Cuillère de Tendresse 21.08.2025
Dans les hauteurs où chantent les murailles anciennes,
Où Beni Hammad garde ses prières de pierre,
Nour erre entre colonnes, âme orpheline,
Cherchant non l'or, mais une tendresse première.
Depuis l'enfance, ce vide en forme d'étreinte
La hante comme une soif jamais étanchée.
Elle a fui les villes, leurs regards qui feignent,
Les miroirs cruels, les heures empressées.
Une légende murmure dans le vent du soir :
Au cœur des ruines dort une cuillère d'argile,
Façonnée de tendresse, capable de voir
Où le froid s'installe, de rendre fragile.
Depuis Béjaïa, elle gravit vers les vestiges,
Chaque pierre lui parle en langues oubliées.
Idris, le gardien aux mains de prestige,
Lui tend une carte aux trois vérités :
"Ce que tu cherches ne loge dans l'objet,
Mais dans le geste qui réchauffe l'âme.
La cuillère existe, pourtant, c'est vrai,
Elle nourrit ce que le temps entame."
Trois épreuves l'attendent sur sa route :
Le bassin du silence où l'écoute règne,
La tour des soupirs où se dissout
Le jugement de soi qui nous enseigne.
Et le jardin suspendu, lieu ultime
Où l'étreinte sans question s'offre,
Où l'amour anonyme se sublime,
Où le cœur enfin se coffre.
Assise dans l'écho des voix passées,
Nour écoute ses blessures remonter.
Les absences, les nuits délaissées,
Les regards qui n'ont su consoler.
Elle ne fuit plus, accueille la plainte,
Et le silence devient une caresse,
Une paix qui apaise et qui étreint,
Une première forme de tendresse.
Dans le miroir brisé de sa mémoire,
Mille reflets d'elle-même apparaissent :
L'enfant qui voulait plaire, l'espoir
De la femme qui fuit ce qui la blessent.
Elle embrasse chaque fragment de verre,
Ses failles, ses peurs, ses cicatrices.
L'acceptation chasse la colère,
L'amour de soi enfin se glisse.
Une vieille femme, seule et lasse,
Attend sous les feuillages anciens.
Nour s'approche, l'enlace sans trace
De question, de pourquoi, de liens.
L'étreinte dure, lente et profonde,
Les larmes coulent sans retenue.
Et dans ses mains, la femme monde
Tend la cuillère tant attendue.
Gravé d'un mot : "Yatim" - orphelin,
De tendresse, de chaleur humaine.
L'argile porte en elle le dessein
D'apaiser toute âme en peine.
Nour redescend vers les terres basses,
Le cœur plus lourd et plus léger.
Elle ne fuit plus les traces
Que laisse la souffrance partagée.
La cuillère repose près de son cœur,
Talisman d'une sagesse nouvelle :
La tendresse n'est pas ailleurs,
Elle naît du geste qui révèle.
À chaque regard triste croisé,
Elle offre une parole, une présence.
À chaque âme délaissée,
Elle donne de sa bienveillance.
Et quand la nuit ramène ses bruits,
Quand l'angoisse frappe à sa porte,
Elle serre l'argile qui l'unit
À cette vérité si forte :
Dans les ruines d'une cité oubliée,
Elle a trouvé ce qu'elle cherchait :
Une tendresse libérée,
Qui ne demande rien, qui ne se plaint.
Le sel des pierres a parlé
À celle qui savait entendre.
La cuillère d'argile a révélé
Que l'amour, c'est apprendre
À donner sans compter les gestes,
À accueillir sans juger les larmes,
À offrir ce qui reste
Quand le cœur désarme.
Nour marche désormais
Avec cette vérité précieuse :
La tendresse ne meurt jamais
Dans l'âme généreuse.
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