La porte pourrie sâĂ©tait bien refermĂ©e. Hourra !
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@quelleportequelcorps
La porte pourrie sâĂ©tait bien refermĂ©e. Hourra !
Je regarde en arriĂšre vers des portes dĂ©jĂ passĂ©es oĂč il y a des personnes. Je ne ressens habituellement pas dâenvie de revoir ces personnes. Je me sens faussement coupable de ne pas les revoir. Je sais quâau fond de moi, je lutte pour ĂȘtre pareille Ă ses personnes telles que je les vois : indiffĂ©rente. En ai-je rĂ©ellement quelque chose Ă faire dâĂȘtre coupĂ©e de toutes ses piĂšces oĂč jâai Ă©tĂ© un petit corps ? Pas vraiment. Câest un poids que jâai traĂźnĂ© et laissĂ© derriĂšre. Non sans colĂšre. Je ressens quelque part dans ma chair une nĂ©crose. Jâai nourri de la haine. Tout ce chemin oĂč jâai trĂ©buchĂ© et oĂč je me suis sentie finalement seule quoi quâil arrive. Je sais que je nâai pas Ă©tĂ© un petit corps colorĂ© plein de gentillesse. Je sais que lâon mâa supportĂ©e tant bien que mal. Jâai dans ma chair une part vivante qui souhaite renouer, lâautre nĂ©crosĂ©e qui rĂ©duit tout Ă lâindiffĂ©rence. Ou bien pas seulement lâindiffĂ©rence. Lâenvie de laisser une empreinte de mon existence qui soit une nĂ©crose pour ces autres corps Ă©galement. Des questions sans rĂ©ponse, une frustration, une inquiĂ©tude, une colĂšre face Ă ma disparition.
Quâest-ce que câest que cette part de moi ? Depuis quand est-t-elle lĂ ? Est-ce que jâai encore une part de monstruositĂ© huileuse ? Mais est-ce quelque chose de normal, en chaque corps ? A-t-on toujours une secrĂšte envie de laisser une nĂ©crose sur un autre corps ? Il y a-il un dĂ©sespoir de partager une chair vivante qui pousse Ă vouloir rĂ©pandre de la mort ?
Pour quelle raison exactement devrais-je emprunter une ancienne porte ? Ai-je vraiment besoin de ça ? Est-ce que ça a la moindre importance ? Est-ce que jâappelle en moi un besoin de retirer quelques tissus morts ?
Mais je mâen fiche de ces personnes putain
Sometimes you have to change your locksâŠ
La piĂšce solitaire reste fermĂ©e. Devrais-je en amĂ©nager une autre ? Je ne mâen sens pas capable. Je ne sais pas ce qui se passe en moi. Comment est-ce que je perds les clĂ©s ou abĂźme les serrures ? Dâautres choses me prĂ©occupent quand il sâagit de clĂ©s et de serrures. Jâai un trousseau dans les mains et je ne connais pas la moitiĂ© des clĂ©s. Je confonds leurs matiĂšres et leurs formes. Jâignore bien quoi en faire. Je ne les vois mĂȘme pas comme des clĂ©s pour la plupart. Mais plutĂŽt des objets dont je nâai rien Ă faire. Je pense parfois en faire tomber une, trĂ©bucher dessus, pester puis reprendre ma route. Mais la clĂ© revient dans le trousseau. La clĂ© appartient au trousseau. Si câest bien une clĂ©. Et ça recommence. Elles tombent, me font tomber, mâagaçent. Je tente de les oublier et elles reviennent. Et retombent.
Jâen ai marre dâavoir chaud.
The Xana on the Night of San Juan by runielss
Jâai couru pour passer des milliers de portes. Je me suis retournĂ©e pour vĂ©rifier si jâĂ©tais suivie. Jâai ignorĂ© mes jambes dĂ©formĂ©es et douloureuses. Jâai tentĂ© de laver cette souillure sur mon corps. Cette huile laissĂ©e par le monstre huileux. Elle ne sâenlevait pas. Jâai continuĂ© de courir. Jâai couru pour lui Ă©chapper. Jâai tentĂ© de ne laisser aucune trace. Jâai trĂ©buchĂ©. Je me suis dâautant mieux blessĂ© les jambes. Jâai repris la course. Je me suis brĂ»lĂ© les poumons. Je me suis cognĂ©e contre des murs ou des portes closes. Des milliers de porte Ă souffrir de cette huile qui me semblait trahir le retour du monstre et ses bras autour de moi. Jâai fini par chuter une fois de trop. Peut-ĂȘtre me suis-je assommĂ©e. Je me suis rĂ©veillĂ©e et jâai tentĂ© de me nettoyer encore une fois de son huile. Lâhuile avait enfin disparue. Le monstre nâĂ©tait plus prĂ©sent sur moi.
