Take your time, entre Occident et Orient
30 septembre 2017, me voila de nouveau en route vers l’aéroport. Avec Alexis cette fois. Direction le moyen Orient. Encore une destination qui a suscité beaucoup d’interrogations dans nos entourages, notamment sur la question sécuritaire. Nous partons en Jordanie, en passant par l’Israël. J’ai tellement hâte. Je le conçois, la situation géographique de la Jordanie n’est pas idéale, coincée entre Israël à l’Est, l’Arabie Saoudite au Sud, la Syrie au Nord. Ces deux derniers pays ne font rarement parler d’eux pour des bonnes raisons ces derniers temps. Quand à Israël, son positionnement géopolitique est parfois, bon d’accord, souvent, controversé. Je n’ai aucune crainte en partant dans ces pays, beaucoup en reviennent enchantés et émerveillés, j’en fais aujourd’hui parti. L’arrivé à Tel Aviv, en Israël, est beaucoup plus simple que prévue, seulement deux questions à la douane et nous voilà sortis de l’aéroport. Presque un peu déçu, m’étant préparé à de nombreuses questions sur les raisons ma venue. Nous partons dès le lendemain pour Jérusalem, à 50min de bus. Bus propre, confortable et très ponctuel. A Jérusalem, nous sommes accueillis par une ville moderne, un tramway bondé qui me rappelle celui de Bordeaux, des rues animées et bruyantes. Nous posons nos bagages chez Noam, francophone car natif de Belgique qui nous donne quelques conseils et bon plans, notamment pour manger. Hâte de visiter la veille ville qui se situe à quelques pas d’ici. Pour y parvenir, nous empruntons une grande rue piétonne & commerçante aux bâtiments en pierres ocres, où se trouvent un grand nombre d’enseigne internationales, parfois luxueuses. Rien à voir avec ce qu’on imagine de Jérusalem. Pour satisfaire notre imaginaire, encore quelques mètres. Nous entrons dans la vielle ville par la porte JAFFA. La vieille ville est divisée en 4 : le quartier Arménien, Juifs, Musulmans et Chrétien, dans une zone qui fait moins de 2km sur 2.
Nous nous perdons dans les ruelles du quartier musulman pour commencer, il fait frais, les rayons du soleil ne parviennent pas à percer jusqu’au sol, tant les rues sont étroites. Les échoppes s’enchainent, le sol est inégal et de nombreuses ruelles s’enfuient de part et d’autre de la rue « principale ». Les vendeurs nous laissent regarder sans être insistants. Quelques minutes plus tard, nous voici devant le mur des lamentations, un des lieux les plus sacrés de la religion juive. Des dizaines de croyants viennent prier et toucher le mur, d’autres lisent des passages de la Torah assis sur des chaises ou devant des pupitres. L’ambiance est spirituelle et animée. Nous restons un moment. Puis nous continuons de nous perdre dans les ruelles étroites, en essayant d’emprunter les escaliers pour prendre un peu de hauteur et admirer la richesse de cette ville. Nous y parvenons sans difficultés. Le soir, nous nous baladons dans la ville moderne, très animée, beaucoup moins religieuse et spirituelle, de nombreux serveurs de bars nous accostent dans la rue pour nous montrer la carte. Le lendemain nous visitions l’esplanade des Mosquées, Troisième lieu saint de la religion musulmane, juste de l’autre coté du mur des lamentations. Short interdit et fouille des sacs. Le lieu est beau, grand et impose le respect. Au centre, le dôme du rocher, de là où Mahomet serait arrivé de la Mecque puis partis au paradis.
Nous sortons de la vieille ville pour aller sur le Mont des Oliviers qui nous offre un vue imprenable sur la veille ville et l’esplanade des mosquées. Le moment est un peu gâché par la horde de touristes qui arrivent en bus, mais cela ne nous empêche pas de profiter. Nous continuons dans les rues un peu désertes, entre bâtiments en construction et petits baraquement de fortunes. Nous apercevons au loin le désert, aride et rocailleux. D’un seul coup, au bout d’une rue, nous voyons l’autre mur célèbre de Jérusalem, le mur de la Honte, qui isole la Palestine du reste du pays. Un mur de béton de 8 m de haut, tout ce qu’il y a de plus moche tant au niveau esthétique de symbolique. Construit de 2002 pour « éviter les attaques terroristes des palestiniens », il est la preuve physique et visible du conflit. Il est condamné, comme les colonies, par toute la communauté internationale. Nous le longeons, nous sommes seuls, il n’y pas un bruit. Nous nous contentons d’imaginer ce qu’il y a derrière, probablement des gens comme nous, des enfants qui jouent, des gens qui travaillent, mais qui ne sont pas libre de leurs mouvements. Une patrouille de police nous demande de quelle nationalité nous sommes, ils nous laissent partir après avoir entendu la réponse. Leur ton est sérieux et l’air est grave. Tendu.
