Cinq années ont passé depuis le meurtre du couple royal. Leur long règne a été paisible et a apporté bon nombre de changements.
Même si les investigations se poursuivent, une fête en hommage à leur vie est organisée au bastion Utgard.
Bien que les huskarlar s'assurent qu'il n'y ait pas d'importante affluence, toute la citadelle est conviée. Tenue appropriée exigée : élégante et, contrairement aux extravagances habituelles, sobre. Si les couleurs sont invitées, les excentricités sont limitées.
Victuailles, musique jouée par des bardes et des poèmes récités par les skalder résonnent dans tout le bastion. Un côté solennel et jovial qui célèbre les Surtsson comme ils le méritent.
Étonnamment, les quatre héritiers manquent à l'appel...
Anxiété, Corps extérieur, Pensées, Dépression et Imagination se baissent et se recroquevillent de nouveau, laissant Moi toute seule debout.
Noir.
Scène 2
Moi, Dépression.
Moi est debout avec à l'opposé Dépression qui la fixe.
Moi-Qu'ai-je accompli pour gagner cet atroce destin ? (silence)
Je ne me vois pas une seule fois demander ce dessein. (silence)
Qui, en moi, dans mon esprit, me veut tant d'ennuis ?
Je n'arrive pas à comprendre qui en veut à ma vie. (pause)
Est-ce toi, Corps Extérieur, qui m'en veut de t'avoir détesté ?
Est-ce toi, Corps Intérieur, qui m'en veut de ne pas t'avoir écouté ?
Est-ce toi, Subconscient, qui m'en veut de t'avoir enterré ?
Est-ce toi, Imagination, qui m'en veut de t'avoir oubliée ?
Est-ce vous, Pensées, qui m'en voulez de vous avoir surexploités ?
Et toi, Anxiété, es-tu là pour les venger ?!
Enfin toi, Dépression, qui détruit tout en moi ! (pause)
Pourquoi ne me répondez-vous pas ?
Écoutez ! (silence)
(pleurant) Arrêtez !
Moi se recroqueville et les larmes se font entendre pendant une dizaine de secondes.
Noir.
Scène 3
Moi, Dépression, Pensées, Subconscient, Corps Extérieur.
Ils sont tous déjà sur scène, Pensées, Subconscient, Corps Extérieur sont debout, Moi est toujours dans la même position et Dépression est à côté de Moi.
Pensées- Tu devrais t'entendre penser ma chère Moi,
Tu verrais que nous sommes tous en émoi,
Tu devinerais d'où tes problèmes viennent,
Tu saurais comprendre que tu n'es pas vaine.
Subconscient- Écoutes-les, peut-être que c'est un bon début
Mais saches que tout ce que tu penses ne sera jamais perdu.
Je garde tout, au plus profond de moi.
Alors relèves toi et aies un peu plus foi.
Corps Extérieur- Tu oses dire cela, Subconscient,
Alors que tu es tout sauf innocent ?
Alors que tes fléaux sont toujours visibles
Et qu'ils seront à jamais indélébiles ?
Je ne suis que victime dans ses problèmes intérieurs
Mais je suis un des nombreux dommages extérieurs.
Pour montrer ton pouvoir, tu m'as affaibli,
Tu m'as pris en otage, tu m'as asservi.
Pensées- Penses-tu que l'insulter, va te faire te sentir bien ?
Je peux te rappeler que nous formons tous un.
Subconscient- Et c'est bien cette unité qui nous tue
Parce que personne ne l'a voulue.
Nous sommes tous en conflit,
Et c'est ça qui nous détruit.
Moi- Si là est le problème, pourquoi ne m'aidez-vous pas ? (silence)
Dépression- Certains ne veulent pas, c'est mon constat.
Corps Extérieur- Oh non, surtout pas toi, ne te mêle pas de ça !
Subconscient- Et voilà, ça recommence, quelle joie !
Ils se recroquevillent tous d'un coup.
Noir
Scène 4
Moi, Dépression, Anxiété, Pensées, Corps Extérieur, Corps Intérieur.
Anxiété, Pensées, Imagination, Corps Extérieur, Corps Intérieur et Dépression sont recroquevillés et Moi est debout, au centre.
Anxiété-(en se levant) Je suis bien là.
Dépression-(en se levant) Toujours là pour toi.
