Témoignage : inside un laboratoire universitaire
Laetitia a renoncĂ© Ă ses Ă©tudes en neurosciences, choquĂ©e par ce quâelle y a vu. ĂcĆurĂ©e par les expĂ©rimentations sur rats mais Ă©galement par toute une atmosphĂšre entre dĂ©ni et cynisme.
Un tĂ©moignage intelligent et puissant qui dĂ©montre la force de la routine quâengendre le âtout test sur animaux » dans notre systĂšme dâenseignement.
Jâai dĂ©couvert la rĂ©alitĂ© de la vivisection il y a trois ans, alors que jâĂ©tais Ă©tudiante en master de neurosciences et psychologie cognitive, cursus proposĂ© par la facultĂ© de biologie de lâuniversitĂ© de Strasbourg.
Il me faut tout dâabord introduire un dĂ©tail qui a eu toute son importance ; contrairement Ă mes camarades de master et Ă mes professeurs, qui Ă©taient issus de la filiĂšre biologique, jâavais auparavant obtenu une licence de psychologie et Ă©tudiĂ© en master de neuropsychologie. La filiĂšre de psychologie Ă©tant trĂšs axĂ© Ă Strasbourg sur le versant des sciences « dures » (de lâembryologie Ă la neuroanatomie en passant par lâendocrinologie), un passage sur dossier Ă©tait possible en cours dâannĂ©e vers la filiĂšre bio « pure et dure ». Je pensais aller vers une voie plus holistique qui mĂȘlerait lâapproche cognitive humaine et le versant biologique, (lâintitulĂ© « neurosciences et psychologie cognitive le laissait croire), pensant ainsi acquĂ©rir les connaissances les plus larges qui soient en neurosciences. (La spĂ©cialisation a toujours Ă©tĂ© pour moi synonyme dâennui et je commençais dĂ©jĂ Ă le ressentir dans ma pratique clinique de stagiaire neuropsychologue). Jâallais en fait dĂ©couvrir un univers trĂšs fermĂ©, repliĂ© sur le modĂšle animal, univers dans lequel  lâhumain, pourtant cause et aboutissement de nos recherches,  nâa plus que peu de place.
Illustrations anecdotiques de cours magistraux, travaux dirigés et travaux pratiques
Travaux DirigĂ©s sur lâ Ă©pilepsie avec le Pr L.
Le premier choc des « cultures » a eu lieu pour moi dĂšs le deuxiĂšme jour de cours, lors dâune sĂ©ance de travaux dirigĂ©s ayant pour sujet lâĂ©pilepsie et lors de laquelle nous avons Ă©tĂ© amenĂ©s Ă visionner une vidĂ©o dâune femme subissant une crise, la rĂ©action de lâauditoire ayant Ă©tĂ© de rire aux Ă©clats. Tous les Ă©lĂšves riaient ou presque, les seules Ă garder un silence perplexe Ă©taient les trois Ă©lĂšves qui avaient auparavant suivi un cursus de neurosciences chez lâhumain, et dont je faisais partie (âŠ) Sans vouloir ĂȘtre dans le mĂ©lodrame, la souffrance psychologique impliquĂ©e par la plupart des atteintes cĂ©rĂ©brales interdit le rire pour peu quâon ait un minimum de connaissance des atteintes du cerveau humain qui fait actuellement cruellement dĂ©faut Ă nos chercheurs et Ă©tudiants en neurosciences.