Nous repartons vers la vielle ville. En voulant contourner une clôture pour prendre un raccourci, mon pantalon se déchire de l’entre jambe jusqu’au genou… A moitié nu dans une ville Sainte. Le premier commerçant que je croiserai me donnera spontanément deux épingles à nourrice pour arranger cela. Solidaire. L’après midi est consacrée au musée de la Shoah. Musée très dense en informations, en documents, et émotions bien sur. Le bâtiment est remarquable, c’est un triangle étroit qui représente le manque de liberté et qui finit s’ouvrir vers l’horizon. Hélas le temps nous presse et nous devons survoler la fin. Au retour, je m’assoie dans le tram à coté d’une personne armée, un civil. Le port d’armes est autorisé, étrange sensation qui rappelle que ne nous ne sommes pas dans une ville tout à fait comme les autres. La présence armée et policière est d’ailleurs très forte.
Après avoir bu quelques bières dans un marché animé, nous rentrons dormir, demain, nous le levons à l’aube. Mardi. Nous prenons le premier bus pour Beit Shean, au nord du pays, ville la plus proche du poste frontière Jordanien. Le Bus passe contre toute attente par la Palestine. Les paysages sont désertiques et leur beauté nous tient éveillé. Chaque station de bus est protégée par un gros bloc de béton derrière lequel les gens se cachent. Nous arrivons à un poste frontière, deux militaires armé entrent dans le bus, demandent le passeport de deux touristes asiatiques, pas les notre. C’est la sortie de la Palestine. A Beit Shean, il nous reste 5 km pour atteindre la frontière, nous souhaitons marcher, nous achetons donc de l’eau. Un monsieur bien sympathique se propose de nous conduire en voiture à la frontière, nous acceptons ; Il est 10h et le soleil commence à chauffer.
Le passage de la frontière se fait tranquillement. Sortir d’Israël, zone internationale, entrer en Jordanie. Une bonne heure. Reste 90 km de taxi pour rejoindre Amman, la capitale. Notre chauffeur de taxi est plein de joie. Il parle peu l’anglais mais nous utilisons un moyen universel : le rire. Il tente de lire notre guide du Routard, de regarder son téléphone et de conduire en même temps, ce qui nous donne droit à de gros écarts sur la route. Il finit par me demander de tenir le volant. Pour nous amuser, il se met les deux mains devant les yeux et accélère. Notre coté enfant rigole avec lui, tandis que notre coté adulte se demande comment cela va finir. C’est notre coté enfant qui avait raison, nous arrivons en vie. Les routes sont montagneuses, arides, nous traversons des villes sans charme, bordées de commerçants, de garages, de petits immeubles aux toits plats et rien d’autre que la rue principale. L’arrivée à Amman dure très longtemps tant la ville est immense. Circulation dense, très dense. La ville est très vallonnée et s’étend à perte de vue. En bas d’une colline se trouve notre hôtel. Rubrique bon marché du guide du Routard. En effet, c’est sommaire. Pour résumer, nous pouvons nous doucher, aller aux toilettes et se laver les dents en même temps sans avoir à se déplacer. Nous ne sommes pas là pour rester à l’hôtel. Nous partons sillonner des rues d’Amman, la rue principale est animée et de part et d’autres de nombreuses ruelles s’envolent sur les collines. Succession de commerces, artisans, garagistes, kiosque, snack... Il y a de la vie, ça bouge. Ca me plait. Nous grimpons sur les hauteurs pour visiter les ruines d’une citadelle Romaine. Le soleil va bientôt se coucher ce qui nous offre des couleurs dorées magnifiques. Une partie de la ville est à l’ombre tandis que l’autre profite des derniers rayons du soleil. Nous avons une vue à 360 degrés sur une bonne partie de ville, des milliers d’immeubles bas et les quelques tours de verres au loin, nous réalisons un peu plus que la ville est immense et comprenons mieux où vivent les 3 millions d’habitants. Le soir, nous sortons boire un verre avec