Rapport d'orientations budgétaires - Intervention Frédérique Hachmi - 09/03/2026
Monsieur le Président, cher(e)s collègues, au nom de mes collègues du groupe Socialiste, je remercie à mon tour nos directions et services des finances, pour la qualité du rapport présenté par notre collègue Hervé Gicquel, dont je salue une fois encore le talent d’équilibrisme, pour tenter de justifier par le seul contexte national des finances publiques, vos choix politiques pour le Département, comme chaque année depuis 5 ans.
Mais dans ce cas, mes chers collègues, allons au bout de cet état des lieux national qui frappe rappelons-le, l’ensemble des collectivités, car on oublie ici de préciser que les départements bénéficient, en revanche, du fonds de sauvegarde à hauteur de 600 millions d’euros, et qu’ils sont donc épargnés par la loi de finances initiale 2026, avec en prime cette année l’exonération pour le Val-de-Marne du DILICO. L’impact financier de la loi de finances, est donc conjoncturellement positif pour le Val de Marne, et l’honnêteté aurait pu conduire votre exécutif à l’admettre. Et d’ailleurs pourquoi ne pas mettre davantage en exergue l’augmentation de vos recettes de fonctionnement ?
En effet, j’aimerais vous entendre sur les écarts d’inscriptions de recettes entre le BP25 et le CA anticipé 2025, si significatifs, particulièrement pour les AIS à la croissance contenue mais dont le niveau d’inscription budgétaire pourrait aussi être interrogé. J’en veux pour preuve la PCH : pour rappel, lors de la DM 2025, une augmentation de 2,5M€ (soit +6%) avait été prévue, ce qui réduit la hausse 2025/2026. Pour autant, celle-ci reste particulièrement élevée mais, étonnamment, peu justifiée dans ce rapport. La croissance de dépenses de 35% de BP à BP devrait être mieux explicitée. Votre justification sur « l’effet volume », qui ne serait pas linéaire, ne serait-ce pas plutôt une conséquence de la longueur des délais d’instruction et de paiement ?
Enfin, à ces interrogations s’ajoutent celles sur les dépenses de personnel, qui connaîtraient une très faible augmentation (+2,75M€, soit +0,7%), et donc inférieure aux hausses pourtant « mécaniques » identifiées au titre de 2026 (4,7M€ CNRACL, 3,9M€ GVT et 0,35M€ SMIC) et qui ne semblent pas prévues au BP26 ? Si on retranche la hausse sur les assistants familiaux, l’évolution est quasi-neutre par rapport au BP 2025, ce qui signifierait donc une suppression ou non-reconduction allant jusqu’à 200 postes ? Si votre rapport M. le Président parle de « reconduction à l’identique » du montant du BP25 et de « maîtrise des dépenses », il n’est à l’évidence pas transparent, sur les voies et moyens pour tenir ce cadrage...
J’aimerais poursuivre ces questionnements, Monsieur le Président, sur vos choix politiques d’austérité en matière d’investissements, lorsqu’on voit en effet que les dépenses d’investissement sont à nouveau en forte baisse de BP25 à BP26 (-8,5%), soit le niveau le plus bas depuis 10 ans ! Cette baisse continue de vos investissements a fait passer notre Département de la 39ème place en 2022 à la 60ème place en 2024 en termes d’investissements par habitant. Au vu de ces baisses que vous imposez au département, d’année en année, à ce stade le Val-de-Marne figurera probablement l’an prochain dans le dernier quart au niveau national ! Et les tendances qu’on observe de BP 2024 à BP 2026 en matière de PPI en attestent, avec en particulier la baisse la plus nette des investissements qui frappe nos collèges, de 72 millions € à 55 millions € !
En définitive, votre rapport d’orientations s’inscrit dans la droite ligne des années précédentes, avec pour la 5ème année consécutive, la reproduction d’un même argumentaire, avec comme chaque année les mêmes ressorts.
Ce récit, il est grand temps pour nous, 5 ans après votre arrivée aux commandes, de le dénoncer, car celui-ci repose sur plusieurs « mythes » :
Le mythe de la mauvaise gestion passée ;
Et celui, forcément, de la bonne gestion de l’actuelle majorité ;
Le mythe du contexte économique et réglementaire, qui vous serait uniquement défavorable ;
Et le mythe enfin d’une collectivité, qui parviendrait à dépasser la contrainte, pour porter des politiques publiques ambitieuses...