Pensées-(en se levant) Surtout n'en parle pas.
Anxiété, Dépression et Pensées se recroquevillent
Moi- Personne ne m'aidera. (silence)
Corps Extérieur-(se levant) Tu ne surmonteras sûrement pas ça
Et ce n'est pas la dernière fois que tu pleureras.
Corps Intérieur-(se levant) Ton cœur va s'accélérer,
Ta respiration ne pourra s'arrêter.
Corps Extérieur-(accélérant le rythme) Tes membres seront bloqués,
Tes larmes vont couler.
Corps Intérieur-(accélérant le rythme) Ton esprit va peu à peu mourir,
Et des idées noires vont peu à peu l'engloutir.
Corps Extérieur-(accélérant le rythme) Tout ton corps tremblera
Et pourtant nul ne le verra.
Corps Extérieur et Corps Intérieur-(accélérant le rythme) Parce que tu te seras habilement cachée,
Pour que personne ne sache la vérité,
Sur tes absences, tes faiblesses, ton humanité.
Et nous allons t'observer te déchirer.
À bout de souffle, Corps Extérieur et Corps Intérieur tombent à terre.
Moi- (pleurant, respirant fort et tremblant) Comment vais-je survivre maintenant ? (silence)
Je ne contrôle plus mon corps en pleurant, (pause)
Je ne contrôle plus mon esprit en pensant, (pause)
Harriet se promenait dans les rues, son sac à dos à la main gauche et un cupcake dans sa main droite. Il y avait une bougie sur le cupcake, dont la première moitié était fondue.
« Happy birthday to me », murmura-t-elle. « Joyeux anniversaire à moi. »
Aujourd’hui, elle devenait juridiquement adulte. Elle ne devait plus habiter chez sa famille d’accueil, qui ne comprenait pas sa conviction que son frère était en difficulté. Elle était libre de chercher Jack … au moins, elle serait libre de le chercher le jour où elle aurait assez d’argent pour aller en France.
Elle arriva au cimetière, sa destination, et laissa tomber son sac par terre. Elle l’ouvrit. Elle sortit un bouquet de tulipes et une lettre froissée. Il faisait beau, donc elle enleva sa veste et la mit dans le sac à dos à la place des fleurs et de la lettre.
Harriet balaya du regard cette section du cimetière et choisit deux tombes qui représenteraient ses parents, presque au hasard. Elle divisa le bouquet en deux et mit une moitié devant chacune des tombes, et ensuite elle s’assit entre les deux. À en juger par les noms sur les pierres tombales, le défunt à sa gauche était un homme, celui à sa droite une femme. Mais ce n’était pas important. Souvent elle aimait imaginer qu’elle avait eu deux pères ou deux mères. L’important, c’était qu’elle avait eu des parents.
Dans sa tête, ses parents avaient été deux espions d’une intelligence et d’un courage hors pair. Alors, c’était logique que leurs tombes se trouvassent dans le cimetière d’Arlington. Et c’était logique que le directeur du service social ne pût pas trouver des informations sur leurs identités. Sans doute, avaient-ils dû adopter des identités secrètes pour ne pas mettre en danger la sécurité nationale. Ou même la sécurité internationale.
Harriet était certaine que ses parents étaient morts. S’ils vivaient, ils seraient venus la retrouver et elle n’aurait pas grandi chez une famille d’accueil. Son frère n’aurait pas été adopté par un étranger.
« Bonjour, maman. Bonjour, papa », dit Harriet. « J’ai dix-huit ans aujourd’hui. » Elle sourit. « Mon français is getting better, um, s’améliore, vous voyez ? Il faut que je suis—que je sois prête pour sauver Jack. »
Elle déplia la lettre pour la énième fois.
« Il m’écrit exclusivement en français maintenant », expliqua-t-elle, et elle commença à lire la lettre à voix haute.
« Chère Harriet, J’aime mon père adoptif. Il travaille incroyablement dur, mais pendant les week-ends et certains soirs ultra-ennuyeux, il raconte des histoires … »
Harriet fit une pause. « See ? He’s in trouble. » Elle posa le papier par terre pour que les tombes pussent le lire. Elle avait encerclé la première lettre de chaque troisième mot. « It’s a code », expliqua-t-elle. « If you take the J from j’aime, then the A from adoptif, and so on … » Elle lit toutes les lettres encerclées : « J, A, I, P, E, U, R. J’ai peur. That means ‘I’m afraid’. »
Cette révélation laissa les tombes silencieuses.
