Dans les temps très anciens, antérieurs à l’ère préhistorique,
Enfants et adultes, les enfants accrochés à leur mère,
Marchaient dans les arbres et redressaient le buste
Observant les plantes et les animaux de leur environnement
Cherchant à survivre et à échapper aux autres prédateurs.
Rivalisant d’adresse, d’agilité et d’ingéniosité
Apprivoisant la nature depuis leurs hautes cimes
Tout à coup, les voilà à terre curieux d’explorer ce nouvel univers,
Impatients de découvrir les plates étendues qui s’offraient à leurs yeux
Et d’oublier parfois une condition essentielle à leur survie : la solidarité.
« Si, lors de notre genèse, les arbres nous ont appris à être au monde, ils nous ont aussi appris à apprendre le monde. C’est sur les branches maîtresses des grands arbres qu’aspirés par la verticalité de ces derniers, commençant à nous dresser, nous avons fait nos premiers pas.
Tel est ce socle premier, inaltérable, sur lequel s’est appuyée notre marche. Sous les sabots du cheval, il n’y a jamais eu que la fermeté rassurante des grandes étendues herbeuses. Mais sous les pieds de l’homme persiste toujours, invisible, la trace d’une branche parfois glissante, se fléchissant parfois sous notre poids, jamais tout à fait certaine. Que l’on trébuche aujourd’hui dans notre pensée, et il s’agit toujours, dit-on encore aujourd’hui, de se raccrocher aux branches. La peur du vide structure encore notre mental, et nous avons toujours besoin d’appuis pour être au monde. »
Jacques Tassin, Penser comme un arbre, Odile Jacob, 2018-2020.