Premier mythe, votre petite musique de la mauvaise gestion passée, qui a fait son temps, mes chers collègues, car il était fondé, rappelons-le, sur le fameux audit, que vous aviez commandé à Mazars. Un audit qui était évidemment une opération de communication, destinée à jeter le discrédit sur la gestion passée, et à ouvrir la porte à une période de « redressement » proclamé dès le 1er budget de la mandature. D’ailleurs 5 ans après, c’est le même argumentaire que nous ressert ce ROB 2026, dans son introduction...
A ce stade, votre plat n’est plus du réchauffé, il est même faisandé...
D’autant qu’à bien y regarder, c’est avec fierté que nous devons rappeler les choix de gestion de nos majorités précédentes, ne serait-ce que sous la précédente mandature, et qui sont tout à fait justifiables. Je n’en mettrai qu’un en exergue avec les dépenses d’investissement qui avaient augmenté de 10% entre 2016 et 2021, et avec au total 1,5Mds€ qui auront été investis, au cours du mandat précédent, pour améliorer l’attractivité du territoire !
D’autre part, il est temps à nos yeux de dénoncer un deuxième mythe, celui de la supposée bonne gestion de votre exécutif.
Et là encore un exemple : on se souvient que dès 2022, le premier ROB de votre majorité nous indiquait « un budget de redressement ». Mais où est la valeur ajoutée de votre majorité, sur un prétendu plan de sauvegarde des finances départementales ? Où est votre supposée expertise financière, lorsqu’on constate que les ratios financiers sont plus dégradés que sous l’ancienne majorité ; que les investissements sont en chute libre, alors que l’endettement augmente ; et surtout que les écritures budgétaires frôlent l’insincérité et les documents budgétaires manquent tant de transparence?
Et que dire du 3ème mythe du contexte économique et réglementaire qui priverait chaque année le Département de marges de manœuvre ? Faut-il rappeler que depuis 2022, lorsque la contrainte financière a été imposée aux Départements, elle l’avait été par les Gouvernements successifs de droite et du centre ? Elle l’avait été par choix politique donc, et bien davantage que par nécessité pour les finances publiques nationales. Dois-je vous rappeler que ces orientations ont été portées, avec constance et entêtement, par vos amis politiques, dont certains sont aux responsabilités gouvernementales, et sans considération, pour les missions essentielles des Départements ?
Le dernier mythe à dénoncer, est celui de votre majorité qui parviendrait à dépasser la contrainte, pour porter des politiques publiques ambitieuses ! Ainsi après le discours sur la contrainte et le redressement, vient le discours sur vos ambitions, qui seraient malgré tout préservées, je cite : « Malgré la contrainte budgétaire, le Val de Marne maintient la qualité de ses politiques publiques, afin de continuer à bâtir un territoire robuste, au service de ses habitants » et « Le Conseil départemental a fait le choix de mener une politique d’investissement ambitieuse, en bâtissant et en promouvant des actions structurantes pour le territoire » (en page 51 de ce ROB 2026).
Mais où sont vos ambitions, mes chers collègues, qui s’apparenteraient d’ailleurs à des incantations, au vu de la somme des renoncements que nous dénonçons depuis ces dernières années ? Vous semblez d’ailleurs n’y croire qu’à moitié, lorsque dans la très brève présentation de vos politiques publiques, vous vous engagez à dire que tel dispositif sera « maintenu », « poursuivi », « redéployé », « ajusté » ou visera modestement à « assurer la continuité des missions obligatoires » du Département. Ainsi votre maintien a minima de vos politiques départementales fortement asséchées, semble suffire à votre satisfaction. Mais au-delà des dispositifs de politiques publiques, ce sont tous nos partenaires qui sont malmenés ! Ce sont les désengagements successifs de votre majorité, comme la suppression du dispositif Amethyste et de ses 50 000 bénéficiaires ; ce sont les fermetures de crèches sous couvert de redéploiement (6 crèches en 2025) et de PMI (2 PMI en 2025) ; ce sont bien sûr les diminutions des aides au logement social pour les communes ayant plus de 40% de logements sociaux hors renouvellement urbain ; ce sont enfin les baisses ou les suppressions de vos subventions aux associations du département, dont les financements diminuent, année après année, ou sont tout simplement annulés, avec des acteurs culturels ou sportifs, qui sont vus comme de simples opérateurs !