Harriet souffla. « Vous ne me croyez pas », dit-elle. « Mais j’ai raison. Il a besoin de moi. Je le sais. » Les tombes ne répondirent pas.
À ce moment, la lettre s’envola.
À première vue, Harriet pensa qu’elle imaginait son mouvement, mais non, la lettre planait vraiment dans l’air. Elle la saisit immédiatement.
« Did you see that ? » chuchota-t-elle aux tombes, son français oublié sous le choc.
Ensuite, elle sentit ses jambes s’envoler, seulement quelques centimètres, avant de se poser encore sur le sol. Harriet se mit debout, un peu ébranlée, et ses pieds perdirent complètement leur contact avec la terre. En même temps, elle remarqua un changement dans l’air. Il semblait plus lourd, curieusement, comme si on avait ajouté un élément qui n’était pas présent plus tôt. Si Harriet devait nommer cet élément, elle l’appellerait la magie. Mais elle était une fille pragmatique et elle savait que la magie n’existait pas.
Au début, elle avait pensé qu’elle n’était plus tirée par la pesanteur de la terre. Mais maintenant elle commençait à croire que la situation était plus sérieuse : il y avait quelque chose d’autre qui la tirait, quelque chose comme une pesanteur qui venait du ciel. Les tulipes et les objets de son sac à dos valsaient autour d’elle, en montant de plus en plus haut. Harriet reconsidéra sa croyance en la magie. Elle examina rapidement le cimetière dans l’espoir de discerner la source du changement dans l’air, mais sinon une jeune femme à quelques rangs d’elle, Harriet était seule.
Puis elle regarda l’autre femme plus attentivement et elle décida que cet être ne pouvait pas être une femme après tout.
En battant les bras pour rester verticale dans l’air, Harriet se rendit compte qu’elle pouvait voler, d’une certaine manière. Ce n’était pas comme dans les films, où les superhéros et les sorciers volaient avec élégance et dignité, leurs cheveux soufflés doucement par le vent comme ceux des mannequins, leurs bras posés habilement comme ceux des ballerines. Dans son cas, Harriet avait du mal à voir à travers le désordre emmêlé de ses cheveux devant son visage et elle se débattait désespérément pour maîtriser les mouvements de son corps. Mais malgré sa gaucherie, elle arriva à voler progressivement en direction de la non-femme.
Cette autre avait des cheveux gris argentés. Elle regardait le cimetière autour d’elle, mais elle n’avait pas encore apparemment remarqué la présence de Harriet. La non-femme était plus grande que Harriet l’avait initialement remarqué ; elle devait mesurer au moins 6 pieds. Et la chose la plus perturbante : la non-femme avait des ailes massives qui ressemblaient à celles d’une chauve-souris. Elle devait être la responsable des événements magiques.
« Hey ! » appela Harriet.
La non-femme tourna la tête et regarda droit dans les yeux de Harriet. Harriet se figea. Ses yeux étaient de la même couleur que ses cheveux et ils scintillaient malgré le manque de soleil sous l’ombrage des arbres.
« Please stop ! » supplia Harriet. Il fallait presque hurler pour se faire entendre par-dessus le souffle de l’air lourd qui tournoyait autour d’elle. Elle se sentait comme l’œil d’une tempête. Puis, puisque la non-femme n’avait pas encore répondu et que Harriet s’impatientait, elle vola plus près d’elle pour saisir son bras et cria, « Arrêtez ! »
La non-femme ne bougea pas, mais Harriet sentit que l’air s’allégeait et se calmait. Ses pieds touchèrent encore les pelouses impeccablement soignées du cimetière. Harriet laissa tomber le bras de la non-femme. Devant ses yeux, ses ailes disparurent graduellement, comme s’ils entraient dans son corps. Un bruit de succion accompagna cette transformation. La vue donna la nausée à Harriet.
« Est-ce que vous parlez français ? » demanda la non-femme d’une voix bizarre.