une habitante d’Amman, issue de la jeunesse aisée, cultivée et ouverte. Les échanges sont sincères, nous pouvons parler de tous les sujets. Le lieu où nous sommes surplombe la ville éclairée. Lina nous parle de la jeunesse Jordanienne, de la politique, d’Israël, des femmes ect. de ses endroits préférés en Jordanie. Comme beaucoup de jeunes de son niveau social, elle est partagée entre quitter le pays et rester près de sa famille dans sa zone de confort. Le lendemain, Lina nous accompagne à Jerash, une ville au Nord qui abrite un site Romain merveilleux bien conservé. C’est aussi nos premiers km au volant de voiture que nous avons loué. La conduite est animée, mais bien plus calme de ce que nous avons pu voir dans d’autres pays. La plus grande difficulté est surement la boite automatique. Nous marchons dans cette cité de Jerash, entre théâtre Romain, ancienne cathédrale, allées de colonnes et citerne. Lina a déjà vu le site une vingtaine de fois, mais jamais avec deux français qui escaladent partout… Après quelques heures passées dans les bouchons d’Amman à se perdre, nous nous dirigeons vers la mer morte. La route est encore une fois très belle et le coucher de soleil ne gâche rien aux couleurs. Au loin la mer morte se dessine entre les collines. Elle ressemble à un grand lac coincé entre les montagnes. Sur la rive opposée, c’est la Palestine. Nous mangeons au bord de la route dans un snack tenu par un Egyptien. Les camions passent sans ralentir juste devant nous, par précaution, nous mangeons côte à côte coté « trottoir ». Repas avalé, nous cherchons un bon spot pour garer la voiture afin de passer la nuit. Deux critères nous conduisent à mettre beaucoup de temps à trouver le coin idéal : être assez isolés pour ne pas être dérangés et avoir un beau point de vue en se réveillant. Les efforts payent après une heure, nous trouvons la perle. La nuit est courte et entrecoupée de nombreux réveils. Chaque voiture qui passe semble ralentir à la vue de la notre, ce qui nous tend un peu. La nuit passe lentement, et au réveil la vue est superbe sur une vallée parsemée de villages reliés par des petites routes.
Direction la mer morte. Nous sommes parmi les premiers, il est 6h45. Nous choisissons une plage publique, moins chère que celles proposées par les hôtels de luxes avoisinants. La plage est sale, mais c’est l’eau qui nous intéresse. Nous entrons, l’eau est chaude, et très vite, nous nous laissons tombés, et comme prévu, nous flottons. Le sel nous maintient hors de l’eau. Sensation improbable. Nous restons ici, portés, pendant de longues minutes. Le silence est reposant, nous voyons en face la Palestine qui se reflète dans l’eau. Une bonne et longue douche et nous voilà partis dans les terres, en direction de Pétra. Nous traversons le wadi mujib par la mythique route des rois, paysages encore une fois sublimes. Les routes se perdent dans les vallons rocheux, peu d’arbres à l’horizon, quelques points de verdures seulement. Le paysage me rappelle les gorges du Dadès, au Maroc. Nous avons du temps. Nous le prenons. Nous nous arrêtons dès que nous le souhaitons pour profiter de la vue, du silence et de l’atmosphère. Il faut chaud mais il y a de l’air. Nous sommes privilégiés d’être là. Pauses photos, pauses déjeuner, pauses contemplation et pauses siestes s’enchainent et rythment calmement la journée. Nous nous trompons plusieurs fois de route, mais la boussole et le GPS nous aident à aller dans la bonne direction, c’est l’essentiel. La nuit commence à tomber et nous offre une nouvelle fois un coucher de soleil, ce qui rend le trajet encore plus savoureux. Wadi Musa. Pétra. Nous voilà arrivé au Spring Hotel. Nous souhaitons dormir sur le toit, mais il est fermé. Nous optons pour une chambre pour 2 à 10€. Nous comprenons que la chambre d’Amman était finalement luxueuse. Nous n’oserons pas se glisser dans les draps, nous préférons nos duvets.
