou Tom OrCoffee). La première fois qu’on laisse notre petit café entre d’autres mains. La super équipe, avec Louise et Lula à la barre, a mené ça de main de maître mais pour nous c’était un peu le grand saut.
Vingt-quatre heures de trajet depuis Liège pour arriver dans les montagnes de Ngozi. Les odeurs sont folles: un mélange de fruits des bois et de jasmin. La terre est rouge. On ne le remarquera que le lendemain car quand on arrive il fait déjà nuit. On va parcourir des milliers de kilomètres dans les prochains jours entassés dans une vieille Jeep pour aller visiter des stations de séchages, des coopératives de café, rencontrer des agriculteurs, leur famille et leur village. Ce que je retiens après dix mois: l’accueil, le choc, le danger sur les routes (pour nous en voiture et surtout pour les centaines de personnes sur le bord des routes), la pauvreté, la luxuriance de ce pays où les gens n’ont rien ou très peu, l’odeur du café fraîchement torréfié, la chaleur, l’humidité, le goût de la canne à sucre, les bières de 1 litre (on te demande si tu la veux froide ou à température ambiante), l’attente, le fait de ne pas se sentir à sa place, la terre rouge, les paysages verts, les couleurs des robes, les bananes acidulées, le soleil qui se couche à 18h, la découverte du cupping (on a commencé notre première journée par un cupping de 70 cafés), Noella, Eric, Ephrem, Orphée, les regards sur nous, les enfants en vélo accrochés à des camions qui roulent à 80km/heure dans les virages de montagnes, le bruit du café que l’on remue sur les tables de séchage, toutes les femmes dans les champs et dans les plantations avec leurs enfants sur le dos, le goût de la cerise du caféier, des villages entiers qui nous accueillent, les danses, le lac et la rapidité avec laquelle on reprend notre vie quotidienne ici et dans notre petite maison.