Harriet hocha la tête non, et ensuite oui. « Un peu », expliqua-t-elle. « Je l’étudie. »
La non-femme sourit et c’était le sourire le plus effrayant que Harriet n’eût jamais vu. Ses dents étaient toutes pointues, comme les crochets d’un serpent. Elle fit un mouvement rapide de sa langue et Harriet vit que cet organe était aussi comme celui d’un serpent : mince et fourchu.
« Mais vous n’êtes pas mon rêveur », continua la non-femme. « Vous n’êtes pas lui. Qu’est-ce que vous faites ici ? »
Harriet était un peu perdue. La non-femme parlait un peu trop vite pour son niveau de français. Elle pensa qu’elle avait dit que Harriet n’était pas son rêveur, mais ça n’avait pas de sens. Elle décida de répondre seulement à la deuxième partie de la déclaration.
« Je visite mes parents », dit-elle. Il n’était pas nécessaire de tout expliquer.
« Vous leur rendez visite », corrigea la non-femme.
Harriet ne pensa pas que cette non-femme qui venait de mettre en danger sa vie était habilitée à critiquer sa grammaire.
« En général », dit-elle, « les gens expriment leur compassion quand … ils apprennent que … que quelqu’un est mort. »
« D’accord. Vous avez ma compassion. »
Harriet fronça les sourcils. « Expliquez-vous », exigea-t-elle. « Qu’est-ce que vous avez fait ? »
« Ce n’est pas clair ? » demanda la non-femme. « J’ai inversé la pesanteur. »
Harriet ne connaissait pas le mot pesanteur mais elle pouvait déduire le sens, et puis surtout elle ne voulait pas donner à la non-femme la satisfaction d’admettre qu’elle n’avait pas compris.
« Mais pourquoi ? »
La non-femme fit une pause avant de répondre. « C’est une histoire très longue », dit-elle finalement.
Harriet jeta un regard vers les tombes qu’elle avait choisies pour représenter ses parents. Le contenu de son sac à dos était redescendu et s’était éparpillé sur l’herbe. Elle repéra la petite bougie, cachée dans les vestiges spongieux du cupcake. Elle était devenue une adulte aujourd’hui. En tant qu’adulte, elle n’avait plus de permission de neuf heures, ni de limitations sur sa vie sociale. Elle se retourna pour faire face à la non-femme.
« J’ai du temps », dit Harriet.
« D’accord », dit la non-femme. Elle s’assit sur une pierre tombale, ce que Harriet trouva très irrespectueux. « Je doute qu’il y ait des sanctions ; ce n’est pas un secret exactement … OK. Je suis une fée. »
Harriet s’assit sur le sol juste à côté de la tombe, ou il y avait un carré mou de mousse.
« Une fée française ? » précisa-t-elle.
« Non, je ne viens pas de votre plan … euh, c’est-à-dire de votre univers, plus ou moins. Je peux parler anglais aussi, si vous voulez. »
Harriet voulait bien, mais elle sentait qu’elle avait quelque chose à prouver à cette fée, donc elle serra les dents et résolut de continuer en français. De toute façon, elle pouvait le comprendre mieux qu’elle ne pouvait le parler.
« Vous n’êtes pas … un peu trop grande pour une fée ? » demanda Harriet.
La fée parut un peu surprise par la question. « Je suis de taille normale pour ma race », dit-elle. « Vous n’êtes pas un peu trop petite pour une humaine ? »
« Moi aussi je suis normale », répondit Harriet, vexée.
« Bon, c’est décidé », dit la fée. Le coin de sa bouche tressaillit, comme si elle essayait de s’empêcher de sourire pleinement. Harriet se demanda si la fée se moquait d’elle. Puis elle se demanda si l’humour féerique était comparable à celui des humains.
« Alors, vous m’avez demandé pourquoi. Je vais vous le raconter, mais je vous avertis que vous trouverez cette histoire peut-être un peu macabre. »
Harriet fit un signe de la main pour encourager la fée à continuer.
« Moi et mes semblables, c’est à nous de créer les cauchemars des humains. »
« Seulement les cauchemars ? »
« Toutes ces visions que vous considérez des rêves sont en fait des cauchemars. Un bon rêve n’est qu’un cauchemar inachevé. Bref, on crée des cauchemars et l’on habite loin d’ici. Mais ce n’est pas exactement une autre planète, c’est plutôt un autre plan de la même planète. Ainsi, on appelle notre plan le plan endormi, et votre plan le plan éveillé. Vous comprenez ? »
La fée avait parlé extrêmement vite.