6h du matin. Nous voilà sur le site. Nous payons et commençons notre journée, seuls dans les « wadis » (vallées) de Pétra. Après un km dans les canyons oranges, nous arrivons devant le Trésor, célèbre carte postale de Pétra. Façade de 43m de haut taillée à même la roche. C’est silencieux. Les commerces bédouins et les touristes ne sont pas encore là. Nous sommes privilégiés. Pétra est un ancien village troglodyte, et de nombreuses cavités maintenant vides parsèment les roches hautes de centaines de mètres. L’arrivée des touristes nous pousse à nous aventurer par des sentiers escarpés pour prendre de la hauteur. Nous passerons la journée entière à jongler entre chemin principal et sentiers isolés, entre escalier et escalade. Tout au long de la journée, nous nous efforçons de toujours chercher les meilleurs points de vue sur la cité, sur les façades taillées, sur les ruines. Pour cela, un seul moyen, toujours aller plus haut. Chaque rocher qui paraît de loin inaccessible l’est en fait par un moyen plus ou moins aisé. Nous grimpons partout où il est possible, et sommes toujours surpris de voir de nouveaux points de vue, encore plus loin, encore plus beaux. Nous croisons aussi des bédouins qui vivent là, des enfants qui vont probablement à l’école, par ce chemin fabuleux. Ont-ils conscience de cette chance ? Comme la veille, nous avons le temps. Comme la veille, nous le prenons. Ce temps est tellement précieux. Des millénaires d’histoire sous nos yeux et nos pieds. Un lieu chargé d’histoire à la croisé des routes des épices, à la croisé des cultures et des pays. Nous passons une douzaine d’heures sur le site, du lever au coucher du soleil. Une vingtaine de km parcourus, des siestes, des pauses. Dans l’après midi, nous retrouvons le chemin principal, remplis de touristes. Nous avions presque oublié cette réalité, perchés dans les hauteurs. Nous atteignons un des sites le plus éloignés de l’entrée et un des plus beau ; le ministère. Une façade magnifique comme le trésor. Nous nous posons de longues minutes devant. Aussi impressionnés par le lieu que par certains touristes qui, en plus de 15 minutes, ne regardent pas une seule fois ce qui s’offre à eux en dehors de l’objectif de leur appareil photo. Dommage, nous profitons à leur place. Nous prenons le chemin du retour, et une dernière fois, nous cherchons un point de vue élevé. Nous le trouvons, la descente est périlleuse, plus que la montée. Nous sortons du site avec le sentiment d’avoir vu quelque chose de grand.
Emerveillés. Subjugués. Pétra est magnifique !
Après une bonne nuit et une lessive de fortune dans la douche de l’hôtel, nous prenons la route vers le sud, Aqaba, où nous devons rendre la voiture de location. Voiture transformée en camp, puisque les chaussettes et caleçons « propres » sont étalés sous le pare brise ou accrochés à une corde tendue entre les deux vitres arrières… Esthétique, non. Efficace, oui. Voiture rendue, nous prenons un bus vers le WAdi Rum, où nous communiquons avec un Jordanien avec des gestes, des émoticônes et des photos. Comme prévu, il nous dépose à 20km du village et nous devons finir en stop. Non pas le pouce en l’air, mais l’index en l’air. Un pick up ralenti, nous grimpons. 5 km plus loin, c’est un couple de touriste espagnol qui nous amène à la destination finale. La route s’enfonce vers le désert. Le sable replace la roche sur le sol. Au village, nous sommes attendus par Salim, notre guide pour les deux jours suivants. Nous avons été mis en relation par Stéphanie, une française, amie d’une amie d’Alexis. Stéphanie est aujourd’hui la femme de Salim. Elle a quitté Paris pour les grands espaces, quitter le béton pour le sable, quitter la grisaille pour le soleil et quitter le stress pour le calme. Nous grimpons à l’arrière d’un TOYOTA usé, et la route disparait pour laisser place de sable où des traces de 4*4 partent dans toutes les directions. Nous sommes entourés de montagnes rocheuses orangées. Le soleil tombe. Magique. Nous arrivons au camp de Salim après 20min de pistes. Il fait nuit. Une grande tente de réception, une tente « cuisine », un bâtiment sanitaire avec des réservoirs d’eau, et une trentaine de tentes couchages au pied de la falaise. Le tout éclairé par l’énergie solaire. Nous avons 1 heure avant de manger, nous en profitons pour aller marcher sous les étoiles. Le silence est presque complet, seul quelques 4*4 au loin ronronnent et terminent les liaisons avec le village. Le repas est servi. Il a cuit pendant plusieurs heures dans une grande marmite à plusieurs étages ensevelie dans un trou dont le fond est couvert de braise, le tour recouvert de sable. Invisible. Un délice. Balade digestive et lecture à la frontale, perchés sur un rocher.
