Difficile d'échapper au sujet de la nourriture quand on parle de Chine. C'est un thème plus léger que les autres, et peut-être moins important pour la communauté rpgique, mais il fait si intrinsèquement partie de la culture chinoise qu'il me semblait un sacrilège de ne pas en parler. Je rappelle d'ailleurs que je fais partie de la diaspora cantonaise et hakka, issue de Hong Kong, et que c'est donc majoritairement ce que je connais. Il est donc possible que mon expérience soit quelque peu différente des autres régions de Chine ;)
Food is love (Manger, c'est aimer)
Pour les Chinois·es, la nourriture est extrêmement importante. C'est une façon de montrer son affection, de passer du temps avec ses proches, prendre soin d'elleux. Les grandes tablées où tout le monde partage sa nourriture ? Un must. Notre culture favorise le partage et le groupe. Les Chinois·es ne sont généralement pas démonstratif·ve·s, surtout vocalement. Ce n'est pas du tout le genre à faire de grandes déclarations d'amour ou faire des hugs tout le temps. Les Chinois·es sont plutôt froid·e·s et pudiques, gardent leurs émotions pour elleux. Mais si un·e Chinois·e vous amène à manger quand vous n'êtes pas bien, amène soupes et autres décoctions traditionnelles médicinales après que vous lui ayez dit par messagerie que vous aviez un rhume : cela veut dire qu'iel tient à vous. Apporter de la nourriture, inviter quelqu'un à manger ou préparer le repas avec quelqu'un est l'une des meilleures façons que nous avons de montrer que l'on l'estime et/ou qu'on tient à ellui.
Food is life (Manger, c'est vivre)
Petite anecdote drôle : les Chinois·es, en se voyant ou se parlant au téléphone ne demandent pas “comment ça va?” mais “tu as mangé ?”. Peu importe qu'il soit midi ou minuit. Dépendant des régions, il n'y a d'ailleurs pas d'heure pour manger : vous êtes presque assuré·e de voir au moins un restaurant ouvert, qu'il soit 5h, 17h ou 23h (et les McDo en pleine nuit), qu'importe où vous alliez, à Hong Kong. Savoir qu'on a mangé est primordial pour les Chinois·es. De même, on ne dira pas “tu as une petite mine” mais “tu as l'air d'avoir maigri”. La Chine est un pays qui a connu de nombreuses et graves famines et cela a fortement influencé la pensée chinoise : manger est vital, le socle de la vie. Avoir mangé signifie donc qu'on va un minimum bien.
Food is medicine (Manger, c'est se soigner)
Parce que la médecine traditionnelle chinoise est douce, et pense toujours en notion d'équilibre (oui oui, toujours yin-yang), une bonne alimentation est la meilleure médecine possible, pour les Chinois·es. Si un plat est très épicé, on va contrebalancer avec un autre aliment qui “diminue le feu”. Si une région est très froide et très humide, on va manger piquant et épicé pour restaurer l'équilibre. Les Chinois·es ne sont pas les plus friand·e·s de médecine moderne occidentale, qui règle tout vite et bien à coup de médicaments et antibiotiques. Non, pour les Chinois·es, on se soignera d'abord via la nourriture, la médecine traditionnelle. Via des thés, des soupes, des fruits, des légumes, des plantes, des plats précis. Voilà pourquoi, aux yeux des Chinois·es, manger de façon équilibrée tout le temps empêche la plupart des maladies et il faut toujours chercher l'équilibre pour se soigner.
Food is everywhere (La nourriture est partout)
Qu'importe où vous alliez, vous trouverez des étals, des petits marchands ambulants, mes adorés dapaidong, pour vendre de la nourriture. Qu'il s'agisse de fruits, de légumes, de sucreries, de soupes, de crêpes, de brochettes de viande, de gaufres chinoises, de baozi, de bols de nouilles, de congee...peu importe. La nourriture est partout. Je ne peux d'ailleurs que vous conseiller de préférer la cuisine de rue et des marchés, pas chère et authentique, comparé à celle des grands restaurants, pour vous faire une réelle idée de la culture culinaire chinoise. Ce ne sera pas des grands plats raffinés, mais ce sera une immersion dans la vie quotidienne des Chinois·es.