Une fois la vidĂ©o rediffusĂ©e, ce mĂȘme professeur nous explique que lors de crises dâĂ©pilepsies pharmaco-rĂ©sistantes (qui rĂ©sistent aux traitements mĂ©dicamenteux),  on enlĂšve le lobe temporal mĂ©dian et câest bon. Naturellement  jâĂ©clate de rire, mes deux ex-camarades de neuropsychologie mâemboĂźtent le pas. Le professeur mâinterroge du regard, je me permets donc de lui rĂ©torquer que quand on leur fait ça ils ne sont plus jamais les mĂȘmes ! Et le voilĂ qui me rĂ©pond ici on nâest pas des cliniciens  en gesticulant tel un sorcier vaudou pour illustrer le terme de clinicien, son auditoire rit lĂ encore de bon cĆur. Comprenons : ici nous sommes des vrais scientifiques. Rappelons que les cliniciens Ă©voluent dans la rĂ©alitĂ© des pathologies humaines que ces chercheurs en biologie sont supposĂ©s  à terme guĂ©rir et dont ils ignorent tout ou presque, chez cet humain qui justifie pourtant toutes leurs recherches mais dont ils ne veulent rien savoir. AcquĂ©rir des connaissances annexes en la matiĂšre relĂšve de la perte de temps dans un systĂšme Ă©ducatif supĂ©rieur de lâhyperspĂ©cialisation tel que le nĂŽtre.
Ce chercheur ne pouvait plus mal tomber, LE cas phare de la neuropsychologie, emblĂ©matique de toute la profession puisquâil illustre Ă lui seul tout lâintĂ©rĂȘt de la neuropsychologie, et la subtilitĂ© de la mĂ©moire humaine, avait justement subit une lobectomie temporale mĂ©diane. Henry Molaison, dit HM de son vivant, atteint dâĂ©pilepsie pharmaco-rĂ©sistante sâest vu amputĂ© de son lobe temporal mĂ©dian Ă lâĂąge de 27 ans. Il en rĂ©sulta une amnĂ©sie des onze annĂ©es prĂ©cĂ©dant son opĂ©ration et il vĂ©cut  ensuite une longue vie de vide mnĂ©sique total, Ă savoir que du jour de lâopĂ©ration Ă celui de sa mort (Ă lâĂąge de 82 ans)  il nâa plus Ă©tĂ© capable dâenregistrer en mĂ©moire la moindre information verbale.
On enlĂšve le lobe temporal mĂ©dian et câest bon ? Oui en terme dâĂ©pilepsie, mais le devenir cognitif du patient, de la personne, dâun point de vue qualitatif, sphĂšre que lâanimal ne peut nous permettre dâapprĂ©hender, quâen fait-on ? Si on veut grossir le trait, tuons le patient il ne fera plus de crises dâĂ©pilepsie non plus, le nombre de crises ne peut pas ĂȘtre le seul critĂšre Ă prendre en compte. Demandez Ă nâimporte qui sâil prĂ©fĂšre continuer Ă vivre avec ses crises ou en ĂȘtre dĂ©barrassĂ©  mais ne plus jamais rien mĂ©moriser plus de deux minutes et je pense quâil nây aura pas un humain pour vouloir de cette lobectomie. Mais le chercheur en biologie, devant son rat ne voit que le nombre de crises et les effets de ses diverses manipulations sur ce mĂȘme nombre de crises, il ne peut en aucun cas apprĂ©hender la sphĂšre verbale. Il pourra mĂȘme Ă tort, croire que lâapprentissage est toujours possible puisque ce rat peut encore apprendre dans le registre « moteur ». Tout comme notre patient HM pouvait encore apprendre dans le registre non verbal, par exemple il jouait de mieux en mieux au ping-pong mais si vous lui demandiez sâil y a dĂ©jĂ jouĂ© il vous rĂ©pondait invariablement que non jamais. Comment un rat pourrait-il nous permettre dâapprĂ©hender la subtilitĂ© du monde mnĂ©sique et des substrats neuroanatomiques qui le sous-tendent tels quâillustrĂ©es par le cas HM ?
Jâai par la suite de nombreuses fois Ă©tĂ© choquĂ©e de voir nos professeurs attester dâun manque de connaissances Ă©vident sur les pathologies cĂ©rĂ©brales humaines. Chacun de nos professeurs nous prĂ©sentait une atteinte cĂ©rĂ©brale ; Parkinson, Alzheimer etc. Le cours commençait de façon invariable ; un professeur lisant ses notes pour dĂ©crire la pathologie chez lâhumain puis levant les yeux de ses feuilles pour parler avec fluiditĂ© dĂšs le moment venu dâen arriver Ă son modĂšle animal, quâil connait lui, sur le bout des doigts.
