Heathers de Michael Lehmann (1988)
Jâai pris lâhabitude dans ce blog de prĂ©senter un film par son titre traduit en français, pour des raisons pratiques, pour que le plus grand monde sây retrouve, pour que, si, par miracle, je pique votre curiositĂ©, vous trouviez en deux trois mouvements sa page AllocinĂ©. Mais lĂ je vais faire une exception, parce que les traductions françaises absurdes de films Ă©trangers sont lĂ©gion. de type Cruel Intentions renommĂ© en France Sexe Intentions (je ne suis pas bilingue, mais jâĂ©tais persuadĂ©e que âcruelâ en anglais, ça veut dire ... cruel!!!). Et lĂ , jâai envie de pinailler sur le titre, donc voici Fatal Games ... Heathers!
Veronica (Winona Ryder) traßne depuis peu avec Heather, Heather, et Heather. Il y a Heather la chef (Kim Walker), Heather le faire-valoir (Shannen Doherty), et Heather la faible (Lisanne Falk). Elles sont les trois filles les plus populaires du lycée, elles sont riches, snob, méprisantes, vicieuses. Manipulatrices en plus de tout ça, elles rÚgnent impitoyablement dans le lycée de Westberg.
Veronica, quant Ă elle, est trĂšs influençable, elle laisse donc les Heathers lui pourrir la vie, câest le prix Ă payer pour ĂȘtre enfin populaire. JusquâĂ ce quâelle rencontre J.D (Christian Slater), un jeune bad boy qui va la pousser Ă se venger des Heathers. Ainsi, la romance entre J.D et Veronica est rythmĂ©e par des meurtres dĂ©guisĂ©s en suicides.
Heathers est un film amĂ©ricain sorti en 1988, appartenant au genre du teen movie. Genre rarement rĂ©aliste, le teen movie amĂ©ricain nous prĂ©sente trop souvent une adolescence sans grosse crise existentielle Ă signaler, sans acnĂ©, trĂšs obsĂ©dĂ©e par le sexe, avec pour Saint-Graal la perte de virginitĂ© si lâado est dĂ©bile profond, ou la maturitĂ© si le teen movie est Ă©crit avec un minimum de talent.
Heathers assume Ă fond le clichĂ© du lycĂ©e avec lâĂ©lite populaire dâun cĂŽtĂ©, la masse de losers de lâautre. Mais il ne sombre jamais pour autant dans un manichĂ©isme de roman de gare. Au contraire, tous les clichĂ©s utilisĂ©s dans Heathers sont bien outrĂ©s pour mieux ĂȘtre passĂ©s au vitriol.
Certes, les trois Heathers sont belles, populaires, insĂ©parables, vicieuses, adeptes de lâhumiliation de losers en public. Bref, une bande de pĂ©tasses. Mais en grattant un peu la surface, on comprend vite qu'elles sont profondĂ©ment malheureuses, et quâelles payent le prix lourd pour ĂȘtre populaires. Pour faire partie de lâĂ©lite du lycĂ©e, Heather la faire-valoir et Heather la faible acceptent dâĂȘtre tyrannisĂ©es en permanence par Heather la chef. Et pour ĂȘtre la boss dans le lycĂ©e, Heather la chef accepte Ă contre-coeur d'assouvir les pulsions sexuelles des beaufs du club de foot.
Quant Ă Veronica, elle le dit elle-mĂȘme, elle est autant victime que responsable. Victime car tyrannisĂ©e par les Heathers, responsable car elle accepte de se faire pourrir par les Heathers pour ĂȘtre populaire, et car elle se laisse embarquer dans une sĂ©rie de meurtres Ă cause dâune romance.
Bref, les méchantes sont un peu excusables, tout comme la gentille est un peu condamnable. Finement joué, scénario du film!
Lorsque Veronica rencontre J.D, un jeune rebelle aux tendances nihilistes, Veronica se libĂšre de lâinfluence des Heathers et accepte lâaide de J.D pour se venger. Mais ce qui devait ĂȘtre une mauvaise blague dĂ©gĂ©nĂšre en meurtre et Ă partir de lĂ le film devient jubilatoire. Heather la chef devient un martyr, le lycĂ©e et les parents sont en Ă©moi, et le film se permet des excentricitĂ©s comme un rĂȘve dâun enterrement-spectacle, un groupe de pop qui chante âTeenage Suicideâ, et des rĂ©pliques marquantes style âBaise-moi gentiment Ă la tronçonneuseâ.
Constatant la connerie des adultes et des mĂ©dias face Ă ce âsuicideâ, J.D souhaite en profiter pour faire passer un message Ă lâAmĂ©rique, du genre âComment vous faites pour ĂȘtre aussi cons, pour ne pas voir que la sociĂ©tĂ© va mal?â. Il continue ainsi Ă tuer et Ă maquiller ces morts en suicides, sans ĂȘtre inquiĂ©tĂ©. Et il le fait de façon toujours plus spectaculaire, violente, mĂ©galo, sans personne, pas mĂȘme la police, pour penser que tous ces suicides, ça sent le roussi. La presse Ă sensation et les opportunistes sâen lĂšchent les doigts.
Heathers est donc tout sauf une Ă©niĂšme comĂ©die d'ados dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s, empreint dâune vision plutĂŽt malsaine mais juste sur la sociĂ©tĂ©, tout en restant divertissant.
Lors de sa sortie en France en 1989, Heathers sâest vautrĂ© en salles mais sâest rattrapĂ© sur les ventes de VHS et la rĂ©edition en laser disc (ouh! rĂ©tro!) puis en DVD.Â
Pour un budget tout mini de 3 millions de dollars, Heathers nâa rapportĂ© que 1.1 millions de dollars en salles. Mais aux Ătats-Unis, avec le temps qui passe, Heathers a trouvĂ© peu Ă peu son public, pour devenir ensuite culte de chez culte. Aussi culte que lâest pour nous La CitĂ© de la Peur ou Le PĂšre NoĂ«l est une ordure, pour vous donner une idĂ©e.
Et aux Ătats-Unis, quand un film est culte de chez culte, et quâil sây prĂȘte bien, on lâadapte en comĂ©die musicale Ă Broadway. Et elle fait salle pleine Ă coup sĂ»r.
Heathers est un film complĂštement jouissif, outrancier, car il exploite Ă fond les petites envies de meurtre quâon a tous pu avoir contre une pĂ©tasse ou un abruti de la section sport au lycĂ©e. De plus, malgrĂ© les apparences, ce teen movie est loin dâĂȘtre con. En abordant des sujets aussi dĂ©licats que la pression sociale et le suicide chez les jeunes, Heathers reste aujourdâhui trĂšs pertinent dans son propos, malgrĂ© toutes ces Ă©paulettes et ces permanentes bouclĂ©es.