Enfin, les carences de ce rapport sont surtout inquiétantes, sur ce qu’il dit de votre vision politique pour notre Département. Au-delà de l’année 2026, vos données sur les années suivantes sont très insuffisantes, car elles ne nous permettent absolument pas, d’apprécier la trajectoire budgétaire de la collectivité. A ce titre, la prospective n’est ici instrumentalisée, que pour noircir le tableau des années 2027 et 2028. D’ailleurs, les seules données prospectives sont, sur deux exercices (2027 et 2028), des projections de certaines recettes fiscales (TSCA, TVA, taxe d’aménagement) et dotations. Mais vous ne nous présentez ici aucune donnée prospective, sur les autres recettes (DMTO, dotations AIS, recettes sectorielles de fonctionnement) et aucune donnée prospective en matière de dépenses de fonctionnement, et ce dans aucun secteur. De même, aucune donnée ici sur les ambitions de votre majorité, en matière d’investissement (ni de montant global, ni de montant par domaine d’intervention, et encore moins de détail sur les principaux projets) ou sur vos recettes d’investissement attendues. Enfin, aucun ratio réglementaire ne nous est présenté (ni l’épargne, ni l’encours de la dette, ni la capacité de désendettement) ni n’est affiché en prospective.
Cet appauvrissement des informations, pourtant inhérentes à un document de prospective budgétaire, M. le Président, pose la question du respect des règles en matière de transparence financière et de la lettre même du CGCT.
En matière RH par exemple le CGCT indique on le sait que le ROB doit inclure « l'évolution prévisionnelle de la structure des effectifs et des dépenses de personnel, pour l'exercice auquel se rapporte le projet de budget ». Là encore, les informations lacunaires de la partie 7 du ROB nous permettent de considérer, que cette obligation réglementaire n’est pas respectée, ici !
A ce titre, c’est en direction des agents de l’administration départementale que veux adresser les derniers mots de mon intervention. Je pense à celles et ceux, qui se sont mobilisés nombreux aujourd’hui, pour exprimer leurs légitimes préoccupations, au regard du traitement qui leur est réservé et qui démontre, comme le confirme d’ailleurs votre document d’orientations budgétaires, que nos agents seraient une variable d’ajustement budgétaire, qu’il conviendrait d’ailleurs selon vos propres termes, je cite, de «maîtriser».
Monsieur le Président, notre administration ne serait-elle désormais qu’une charge financière à « maîtriser » et non plus l’outil essentiel au service de nos politiques départementales et de nos missions de services publics ?
Mes chers collègues, agir et penser de cette façon, dans le contexte social que l’on connaît, avec les effets cumulés de l’accroissement de la précarité et des inégalités sociales, auxquelles notre collectivité départementale devrait pourtant faire face, alors que les investissements publics dans les infrastructures et en faveur de la transition écologique sont totalement insuffisants, témoigne aux yeux du groupe Socialiste, d’une vision purement comptable étriquée, et surtout d’une absence d’ambition pour le territoire !
Au vu de tant d’interrogations, de tant de zones d’ombre, dans ce rapport d’orientations qui demeure, à nos yeux, lacunaire en termes de prospective budgétaire, nous pourrions être fondés Monsieur le Président, à solliciter par la voie réglementaire une mission d’information et d’évaluation interne, sur l’examen de la trajectoire financière de notre collectivité.
En définitive M. le Président, rien ne va dans vos orientations budgétaires, qui se calquent sur les orientations des Gouvernements Macron et sur les décisions de Valérie Pécresse au niveau régional ; orientations politiques qui n’ont eu de cesse ces dernières années d’affaiblir nos services publics !
Notre conviction, avec mes collègues du groupe Socialiste, c’est que face aux défis sociaux et écologiques du territoire, l’austérité que vous affichez comme seule boussole, chaque année, est un choix, pas une fatalité. Avec vos renoncements, votre exécutif en est réduit à administrer la pénurie au lieu de préparer l’avenir de notre territoire et de ses habitantes et habitants.
D’autres choix sont possibles, chers collègues, en toute responsabilité, face à cette spirale du renoncement qui hypothèque l’avenir du Val-de-Marne !
Nous continuons d’espérer en un avenir solidaire, qui place l’égalité et la transition écologique au cœur du projet politique ; avec des services publics renforcés, pour protéger toutes et tous, sans distinction, car rien Monsieur le Président, ne justifie les renoncements de vos orientations budgétaires !