Il y avait un trait qui distinguait ces parages : l'originalité. L'aspect rustique du café allait à merveille avec la mine reculée et tranquille de cette plage. J'y arrivais souvent les matins de dimanche, et même pendant la saison froide qui ne dure pas plus de deux mois d'ailleurs, pour prendre le café le plus poétique et le plus recueilli qui fut sur la terre. Il est vrai que la ville n'était pas très loin mais il y avait une sorte de frontière morale entre la #mer et tout ce qui lui fut avoisinant.
Maintenant, le lieu semble avoir perdu sa magie et sa symbolique. On veut vulgariser tout pour le rendre accessible à tous. Ainsi, je lis la situation. Car quand on met des clôtures physiques et morales, ce n'est guère pour préserver l'accès à une minorité mais c'est quand veut se donner l'illusion de comprendre la portée de la performance, pièce de théâtre ou symphonie musicale, juste en payant un ticket. Or, je dis que même si on contemple la mer d'en haut, à partir de l'un des balcons qu'on a construit à côté, on n'y comprend rien à la subtilité des dialogues, les allusions poétiques qui les décorent, les gestes délicats que font les acteurs et l'agencement des notes.
Ce lieu me connaît. Le serveur me prépare toujours mon café dans un gobelet puisqu'il sait que je veux converser avec la mer.
Les vagues sont des lignes d'un long roman rempli de souvenirs.
Va-t-il être le dernier café ?
Qui sait ? Demain, on va tout détruire pour implanter quoi ? Le néant.
Désormais, l'identité n'est qu'un #mot tout comme la vertu dans le fameux vers.