Il est fort amusant, hors période de confinement, de voir comment fonctionne les réseaux sociaux, et surtout comment les gens les utilisent, et réagissent aux différentes sollicitations. Mais en période de confinement... les passions s’exacerbent, les messages sont interprétés de manière biaisés, les craintes deviennent terreurs, voire phobies, les relations individuelles sont inféodées aux canaux de communication bien souvent trompeurs et décevants... Ah ! Valmont et Merteuil s’en seraient donné à cœur joie avec Facebook et Whatsapp... Mais revenons à notre confinement. Il est évident, et cela a déjà été dit, que ces réseaux sociaux sont une fenêtre salutaire dans la réclusion qui est la nôtre. Leur aspect ludique n’est plus à démontrer, la floraison (parfaitement parallèle à celle des fleurs du jardin) des messages drôles voire hilarants, des caricatures, des détournements tordants, montre la créativité de nos compatriotes et leur sens de l’humour, malgré tout. Le recul pris vis à vis de la maladie et de l’inquiétude qu’elle génère est semblable à l’humour des salles de repos dans les hôpitaux, un exutoire aux tensions et aux angoisses, un contrepoids nécessaires à l’accumulation d’énergie et de pensées négatives. De plus, le fait que les réseaux sociaux permettent de garder le contact, de manières diverses, variées, avec les proches, est aussi un facteur d’équilibre et une façon d’enrayer la spirale de la dépression qui pourrait menacer les reclus. Mais tout outil peut devenir une arme, et ces mêmes réseaux sociaux si salutaires, peuvent se transformer en source d’innombrables tracas. Le télétravail, solution pratique et évidente, selon la manière dont il est opéré, peut être à l’origine de tensions, voire de harcèlement, sans compter les difficultés de communication, les erreurs, et la multiplication anarchique des supports d’échange, autant de sources d’exaspération et de tensions. Mais ces derniers jours m’ont montré que c’est dans l’appréciation que l’on fait du message reçu, ou envoyé, que réside le plus grand danger. L’incompréhension est souvent de mise dans une discussion “de vive voix”, mais dans les échanges par internet, le temps de réaction, l’effet “boule de neige”, ou la malveillance, transforment ces différences d’appréciation d’un message en cataclysme dans les relations inter-individus. Telle information qu’on pensait anodine et qu’on transmet, ne l’était pas par son expéditeur, et le retour en arrière est impossible, tel message envoyé à un groupe d’amis était censé être confidentiel, mais cela n’était pas précisé... Les échanges s’intensifiant en ces périodes d’enfermement, et les conséquences des opérations n’étant souvent pas maîtrisables, l’angoisse générée par le confinement et la menace de la maladie s’exaspère, prend des proportions hors de contrôle et aboutit à l’inverse de ce qui était attendu dans l’échange.