Cependant ce qui frappe dans ces images de Small Rebus, parce que chacun possède le même degré de densité en tant qu'objet, c'est leur identité en tant que choses, et non leur hétérogénéité, en tant que signes. Toutes offrent à l'expérience une épaisseur égale - justifiant l'étonnement du spectateur devant le fait que la surface de cette peinture puisse être le lieu, la scène, d'une telle égalisation. Il lui apparaît pourtant par la suite qu'un tel prodige de nivellement des images n'est pas aussi inhabituel qu'il en a l'air.
Car il existe bien évidemment un autre espace où se produit ce type de nivellement. Dans cet espace auquel nous avons tous recours, tout les images possèdent un degré égal de densité, que ce soit l'image d'une peinture vue dans un musée, d'un événement auquel nous avons assisté ou d'un autre que nous avons imaginé, rêvé. Il s'agit de l'espace de la mémoire. En effet, lorsque nous nous rappelons notre expérience, le souvenir fait fonctionner chaque image mnésique indépendamment de la réalité de l'événement vécu ou de l'intensité qu'il eut pour nous au moment où il fut vécu. Une image venue d'un film peut s'imposer à la mémoire avec autant de netteté que le visage d'un ami absent.
Rosalin Krauss, L'originalité de l'avant-garde et autres mythes modernistes, Traduction par Jean-Pierre Criqui, Paris, Macula, 1993, p.301, The M.I.T. Press, Cambridge, Mass, 1985.