Jâai Ă de nombreuses reprises eu le sentiment que nos enseignant avaient totalement perdu de vue ce qui devait pourtant ĂȘtre lâĂ©lĂ©ment central de leurs recherches ; lâhumain. Nous voyons des Ă©lĂšves partir de lâanimal et y rester toute leur vie, leurs recherches prennent en soi leur sens sur lâanimal. Comment se rendre compte de leur non-sens si on ne se penche jamais sur la rĂ©elle fin en soi ; la pathologie humaine ? Nous aboutissons donc Ă des modĂšles animaux totalement grotesques oĂč lâanimal peut ĂȘtre lĂ©sĂ© dans des zones cĂ©rĂ©brales qui sont pourtant saines chez lâhumain atteint de la pathologie Ă©tudiĂ©e, prĂ©senter des symptĂŽmes approximatifs, incomplets ou surnumĂ©raires, ceci grĂące Ă lâutilisation de substances neurotoxiques ou encore Ă la manipulation des gĂšnes de lâanimal, le tout pour obtenir des symptĂŽmes de la pathologie humaine en question.
Parce que nous nâobtiendrons jamais rien de plus que des symptĂŽmes plus ou moins analogues mais jamais LA pathologie de lâhumain. Et pour cause une souris ou un singe ne prĂ©sentera jamais de schizophrĂ©nie ou encore de maladie dâAlzheimer. Ainsi quels espoir de guĂ©rir ces pathologies cĂ©rĂ©brales pouvons-nous tirer de ces recherches ? Aucun. Les traitements qui en rĂ©sulteront sont vouĂ©s Ă ĂȘtre des traitements symptomatiques, les mĂ©dicaments mis au point rĂ©duiront peut-ĂȘtre les tremblements dâun malade parkinsonien, en aucun cas ils ne soigneront la maladie de Parkinson. Et pour cause, le modĂšle animal interdit tout simplement lâĂ©ventualitĂ© dâun traitement Ă©tiologique de la pathologie humaine. La cause des symptĂŽmes puisquâelle diffĂšre, naturelle et inconnue chez lâhomme, artificiellement induite chez lâanimal par des procĂ©dures plus ou moins alambiquĂ©es, ne peut ĂȘtre traitĂ©e grĂące aux rĂ©sultats obtenus chez lâanimal puisquâelle est fondamentalement diffĂ©rente.
A qui peut profiter de tels traitements ? Dans une moindre mesure aux patients, qui peuvent voir leurs symptĂŽmes amoindris. Mais pour connaitre les marqueurs physiologiques des pathologies humaines, quoi de mieux que lâexamen post-mortem de cerveaux de malades humains ou encore lâĂ©tude de patients humains avec les diverses techniques dâimagerie cĂ©rĂ©brales dont nous disposons ? Sans compter les mĂ©thodes alternatives dont vous nâentendrez jamais parler lors de vos Ă©tudes. Nul besoin de souris pour savoir que Parkinson se caractĂ©rise par un dĂ©ficit de synthĂšse de dopamine. Donc nul besoin de lâanimal pour conclure quâon pourra amoindrir les symptĂŽmes en tentant de promouvoir cette mĂȘme synthĂšse.
Alors Ă qui profite encore lâutilisation du modĂšle animal sinon Ă lâindustrie pharmaceutique qui tire un maximum de bĂ©nĂ©fices de la vente de mĂ©dicaments traitant des symptĂŽmes au long cours ? Le patient le plus rentable est celui qui vit avec sa maladie le plus longtemps alors en quoi le soigner serait-il une urgence ? Rendre ses symptĂŽmes plus tolĂ©rables est bien plus rentable et le modĂšle animal est lĂ pour ça.