« Je comprends … la plupart », dit Harriet, mais en fait elle n’avait compris que la moitié.
« Je peux parler plus doucement », dit la fée, et cette fois elle n’avait pas l’air de se moquer de Harriet.
« Merci. »
« De rien. Chez moi, j’ai créé un très beau cauchemar pour un humain. Je l’ai si bien fait que j’ai pu entrer sur ce plan. Si je recrée mon cauchemar ici pendant le délai de trois jours, je pourrai rester ici. Avec vous. »
« Pourquoi est-ce que vous voulez rester ? »
« Parce que le plan endormi est vraiment misérable. C’est un véritable—c’est un cauchemar. » La fée rit et Harriet se rendit compte que les fées pouvaient, en fait, être drôles.
« Bon, je vais en venir au fait. Mon cauchemar comprend trois parties. Trois actes. Le troisième finira par la mort. Est-ce que vous êtes horrifiée par ça ? »
« Non », dit Harriet honnêtement.
« Mais je viens de vous dire que je vais tuer un autre être humain. »
« Oui », dit Harriet. « Est-ce que vous allez … me tuer ? »
« Non, vous n’êtes pas mon rêveur. »
« So …pas de problème. »
« Vous êtes une humaine étrange », dit la fée. « Vous ne vous sentez pas concernée par les autres de votre race ? »
Harriet la fixa avec le regard vide.
« Do you not care about other members of your race ? » traduisit la fée.
« Oh. Oui. I mean, si. J’aime mon frère, Jack. »
« Est-ce qu’il est là aujourd’hui aussi ? »
« Non. Il n’habite pas à Washington. Il vit en France. » Harriet ne savait pas pourquoi, mais elle commençait à faire confiance à la fée. Elle savait que c’était illogique, parce que la fée était évidemment dangereuse. Et un peu insultante. Et Harriet l’avait presque détestée quelques minutes plus tôt. Mais elle raisonna qu’elle n’avait pas su que la fée était une fée quelques minutes plus tôt.
« Ah, c’est la raison pour laquelle vous apprenez le français », dit la fée, sortant Harriet de ses rêveries.
« Oui. Je pense que Jack est, um, in trouble, donc je vais le chercher. »
« Oh ! Vous allez en France ? Moi aussi ! » La fée sembla très contente de cette nouvelle et ses dents serpentines réapparurent. Harriet lui rendit son sourire. « Je dois y aller pour achever mon cauchemar. Quand est-ce que vous allez partir ? »
« Pas maintenant », dit Harriet. « Un jour. Maintenant je n’ai pas assez d’argent. »
« Argent ? Est-ce qu’il faut de l’argent pour voyager ? »
« Bien sûr que oui. »
« Bin ... je n’ai pas d’argent. Alors, je vais me téléporter », constata la fée. Elle parla d’une manière si détachée que Harriet avait l’impression que la téléportation était quelque chose de quotidien pour elle.
« Take me with you ! » elle laissa échapper, et puis elle rougit.
« Vous voulez m’accompagner ? »
« Oui, je veux dire, si c’est possible, si ça … doesn’t bother you. »
« Me déranger », la fée prononça immédiatement. De toute évidence, elle se considérait la nouvelle prof de français de Harriet. Ou peut-être qu’elle était simplement fière d’avoir maîtrisé deux langues humaines. C’était plus que Harriet elle-même avait accompli et elle n’était pas une fée. « Non, ça ne dérangerait pas mon programme. En fait, vous pourriez m’aider beaucoup. Vous devez comprendre comment ce plan marche. Vous savez qu’on paie pour voyager, par exemple. »
« Je sais beaucoup de choses », dit Harriet avec ferveur. Maintenant c’était un entretien d’embauche et elle voulait énormément ce poste. « Je sais—connais bien la géographie de la France. » C’était un mensonge, mais elle était douée en lecture des cartes.