Jâai redĂ©couvert ma peau et ma chair. AbĂźmĂ©es et mais presque identiques Ă ce quâelles avaient Ă©tĂ© avant dâĂȘtre souillĂ©es. Toujours difficiles Ă comprendre. De couleurs que je ne saurais qualifier. Ou de matiĂšres qui mâĂ©tonnent toujours. Je suis de nouveau un corps Ă moi. Mais quel corps ? Si complexe et marquĂ© par des voyages non moins complexes. Je garde la sensation que ce corps ne convient pas. Câest un corps qui agace et attire ceux qui veulent le tordre pour en faire ce qui leur plait. Mais je lâaime bien ce corps. Jâai mĂȘme lâimpression de mieux lâaimer quâautrefois, avant dâĂȘtre souillĂ©. Je lâai retrouvĂ© et je recommence Ă vivre avec lui. Jâaime bien vivre avec lui.
Ma mĂ©moire nâest pas si abĂźmĂ©e par des annĂ©es de souillure. Je comprends que ma chair a changĂ© et je ne comprends pas comment câest possible. Je sens mon corps vieillir mais pas seulement. Autre chose sâest passĂ©. Ătait-ce prĂ©vu par mon corps sans que je le comprenne ?
Bonjour ou bonsoir. Je suis une vieille conne sans talent parmi des milliards dâĂȘtres humains. Avec un corps. Et quitte Ă ne servir Ă rien, je rajoute un poids inutile Ă la toile saturĂ©e que je nâaime plus.
i-SAMARA, charcoal on paper by nickbleb
Que sont ces anomalies ? Des trous ? Des matiĂšres incorrectes ? Des couleurs impropres ? Quâest-ce qui peut si mal composer ma chair. Quelque chose a changĂ© dans ma chair aussi. Un sens ne cesse de sâamplifier. Il me gĂȘne. Il nâĂ©tait pas. Maintenant il est et il sâaiguise. Alors que je ne sais pas mâen servir et je nâaime pas ça. Pourquoi est-ce que jâai changĂ© ? Je ne sais pas quoi en faire. Ăa ne me sert Ă rien Ă rien.
GhostKid aka GhostKid Trading Cards aka Jacobo (based Roy, UT, USA) - Twitchinâ Eyes, 2024, Drawing
prints available here
Il y a quelque chose dans ma chair que je refuse de voir. Il y a dâautres choses dans ma chair que je ne comprends pas. Jâai une faible intuition que quelque chose fonctionne mal lĂ dedans. Mais quâest-ce que câest ? Je nâai pas la capacitĂ© de comprendre ce qui se passe en moi. Je nâai pas la capacitĂ© de me comparer avec quelquâun dâautre. Je ne comprends pas les autres personnes. Je ne sais pas voir. Je scrute, jâobserve, je mâefface pour nâĂȘtre que des yeux. Et je ne comprends toujours rien. Je nâai pas trouvĂ© de porte colorĂ©e qui explique ça. Je nâai pas trouvĂ© dâindice dans des objets parlants. Je sens que ma chair a quelque chose qui ne va pas. Le problĂšme câest que jâen pense autant des autres. Je hais ce que je vois. Je nâaime pas mieux ce que jâai en moi.
Quâest-ce que je ne vois pas⊠?
Bonjour ou bonsoir. Je suis une vieille conne sans talent parmi des milliards dâĂȘtres humains. Confuse et hantĂ© par un sentiment de culpabilitĂ©. Et quitte Ă ne servir Ă rien, je rajoute un poids inutile Ă la toile saturĂ©e que je nâaime plus.
spectrowhirl.etsy.com
Â©ïž 2026 Jeremiah Ray
Les couleurs explosent. Les matiĂšres sâaccumulent. Quâest-ce que je dois faire ça de tout ? Comment jây mets de lâordre ? Au secours
Think Pink, oil painting by Kim Jakobsson
Je dois repenser Ă mon long chemin vers une possible porte dont je ne connais pas grand chose. Je dois rechercher les matiĂšres et couleurs qui me manquent. Câest plus important que le reste. Jâai rĂ©ussi quelques pas dans la bonne direction.
Je dois arrĂȘter de me relĂącher et me dĂ©tourner vers dâautres portes pour me distraire.
Je dois tenir bon. Je suis sur la bonne voie. Peut-ĂȘtre pour la premiĂšre fois depuis mes premiers pas dans cet enfer tortueux. Je ne dois plus rester Ă regarder des murs dĂ©lavĂ©s Ă rien faire. Je ne dois pas contribuer Ă une saturation de la toile qui de toute façon se dĂ©truit aussi bien sans moi. Je dois encore, encore une fois, pour une raison que jâignore, remettre chaque pas et chaque regard sur le dĂ©dale en question. Je suis enfin sur une bonne voie. ENFIN
Bonjour ou bonsoir. Je suis une vieille conne sans talent parmi des milliards dâĂȘtres humains. Peu concentrĂ©e. Et quitte Ă ne servir Ă rien, je rajoute un poids inutile Ă la toile saturĂ©e que je nâaime plus.