Travaux pratiques avec le Pr. V. - Observation
Le premier TP consistait en une observation dâun rat avec le cerveau Ă nu placĂ© sous un dispositif dâobservation. Câest le professeur qui effectuait les manipulations, les Ă©lĂšves devaient simplement venir Ă tour de rĂŽle regarder dans le dispositif (dont je ne me souviens plus la nature, je ne suis pas allĂ©e regarder par principe). Le TP de vivisection Ă proprement parler avec un autre professeur devait suivre, jâai donc  directement demandĂ© au Pr V., responsable de master, si je devais tout de mĂȘme y assister sachant que je ne lĂšverai pas un doigt pour participer Ă ces pratiques dont jâĂ©tais encore loin de cerner lâĂ©tendue du non sens dâun point de vue scientifique, mais que je trouvais dĂ©jĂ de toute façon immorales. Je lui ai dit de me mettre zĂ©ro dâemblĂ©e, il mâa rĂ©pondu que je nây pensais pas, que je jâallais ruiner ma moyenne, que je devais au moins y assister. Il nâa cependant pas cherchĂ© Ă me prouver la lĂ©gitimitĂ© de la vivisection ou Ă me convaincre de lâinfliger.
Lors du TP que nous venions de suivre avec lui, je lâai vu caresser le rat endormi, la boĂźte crĂąnienne ouverte, alors quâil venait de le poser doucement sous lâappareil dâobservation. Un geste bref et inutile qui en dit long sur la personne et le chercheur. Câest cet homme qui mâa fait nuancer mon avis sur les vivisecteurs et dĂ©passer la vision simpliste de « il faut ĂȘtre un monstre pour faire ça », cet homme lĂ , je le gagerais, se passerait bien dâavoir du sang sur les mains pour « faire avancer la science ».
Les travaux pratiques qui suivaient et dont sont issues mes photos ont malheureusement été conduits par un autre genre de vivisecteur.
Travaux pratiques : Ă©laboration dâun modĂšle animal (vivisection) avec le Pr L.
Lamartine disait On nâa pas deux cĆurs, lâun pour lâhomme, lâautre pour lâanimal⊠ on a du cĆur ou on nâen a pas . Le Pr. L dont nous avons pu observer le manque dâempathie pour ses congĂ©nĂšres humains atteints dâĂ©pilepsie eu tĂŽt fait de me faire vĂ©rifier cette cĂ©lĂšbre assertion.
Le TP allait se dĂ©rouler en deux sĂ©ances. La premiĂšre consistait Ă la mise en place dâĂ©lectrodes reliĂ©es au cerveau du rat vivant. La deuxiĂšme sĂ©ance avait pour but de lire des enregistrements EEG recueillis via les Ă©lectrodes prĂ©alablement implantĂ©es et dâobserver les effets de lâinduction dâune substance Ă©pileptogĂšne  dans lâorganisme du rat.
Les visages Ă©taient tirĂ©s et lâambiance lourde en arrivant Ă ce TP. PassĂ©es les vaines tentatives du Pr L. pour me ridiculiser et mâinciter Ă participer, (il mâa par exemple demandĂ© dâaller chauffer la bouillotte qui sera placĂ©e sous le rat pendant son opĂ©ration et devant mon refus de me dire comme a une enfant  mais câest pour quâil ait bien chaud ton rat, les Ă©lĂšves se sont vus attribuer leur rat. La premiĂšre phase et non des moindres consistait Ă attraper le rat et lui injecter dans le pĂ©ritoine la substance anesthĂ©siante. Lors de la dĂ©monstration lâenseignant a fait tomber un rat au sol et je lâai rattrapĂ© et pris dans mes bras, ce qui mâa valus les regards interloquĂ©s des autres Ă©lĂšves qui ne sâĂ©taient pas expliquĂ©s autrement mon refus quâen mâattribuant ⊠une peur des rat ! Jâai donc clarifiĂ© ce point, le questionnement Ă©thique semblait ne pas les avoir frĂŽlĂ©s. Le professeur nâa pas manquĂ© de me dire de le reposer, si non jâallais salir mon joli costard. Il nâest pas difficile de comprendre quâun Ă©lĂšve ne songe pas Ă se mettre dans ma dĂ©sagrĂ©able situation dâalors et pratique la vivisection pour ne pas sâexposer aux reprĂ©sailles dâun enseignant de cet acabit, dont on viendrait par son refus, critiquer les pratiques.