« Super », dit la fée. « En échange, je vous aiderai à trouver votre frère et aussi à améliorer votre français. »
Harriet esquissa un sourire radieux. « Merci ! »
« Avant qu’on commence, est-ce que vous avez d’autres questions à me poser ? Comme je vous ai dit plus tôt, je vais finir par blesser des humains. »
« Oui, j’ai une question. »
« Allez-y. »
« Comment vous vous appelez ? »
La fée fronça les sourcils. « Je n’ai jamais eu de nom, » dit-elle.
Harriet était choquée. « Mais … comment est-ce que c’est possible ? »
« On n’a pas besoin de noms sur le plan endormi. Ni de votre système bizarre de classification—comment vous l’appelez ? Le genre, c’est ça ? »
« Um … oui. »
« Mais puisque vous ne parlez pas ma langue, vous pouvez utiliser des pronoms féminins pour moi. »
« D’accord », dit Harriet.
« Enfin, vous, comment vous vous appelez ? »
« Harriet », dit Harriet. « Comment est-ce que je vous appelle … si vous n’avez pas de nom ? »
« Comme vous voulez. Fée, je suppose. »
« Non », refusa Harriet. « Tout le monde … au moins, tout le plan … doit avoir un nom. Et maintenant vous êtes sur ce plan. Je vais vous nommer. »
« … d’accord. »
Harriet regarda fixement la fée pendant une demi-minute et puis elle sourit. « Belle », dit-elle.
La fée plissa le nez. « Belle ? Pourquoi ? »
« C’est une partie du nom de ma fée préférée. Tinker Bell. Et c’est en français. Et, évidemment, vous êtes belle. Terrifiante, mais belle. »
La fée ouvra et referma la bouche sans rien dire. « Je … merci », dit-elle d’une voix basse. Elle s’éclaircit la voix. « On manque de temps », dit-elle rapidement. « On a beaucoup à faire pendant les prochains jours. Allons-y. »
La fée—Belle—marchait avec raideur derrière Harriet. Chaque fois que Harriet jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, Belle lui semblait un peu perdue. Harriet se demanda si elle était habituée au vol sur le plan endormi.
« Où est-ce que vous m’emmenez ? » demanda Belle après quelques minutes.
« Le National Mall », répondit Harriet. « This way. »
« Par là », proposa Belle.
« Par là », répéta Harriet. Elle tourna à gauche pour descendre l’escalier d’une station de métro.
« Il y a un centre commercial sous terre ? » continua Belle.
Harriet faillit manquer une marche et elle essaya de saisir la balustrade en riant. « Non », expliqua-t-elle, « ce n’est pas un centre commercial. Et on n’est pas encore là. Le National Mall est … un parc, je suppose. Et il faut … prendre le métro pour aller à—pour y aller. Le métro, c’est un train. Un train sub, um, souterrain. »
Elle marqua une pause devant un distributeur de billets et ouvrit son portefeuille, qui était couvert d’autocollants d’oiseaux. Elle sentit le regard fixe de Belle sur son interaction avec la machine. C’était une sensation bizarre pour Harriet, d’être observée avec tant d’attention par qui que ce soit, encore moins par une fée d’un autre monde, une autre dimension, un autre plan, quel que fût le bon mot. Elle ne pensait pas qu’on pût la blâmer pour avoir du mal avec la terminologie du pays féerique.
Le distributeur accepta les billets de Harriet et lui donna une carte SmarTrip. Elle passa la carte à Belle, qui la prit avec une légère réserve.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« C’est votre billet. »
Après avoir passé par le tourniquet à la quatrième tentative, Belle attendait le train avec Harriet. Elle ne disait rien et elle paraissait encore mal à l’aise. Deux trains d’autres lignes passèrent devant elles sans s’arrêter et les yeux de Belle s’élargirent. Puis elle dévisagea sa carte, qu’elle tenait avec précaution depuis sa réception, en pinçant l’un de ses côtés avec ses doigts.
« Ça va ? » demanda Harriet.
