Les derniers seront les premiers !
Alors que j’écris ces lignes, nous sortons de la période des vendanges en terres neuchâteloises. Je pense alors à cette parabole tirée de l’Evangile selon Matthieu dit des « ouvriers de la vigne » (Mt 20,1-16) : Les derniers seront les premiers !
Nous connaissons tous cette parole de Jésus. Enfant, je l’utilisais souvent pour relativiser mes mauvaises performances à la course à pied…
A la maison, comme dans le royaume des cieux de la parabole, être premier, deuxième ou dernier n’a plus d’importance, de raison d’être, parce que c’est être là qui compte, être arrivé, avoir rejoint le cercle familial, ou le cercle ecclésial, et partager l’amour, partager la Grâce de Dieu. Qu’importe le numéro d’arrivée.
« Les derniers seront les premiers et les premiers derniers » en fin de compte cela revient à dire qu’il n’y a plus ni premiers ni derniers, la parole de Jésus déconstruit cette logique de gagnants, de méritants et de perdants. Il n’y a plus ni premiers ni derniers, sinon les derniers devenus premiers recommenceraient à prendre la grosse tête.
La famille peut être parfois l’image du royaume des cieux, quand elle est ce lieu, où l’on est tout sauf un numéro, et où l’on peut grandir dans l’assurance d’être sauvé, protégé par ses parents, accueilli, quoiqu’il nous arrive. Si Dieu crée l’homme et la femme à son image, la famille créée par le couple ne serait-elle pas encore empreinte de cette image?
Le bon vouloir de Dieu est d’opter pour la bonté, contre la peur de l’autre. Une bonté qui a sa propre justice. « Je vous donnerai ce qui est juste », dit le maître de maison.
Opter pour la bonté. C’est justement une question d’optique, de point de vue. De regard. « Verrais-tu d’un œil mauvais que je sois bon ? » dit le maitre de maison, qui ne peut être que Dieu lui-même. Cette question est peut-être la pointe de cette parabole.
La Bible est une parole ancienne et elle ne change pas. Mais ce sont nos points de vue, notre regard qui change et peut toujours changer. Et éclairer autrement ces paraboles.
Je crois que cette parabole peut être vraiment une bonne nouvelle, pour les premiers comme pour les derniers. Puisque les notions même de premiers ou de derniers s’annulent au profit de la notion d’accueil inconditionnel de toute personne, à toute heure et tout âge, tout moment de nos vies, même quand nous nous sentons bien à la traîne parfois.
Aujourd’hui nous annonçons l’amour premier de Dieu pour tous, sans exception, sans conditions ni privilèges. Et cela n’enlève rien à personne dans cette assemblée, ne prive quiconque de l’amour de Dieu. Que nos Eglises, nos familles, nos communautés soient signes de ce royaume qui vient, où la bonté de Dieu est souveraine.
Pierre-Yves Dick, décembre 2021 Article paru dans "Le Papillon", journal paroissial du Val-de-Ruz, Suisse.
