Cette phase effectuĂ©e tant bien que mal (et plutĂŽt mal que bien pour ces pauvres rats dans les mains dâĂ©tudiants stressĂ©s et maladroits), le rat endormi devait ĂȘtre placĂ© dans le cadre stĂ©rĂ©otaxique (que lâon voit en photo) qui permettrait de le maintenir avec prĂ©cision. La premiĂšre opĂ©ration consistait Ă Ă©piler le crĂąne de lâanimal, une de mes anciennes collĂšgues de neuropsychologie Ă©tait au bord des larmes se faisant, mais sâexĂ©cutait. Puis il leur fallait inciser la peau du crĂąne, percer la boĂźte crĂąnienne de 4 trous, un dans chaque lobe de lâanimal, faire passer un fil conducteur dans chacun dâeux, installer la piĂšce qui maintenait les fils ensemble et couler une sorte de cire autour afin de maintenir la cohĂ©sion du tout, que vous voyez sur la deuxiĂšme photo. Cette Ă©tape fut ponctuĂ©e dâun vous leur faites un joli chapeau tout sourire, de notre enseignant chercheur. Je pense avoir stimulĂ© son cynisme par ma prĂ©sence hostile, jâose imaginer quâil ne fait pas toujours preuve dâautant dâirrespect.
Pour ce qui est des Ă©lĂšves de mon groupe, la plupart effectuaient leur besogne en silence, sauf un couple de joyeux lurons qui avaient appelĂ© leur rat Georgi, chaque phase de la procĂ©dure Ă©tant pour eux source dâun amusement que pour ma part je trouvais indĂ©cent. Je ne doute pas quâils feront dâexcellents vivisecteurs, et en tout cas de parfaits exemples de rouages dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s dâune science aveugle.
Pour ma part toute mon Ă©nergie Ă©tait investie pour conserver mon calme et rester rĂ©active face aux attaques de lâenseignant. Jâavais conscience pendant le dĂ©roulement de la vivisection que se crĂ©aient sous mes yeux des souvenirs ineffables et douloureux. Ce moment allait effectivement marquer le point de dĂ©part de mon implication dans la protection animale.
Séance 2, enregistrements EEG
      Je pensais le pire derriĂšre nous mais la rĂ©alitĂ© de lâanimal Ă nouveau conscient et affublĂ© de ce dispositif cruel donna encore une tout autre dimension aux actes commis la sĂ©ance passĂ©e. Alors quâil dort le rat est comme mort, et cet Ă©tat donne une sensation presque irrĂ©elle aux actes commis. Il faut avoir le cĆur bien accrochĂ© pour soutenir le regard dâun rat qui Ă©volue avec  des Ă©lectrodes lui sortant du crĂąne. Câest cette photo que jâaurai voulu faire, jâaurai voulu capturer cet instant infini ou un rat mâa fixĂ©e Ă travers sa boĂźte de plexiglas une patte sur la vitre, parce que câest cette image qui mâa marquĂ©e Ă jamais.  Je nâai malheureusement pas eu lâoccasion dâen prendre lors de cette sĂ©ance. La premiĂšre fois jâavais pu profiter de lâabsence momentanĂ©e de lâenseignant et lâon ne mâavait pas dĂ©noncĂ©e, bien quâon mâait bien fait remarquĂ© que je ne devrais pas prendre de photos (preuve sâil en est que les Ă©lĂšves nâont pas totalement lâesprit tranquille par rapport aux actes quâils sont amenĂ©s Ă commettre).
Les rats ont Ă©tĂ© ni plus ni moins « branchĂ©s » au dispositif dâĂ©lectroencĂ©phalographie et diverses substances leur ont Ă©tĂ© administrĂ©es, le principe Ă©tant dâobserver les variations du tracĂ© EEG induites par ces derniĂšres.  La simple Ă©tude de tracĂ©s EEG de patients humains Ă©pileptiques, ça aurait Ă©tĂ© autrement plus fiable et plus intĂ©ressant, et pourquoi pas, la rencontre dâun ou plusieurs patients qui expliqueraient leur quotidien et donneraient une dimension des plus concrĂštes Ă la pathologie, permettant ainsi une mĂ©morisation des Ă©lĂšves quasi parfaite des caractĂ©ristiques de la pathologie, pour quâun jour ils nâaient pas besoin de lire leurs notes quand ils enseigneront Ă leur tour.