« Ça va », Belle confirma. Elle sourit. Ce n’était pas un sourire sûr, mais c’était un sourire quand même. Elle baissa la voix, bien que le bruit de fond de la foule fût si fort que personne ne pouvait surprendre la conversation. « C’est seulement que j’avais pensé être bien préparée. J’ai étudié vos coutumes, vos cultures. J’avais une image mentale d’un billet et d’un train. Mais votre monde est plus compliqué que je n’aurais pu imaginer. Votre billet et votre train ne ressemblent pas du tout aux images dans ma tête. C’est la chance que j’attendais depuis, bon, depuis toujours et je ne sais plus si je suis prête, mais c’est trop tard. » Elle détacha finalement ses yeux de la carte. « Pardon, Harriet. Ce n’est pas votre faute. »
Mais la situation gênait aussi Harriet. Elle était encore en train d’apprendre comment s’occuper d’elle-même—c’était son premier jour comme adulte, après tout—et maintenant elle devait guider un être magique et beaucoup plus âgé. Elle ouvrit sa bouche pour répondre à la fée, pour la consoler, mais le train arriva. Harriet prit la main de Belle pour ne pas la perdre de vue et monta dans l’une des voitures.
À bord, Belle s’appuya contre la fenêtre, tirant la main de Harriet mais ne la lâchant pas. Harriet inclina sa tête curieusement. On ne pouvait pas beaucoup voir dehors, sauf les murs sombres qui passaient en un éclair.
Harriet trépignait sur l’herbe, le Lincoln Memorial à droite et le Capitole éloigné à gauche, pendant qu’elle attendait le jugement de la fée.
« Alors ? » poussa-t-elle.
« Parfait », dit Belle. « C’est parfait. Merci. » Harriet lui sourit. « Il y a du monde ici. J’aimerais en particulier utiliser l’eau dans ce … lac … là-bas. »
« Oh, bonne idée, c’est la » —Harriet chercha des mots pour s’exprimer— « la piscine qui réfléchit. »
« Ah, je comprends. C’est un miroir d’eau. »
« Sure », accepta Harriet. Elle suivit Belle, qui s’approcha du miroir d’eau pour l’inspecter. « Je peux vous poser une question ? »
« Bien sûr. » Belle effleura la surface de l’eau avec les bouts des doigts.
« Comment est-ce qu’on inverse la pesanteur ? »
Harriet devina de l’expression de Belle qu’elle ne s’attendait pas à cette question. Elle se demanda à quelle question elle s’était attendue.
« Je ne peux pas l’expliquer », dit Belle, « pas avec vos mots, mais je vous montrerai. Mettez la paume de votre main sur le dos de la mienne. »
Harriet s’accroupit et obéit. La main de Belle était devenue froide et Harriet pouvait sentir une petite vibration étrange sous sa peau.
« N’ayez pas peur », continua Belle. « À condition que vous me touchiez, ma magie ne vous affectera pas. »
Harriet hocha la tête. Belle ne l’effrayait pas.
La vibration s’intensifia, jusqu’au point où Harriet eut l’impression qu’il y avait une batterie au centre de son cœur. Des ondulations s’étendaient en cercles concentriques de leurs deux mains. Ensuite, quelques gouttelettes se détachèrent du bassin et flottèrent dans l’air. Harriet jeta un coup d’œil à Belle, tout excitée. Elle aimait bien la magie féerique quand elle ne se trouvait pas du côté du récepteur.
Les touristes sur l’Esplanade Nationale commencèrent à se rendre compte des changements autour d’eux. Harriet reconnaissait leurs sentiments évidents de déstabilisation tandis que la pesanteur inversée les tirait vers le ciel, mais elle n’eut pas la possibilité d’avoir pitié d’eux. Elle dut baisser la tête rapidement pour éviter le passage d’un frisbee, d’un canard et d’une boîte de Pringles qui avaient pris leur envol. Tout le monde était trop apeuré pour faire attention à deux jeunes femmes au bord de l’eau qui ne souffraient pas d’effets de l’inversement.
Devant son visage, toute l’eau du bassin se levait. Harriet regardait stupéfaite. L’eau forma un gigantesque mur changeant, qui scintillaient sous le soleil. Elle pouvait à peine voir à travers l’eau et c’était comme se tenir debout à côté d’une chute, mais une chute sans source. Puis c’était terminé ; la pesanteur inversée tira l’eau au-dessus de sa tête et elle ne voyait plus à travers des lunettes aqueuses.
« Belle », dit Harriet, et elle devait élever sa voix pour être entendue par-dessus les hurlements intermittents, « quand est-ce que vous allez arrêter l’inversement ? »
« Quand je l’aurai fini », répondit-elle mystérieusement.
Les cris de la foule continuaient d’augmenter comme si quelqu’un montait le volume d’une radio.