Le lendemain, nous retrouvons Salim qui nous présente notre guide, Rajan, et Baptiste et Claire, couple de Bordelais qui partagera ces deux jours avec nous. Nous partons donc, à l’arrière du 4*4. Dunes, canyons, arches, falaises, grottes. Sol et roches oranges, ciel bleu. Spectacle visuel hors du commun. Le rythme est simple : petites virées en 4*4 entrecoupées de temps à pied pour aller découvrir les entrailles du WADI RUM. Comme à Pétra, chaque sommet de falaise a l’air inatteignable mais se laisse finalement apprivoiser, et nous parvenons à chaque fois à s’offrir des points de vue remarquables. A chaque fois la descente est périlleuse. A chaque fois qu’il nous dépose, Rajan nous dit la même chose « you can go up, take your time ». Vous pouvez monter en haut, prenez votre temps. Cette invitation à prendre son temps. Il a raison d’insister. Nous ne savons pas prendre notre temps. Nous le faisons si nous le décidons, si nous y pensons, mais pas naturellement. Ce guide nous le répète comme il doit le répéter à chaque touriste. Prendre son temps et prendre conscience de ce que nous voyons et vivons. En fin de journée, le soleil commence à descendre, nous nous arrêtons au pied d’une falaise offrant un point de vue lointain. C’est notre lieu de campement. Nous trouvons un espace, à flan de falaise, pour admirer le coucher de soleil. Frustrante rapidité. Salim et Stéphanie viennent nous rejoindre pour le diner, préparé par Rajan pendant que nous improvisons un jeu de palet breton dans le sable avec des cailloux : le palet Jordanien. Poulet et légumes cuits au feu de bois. Le ciel est rempli d’étoiles et la pleine lune fait ressortir toutes les falaises au loin et aux alentours. Nous apercevons dans la lumière des phares de Salim un renard qui s’échappe. Après le repas, nous contemplons ce paysage silencieux. Ce soir, nous n’aurons aucun mal à nous endormir, avec comme seule séparation avec le désert, un duvet.
Nous sommes calés sur le rythme du soleil. A 6h, nous sommes debout et même si la fatigue nous retiendrait volontiers dans le duvet, il est hors de question de rester couché. Alexis et moi partons chacun d’un coté, chacun sur son rocher. Le désert se réveille et le soleil est encore caché derrière une falaise. L’immense étendue de sable devant nous s’éclaire petit à petit. Le trait de l’ombre glisse lentement sur le sol jusqu’à disparaître. Il n’y a aucun bruit. Aucun. Silence assourdissant. Le silence du désert est plus saisissant que le silence de la forêt, ou même que le silence de la neige. Encore une fois je réalise la chance que j’ai d’être ici. Petit déjeuner. Le 4*4 démarre et s’enfonce comme la veille dans l’immensité du désert, nos haltes du jour seront une source à flan de falaise, avec des minis grottes remplies d’eau, c’est un point de passage de beaucoup de bédouins, et une marche à perte de vue. Rajan s’arrête d’un seul coup au milieu de rien, il nous monter au loin un petit rocher et nous demande si nous sommes partant pour marché jusqu’à ce point. Nous acceptons volontiers. Nous marchons 30 minutes, sans voir âme qui vive, le 4*4 a vite disparu au loin. Il réapparait soudain derrière nous alors qu’il était parti devant, la magie du désert, sans doute. Nous finissons le trajet jusqu’au rocher, qui au final était au moins 5 fois plus haut que nous. Après le déjeuner à l’ombre d’un roc, il est temps pour nous de rentrer au village, de quitter le sable pour retrouver le bitume, de quitter les tentes pour retrouver les maisons, de quitter le silence pour retrouver le bruit. Ces 3 jours feront bien sur partis des jours dont on se souvient, longtemps. Ces jours qui imposent politesse envers les éléments.