VoilĂ donc un paysage plutĂŽt contrastĂ© des acteurs de la recherche en neurosciences. Si certains peuvent ĂȘtre dans un dĂ©ni profondĂ©ment marquĂ© de cynisme comme nous avons pu le voir, la plupart dâentre eux se passeraient sans doute dâavoir Ă infliger des actes dâune cruautĂ© sans pareil et dont on ne peut que soupçonner lâimpact psychologique dĂ©vastateur sur les bourreaux qui en sont Ă lâorigine. Ces hommes et ces femmes sont ici pour guĂ©rir lâhumain, la vivisection nâest pas une fin en soi et je pense quâon y tombe malgrĂ© soi, mis au pied du mur, il faut le faire pour ses Ă©tudes puis pour sa carriĂšre. Sans compter sur le principe de soumission Ă lâautoritĂ©, brillamment mis en Ă©vidence par la cĂ©lĂšbre expĂ©rience de Milgram. (Les sujets sont allĂ©s jusquâĂ administrer des dĂ©charges Ă©lectriques Ă des humains qui Ă©taient en fait des acteurs, dont la puissance Ă©tait pourtant annotĂ©e comme mortelles uniquement parce quâune autoritĂ© supĂ©rieure et supposĂ©e compĂ©tente le leur avait demandĂ©). Jâai conscience dâavoir la chance de ne pas avoir peur de la reconversion (je suis aujourdâhui tatoueuse !), mais ce nâest tout de mĂȘme pas sans mal quâon renonce Ă une voie pour une autre et pour moi au bout de quatre annĂ©es dâĂ©tudes. Sans ça, et surtout sans les connaissances acquises dans un autre master, peut ĂȘtre aurais-je comme eux accompli ce quâils considĂšrent tous, Ă©lĂšves comme chercheurs, ĂȘtre un mal nĂ©cessaire.
La vivisection nâest jamais remise en question, nous nâavons jamais entendu parler de mĂ©thodes alternatives. Pour lâĂ©lĂšve il est donc dĂ©jĂ difficile de renoncer, de se dresser face Ă lâordre Ă©tabli, alors pour le chercheur ? Comment admettre au bout dâannĂ©es de recherches que tout le paradigme qui les encadrait Ă©tait en soi, un non sens ? Comment arriver Ă vivre avec lâidĂ©e que toutes les souffrances quâils ont infligĂ©es et quâils se sont infligĂ©es en tant que bourreaux Ă©taient non seulement vaines mais quâelles auraient pu ĂȘtre Ă©vitĂ©es ?
Claude Bernard, le « pĂšre » de la mĂ©decine vivisectionniste moderne fit ce triste constat Ă la fin de sa vie Jâai les mains pleines de sang et vides de rĂ©sultats. Il faut une certaine honnĂȘtetĂ© intellectuelle pour assumer un tel constat. Pour beaucoup tout au long de leur vie, il sera plus simple de ne pas y penser pour ne pas ĂȘtre mis face Ă cette affligeante conclusion. Et comment les en blĂąmer quand la vivisection est devenue en soi un vĂ©ritable paradigme ?
