Des jours que ces mots veulent sortir, et c'est ici que je choisis de les déposer.
Tu étais un ami. Un ami en qui j'avais confiance, un humain à qui je pouvais montrer ma vulnérabilité. Après des années sans se parler, tu m'as envoyé ce message après m'avoir croisé sur ce pont. Jamais je n'aurais pensé que la personne à qui je répondais ce jour-là était différente de la personne à qui j'avais parlé sur ce banc, il y a tant de temps. Avais-tu réellement changé ou m'as tu montré qui tu étais vraiment ? Une question qui restera sans réponse, comme beaucoup d'autres.
Ce geste qui pour toi est minime : " juste trois centimètres". M'a détruite sur le moment. Une partie de moi pense que j'aurai dû aller au commissariat dès que j'ai compris ce qu'il c'était passé, mais l'affection que j'ai pu te porter avait décidé de te confronter à tes actes afin d'avoir un réconfort et des excuses. En parlant d'excuses, je t'en ai trouvé des tas au début. Je ne voulais pas croire que toi, en qui j'avais confiance, aurait pu faire ça délibérément. Je voulais une explication et oui, du réconfort en réponse à ce que j'ai pu ressentir. Des explications sur le fait que tu ne cherchais pas un rapport de domination. Mais j'ai été naïve. Tu n'as pensé qu'à ton image vis-à-vis des autres s'ils venaient à l'apprendre, à minimiser les faits et l'impact que cela avait eu sur moi. Tu auras été jusqu'à mettre ta rupture sur mon dos, car la personne avec qui tu étais en couple à ce moment-là était tombée sur mon message, pour me dire que c'était dû à ta consommation excessive d'alcool après.
Les mois passent, je ne sors plus, je me sens coupable. Je finis à en parler à ma médecin qui me conseille d'aller porter plainte et qui me prescrit de quoi tenir le coup. Une plainte ? Je n'ai pas de preuve. Et vous qui me lisez, vous savez.
Je décide alors de le confronter de nouveau chez moi, et de l'enregistrer assumant et minimisant les faits. Je ne me suis jamais autant surestimé. Il était ivre, j'étais tétanisé, j'ai réussi à lui dire non, un chuchotement, je l'ai repoussé. Il a continué. Je finis par lui expliquer un traumatisme sexuel d'enfance en pleurs, pensant pouvoir atteindre ses bonnes grâces. Il m'a prise dans ses bras, j'ai pensé être épargné. Il a continué, je n'ai pas su me défendre. J'ai simulé pour que les choses aillent plus vite.
Aujourd'hui, je ne sors plus en randonnée, car j'habite une petite ville et le sentier est près de chez lui. Il est libre, voyage, et fait comme si de rien était. J'ai perdu un ami que j'avais en commun avec lui qui a choisi de le croire. Je sais que sans preuve, le dossier sera classé sans suite, mais moi je supporte une peine que j'aurais sans doute à vie. Je me bats aujourd'hui pour sortir un peu plus, pour me rétablir, malgré mes peurs, malgré les séquelles qu'il a laissées derrière lui. Il venait à n'importe quelle heure de la nuit, toquer à ma porte. Mon suivi psy me dit : "Stress post traumatique" car la nuit je me réveille en sursaut pensant qu'il est là et qu'il toque. Quelques séances d'EMDR plus tard ça va mieux. Quand je le croise, mon visage est impassible mais mon corps réagit : J'ai la nausées, des tremblements, l'envie de disparaitre, j'ai peur.
Je laisse cette histoire ici, dans l'espoir de laisser dernière moi quelques conséquences de ces actes, de cette trahison. J'espère que cette insomnie me sera bénéfique.
Merci d'avoir lu, un morceau de mon histoire.