Cuisine chinoise, Nord vs Sud
Alors, je vais passer ça en revue très vite, parce je ne pense pas que parler des différentes cuisines en détail soit le plus important. Toutefois, je vais tracer quelques généralités.
On reconnaît traditionnellement 8 grandes cuisines chinoises (Shandong, Anhui, Jiangsu, Zhejiang, Canton/Guangdong, Fujian, Hunan, Sichuan), qu'on regroupe aussi en 4 régions géographiques (Nord-Est, Sud-Est, Sud, Sud-Ouest). On peut toutefois tracer de grandes généralités en divisant en Nord et Sud :
Le Nord dispose d'un climat plus rude, sec et froid, où une seule récolte est généralement possible et où il était traditionnellement important de saler, fumer, etc. les aliments pour les conserver. On y mange plutôt des produits à base de blé (nouilles, mantou/baozi, pain, jiaozi, crêpes, etc.), pas mal de viande rouge, peu de légumes. Le Nord utilise généralement pas mal d'huile et mangera plutôt salé, avec un goût fort. Les gens au Nord boiront volontiers alcool et bière pour accompagner leur repas.
Le Sud dispose d'un climat plus doux, chaud et humide, et connaît une extrêmement grande variété de paysages et donc d'aliments. Généralement deux récoltes sont possibles, et des fruits et légumes se trouvent la majorité de l'année, ce qui explique qu'on y privilégie la fraîcheur. On y mange plutôt des produits à base de riz, beaucoup de légumes et de fruits, privilégie porc, volaille, poissons et fruits de mer. La cuisine est plus légère et délicate dans le Sud/Sud-Est et plus relevée et épicée dans le Sud-Ouest. Généralement, le Sud privilégie une cuisine un peu plus sucrée, acidulée ou parfumée. Le thé est la boisson phare qui accompagne les repas.
Bien sûr, ces distinctions sont un peu moins importantes aujourd'hui, grâce à la globalisation et aux flux migratoires, et il est très aisé de trouver du canard de Pékin au Sud comme trouver des dimsum au Nord.
On sert les personnes les plus âgées et/ou plus hautes en hiérarchie en premier à table, en signe de respect et piété filiale, et on continue de servir dans cet ordre dégressif. Pareil pour tout, ce sont toujours ces personnes-là qui auront la priorité pour manger, parler, s'asseoir, etc. On ne plante jamais ses baguettes dans un bol (similaire à l'encens en offrande aux morts). On ne pointe pas les gens avec ses baguettes (signe d'agression). On ne croise pas ses baguettes et on ne les sépare pas non plus. On ne plante/transperce pas ses baguettes dans la nourriture mais on saisit, et on utilise les baguettes communes pour les plats communs. On prend ce qu'il y a dans le plat devant nous plutôt qu'interrompre les autres personnes à table à faire tourner les plats, on attend que le plat soit devant nous. On ne fouille/tripote pas la nourriture pour avoir le meilleur morceau (et on doit d'abord demander si l'aîné·e de la table le veut). On laisse à tout le monde l'occasion de goûter au moins une fois chaque plat. On tapote la table avec son majeur et son index pour remercier quand on sert le thé, et signifier que la tasse est assez remplie. La personne qui invite paie le repas pour tout le monde, et s'il s'agit d'une famille, on se “dispute” pour qui paiera l'addition. La politesse veut que vous fassiez votre maximum pour être cellui qui paie.
Manger est très important pour les Chinois·es et c'est une part essentielle de leur vie et de leur culture. C'est un geste d'amour, une identité culturelle, une façon de se soigner, un art de vivre. La nourriture chinoise reflète parfaitement la pensée chinoise (équilibre/yin-yang, partage/groupe) et la grande diversité de ses peuples, territoires et coutumes.