Nous rentrons à Aqaba avec nos deux amis Bordelais. Le soleil est haut. Il fait chaud. Nous trouvons un hôtel à moitié vide, nous qui offre une vue sur la belle mosquée blanche au premier plan et sur la mer Rouge au second. Nous sommes ici à 10 km de l’Arabie Saoudite, à 10 km de l’Egypte, et à 2 km d’Israël. A partir de là le rythme de notre voyage va ralentir. Nous profitons d’Aqaba, de la plage, des petits restaurants, des fruits secs et des pâtisseries. Le soir, de nombreux jordaniens viennent en famille sur la plage partager un pique nique ou entre amis partager une chicha. Nous les imitons. Nous avons le temps. Nous le prenons. Encore une fois. Depuis deux jours nous voyons Eilat. La ville voisine. Si proche et pourtant très différente. Un autre pays. Une autre culture. Ce matin nous y partons. Par la route, il y a 11 km pour rejoindre le poste frontière, puis 5 pour rejoindre le centre d’Eilat. Sac sur le dos, nous commençons à pied, nous ne sommes pas pressés et le budget commence à fondre. Les taxis ne pas très bons marchés. Finalement nous négocions avec l’un deux 7 Dinars (10€) au lieu des 10 prévus. Il nous dépose à la frontière, où encore une fois, tout se passe plutôt rapidement. Une fois la Jordanie quittée, nous marchons avec un groupe de touristes quelques centaines de mètres. Du bitume entouré de grillages hauts. Les frontières terrestres n’ont vraiment rien de bien sympathique. Devant nous, un panneau mentionnant « Welcome in Israël », de l’autre, un panneau mentionnant « Welcome in Jordan ». Pas de doute, nous ne sommes nulle part. Nous marchons jusqu’à Eilat. Un monde différent se dévoile de celui quitté quelques minutes avant. La marche nous offre une transition plus lente. Le premier hôtel est plein. Le deuxième hôtel est plein. Devinez ce qu’il en est pour le troisième ? Plein. C’est la fin de Souccot. C’est la fête des cabanes : il est coutume de s’isoler dans des cabanes sommaires en souvenir des tentes hébreux. Et la fin de Souccot, c’est le moment où un grand nombre d’israéliens viennent dans le sud passer le weekend prolongé. Eilat est pour cela le lieu parfait. Nous comprenons vite qu’il n’y aura pas de place. Nous nous dirigeons vers la gare routière et prenons le premier bus pour Tel Aviv, notre destination finale. La route est belle. Le chauffeur est brutal. Cette fois, la beauté du paysage ne parvient pas à me tenir éveillé durant les 4 heures de route. C’est désertique. Montagnes arides à pertes de vue et peu de verdure à l’horizon. Nous longeons un grand moment la frontière jordanienne. Difficile d’imaginer qu’en face de cette ligne imaginaire, tout est si différent.
Le long de la route, quelques villages sans charmes, des baraquements, des cabanes, des enfants qui jouent. Nous arrivons à Tel Aviv à la tombée de la nuit. Nous marchons plusieurs km en traversant le quartier africain, très vivant et qui me rappelle des bons souvenirs. Notre hôte est dans un quartier très chic : piste cyclable, voie piétonne, allées d’arbres de part et d’autre, maisons modernes et visiblement riches, au vu des intérieurs que nous apercevons à travers les grandes baies vitrées éclairées. Nous sommes en occident. Quelques heures après avoir quitté l’orient de la Jordanie, nous voici au coeur d’une ville moderne, résolument tournée vers la fête, la propreté, l’apparence. Les deux jours que nous allons passer ici ne feront que confirmer ce sentiment. Plages magnifique et surveillées, jupes courtes, joggeurs, sportifs, des jeunes qui viennent sur la plage non pas pour fumer une chicha mais pour prendre l’apéro, belles voitures, sirènes des pompiers et de la police à l’américaine, grands immeubles, tour de bureau, bars et boites de nuits. Le contraste est grand entre les deux mondes que nous avons reliés par une petite route dans le désert. Seul l’ambiance agitée et bruyante du Carmel Market nous rappelle que nous somme au Moyent Orient. La présence militaire et religieuse est bien plus discrète qu’à Jérusalem. Nous nous reposons deux jours avant de s’envoler vers la réalité, notre réalité. Ce voyage, c’est l’orient et l’occident, l’histoire et les paysages, le bruit des villes et le silence de la nature, des foules et l’absence , des vestiges et des villes modernes, des voitures de luxes et des dromadaires, la Mer Morte et la Mer Rouge, la Mer Méditerranée, des Mosquées et des Synagogues, des Eglises, un mur et un Mur, des religieux et des fêtards, des couchers de soleil et des levers de soleil, des bières et des thés, du sable et du goudron, des cloches et l’appel du Muezzin, des chawarma et des falafels, des juifs et des musulmans, des Chrétiens et des athées, des femmes voilées et d’autres en bikini, des touristes et des locaux… Autant de différences dans un espace si petit. Comme tout contraste, il fait ressortir la beauté et la richesse. ***