Aujourdâhui je blĂąme le systĂšme Ă©ducationnel supĂ©rieur qui permet la folie de se croire Ă mĂȘme de soigner lâhumain en passant par lâanimal et en sâaffranchissant par lĂ mĂȘme de la nĂ©cessitĂ© dâavoir des connaissances sur lâhumain. Je dĂ©plore la spĂ©cialisation des esprits rĂ©sultant en lâĂ©miettement des connaissances et surtout lâabsence de quĂȘte dâune connaissance holistique, seule Ă mĂȘme de garantir des avancĂ©es. Câest bien aujourdâhui la spĂ©cialisation des cursus et donc des connaissances qui permet dâarriver Ă des constats incomprĂ©hensibles ; on torture inutilement et pourquoi ? Parce que plus personne nâĂ©tudie plusieurs voies pour se rendre compte des incohĂ©rences inhĂ©rentes Ă chacune dâentre elles et qui nâapparaissent que dĂšs lors quâon se donne les moyens dâavoir une vision Ă©largie de son domaine dâĂ©tude. Nous avons besoin dâune vision globale, les cursus doivent donc sâefforcer de devenir rĂ©ellement pluridisciplinaires et pas cette pseudo-pluridisciplinaritĂ© vendeuse de surface oĂč lâon introduit briĂšvement et de façon insuffisante des notions sur lâhumain pour les oublier aussitĂŽt.
Il est temps dâenrichir les cursus universitaires en proposant des formations aux mĂ©thodes alternatives aux chercheurs pratiquant la vivisection. Aussi tout doit ĂȘtre fait pour promouvoir les Ă©changes interdisciplinaires entre les chercheurs. Si jâai pu Ă mon modeste niveau dâĂ©tudiante mettre en lumiĂšre certaine incohĂ©rences, je nâose imaginer la qualitĂ© des contributions que pourraient apporter certains de mes anciens professeurs Ă©tudiant les neurosciences chez lâhumain au domaine des neurosciences biologiques, et vice versa.
Aujourdâhui je vois donc la vivisection comme un Ă©niĂšme symptĂŽme de la fragmentation de lâintelligence humaine et de la perte de sens qui accompagne cette derniĂšre.  A trop croire quâil fallait se concentrer sur un champ de connaissance et au sein de ce champ, sur un sujet dâĂ©tude, puis sur une technique dâĂ©tude de ce mĂȘme sujet, en restant cloisonnĂ© dans une sphĂšre intellectuelle fermĂ©e, sans interactions interdisciplinaires, nos connaissances rĂ©vĂšlent plus que jamais toute leur insuffisance. Car oĂč sont ces traitements promis par la vivisection ? Il est temps de reconnaĂźtre la nĂ©cessitĂ© dâun changement de paradigme.
A chaque Ă©poque ceux qui allaient rĂ©volutionner leur domaine scientifique se sont dâabord vus raillĂ©s, tournĂ©s en ridicule, face Ă une majoritĂ© rĂ©fractaire et parfois agressive. Et ce sont les mĂȘmes enseignants-chercheurs dâaujourdâhui pourtant prompts Ă encenser les rĂ©volutionnaires scientifiques dâhier qui raillent Ă leur tour les Copernic insoupçonnĂ©s qui sont autour dâeux aujourdâhui, si tant est quâils soient amenĂ©s Ă en rencontrer, ce qui demeure peu probable au vu de lâorganisation de lâenseignement supĂ©rieur et de la recherche. Nous aimons tous croire que nous aurions Ă©tĂ© du cĂŽtĂ© des esprits rĂ©volutionnaires en tout temps mais nous nâinterrogeons pas les discours qui sont Ă contre courant aujourdâhui. A posteriori il est facile de reconnaĂźtre la nĂ©cessitĂ© dâune rĂ©volution scientifique, la vraie difficultĂ© est de la reconnaĂźtre dans le temps prĂ©sent, malgrĂ© les dogmes enracinĂ©s et la puissance de lâinertie.
Ma conviction, dĂ©coulant de ma modeste approche transdisciplinaire de la question, est aujourdâhui que le renoncement au modĂšle animal sonnera lâavĂšnement dâune nouvelle Ăšre pour la recherche en mĂ©decine et ne saurait quâĂȘtre synonyme dâĂ©mancipation du dictat de lâindustrie pharmaceutique sur le monde des sciences mĂ©dicales.
Par Laetitia Schartner, Puisse ce rĂ©cit ĂȘtre utile Ă lâadmirable combat de Christophe LeprĂȘtre contre la vivisection et Ă la promotion des alternatives aux expĂ©rimentations animales menĂ©e par Pro Anima