Harriet prit une petite gorgée de son chocolat chaud. Elle posa sa tasse distraitement sur la table ronde devant elle. Une chanson entraînante passait doucement par les haut-parleurs, mais elle n’y faisait pas beaucoup attention. Belle lui racontait une histoire. Une histoire captivante au sujet de l’un de ses semblables qui avait conçu un cauchemar efficace, mais ne l’avait pas recréé dans le délai de trois jours. Une fée qui réussit pourrait rester définitivement parmi les humains. Une fée qui échoue serait arrachée du plan éveillé au moment où le soleil se coucherait la troisième fois.
« … et tout le monde pensait qu’elle réussirait. Comprenez, on ne peut pas communiquer avec votre plan sinon par les rêves et dans ce cas seulement avec des êtres humains. Mais le matin du quatrième jour … c’était comme si on avait incisé la substance de notre plan. Une déchirure béante est apparue dans l’air, remplie d’un flamboiement rouge et orange, et nous avons dû baisser les yeux. Le monde devenait froid, et normalement il fait toujours chaud sur notre plan. Quand nous avons levé les yeux, la fissure avait disparu. À sa place … elle était à genoux sur terre. Ses vêtements étaient lacérés … non, ce n’est pas le bon mot. Ils paraissaient … brûlés. Oui, c’est plutôt ça. Puis elle a levé la tête. Ses yeux … vides. Noirs et vides, je n’y voyais rien de son ancienne personnalité. J’ai vu les marques de larmes sur ses joues. Elle n’a rien dit. En fait, elle a gardé le silence pendant quelques mois. Encore aujourd’hui, elle ne se ressemble plus à … ton chocolat va devenir froid. »
Harriet reprit sa boisson. Maintenant que Belle ne parlait plus, elle devint plus consciente de la musique. Elle reconnut la chanson actuelle : « Do You Believe in Magic ».
« Pourquoi est-ce que vous avez arrêté l’inversement sans causer de morts ? » demanda-t-elle après une pause.
« C’est plus simple », répondit Belle. « Je ne veux pas trop susciter les soupçons. Ce n’était que mon premier acte. »
Harriet se demanda si la raison était plus complexe que cela, mais elle ne pressa pas.
« En parlant des trois actes … j’aimerais commencer le deuxième dès que possible. Je peux l’accomplir en France sans problème. Commençons à Nantes. J’ai l’impression que votre frère est là. »
« Comment est-ce que vous le savez ? » dit Harriet, les yeux grands ouverts.
« Je ne le sais pas. Je le sens. C’est une … aptitude. »
« C’est un superpouvoir », corrigea Harriet.
« Quoi que ce soit, il faut y aller. Prenez ma main. » Harriet le fit, sans la moindre hésitation. L’image du café se brouilla autour d’elle et puis, tout à coup, pour la première fois de sa vie, elle n’était plus à Washington.
New Post has been published on http://www.congoflash.com/elections-des-gouverneurs-affrontement-katumbi-kabila-acte-i/
Élections des gouverneurs : affrontement Katumbi-Kabila, acte I
Élections des gouverneurs : affrontement Katumbi-Kabila, acte I
Lancement de l’Appel d’Offre International Public pour l’acquisition des Kits d’identification et enrôlement des électeurs; publication du Calendrier de l’élection des Gouverneurs et Vice-gouverneurs des nouvelles provinces et publication des résultats du test de sélection pour le recrutement du Secrétaire Exécutif National de la CENI; voilà les décisions que rendra publiques Corneille Naanga le patron de la Centrale électorale ce mercredi 10 février à 13h00. Le processus électoral semble désormais être lancé, bien qu’avec un retard, grâce à la pression populaire et internationale. Mais dans l’immédiat c’est le calendrier électoral des gouverneurs et vice-gouverneurs de nouvelles provinces qui tient en haleine le microcosme politique. Spécifiquement dans l’ex Katanga. En effet ces élections là donneront lieu à un premier affrontement Kabila-Katumbi dans la province cuprifère. Defenestré du Katanga, Moïse Katumbi était sûr d’y rester maître en dépit de son démembrement en 4 nouvelles entités (Haut Lomami, Ntanganyka, Lualaba et . Il était sûr de l’emporter car populaire au sein de l’Assemblée provinciale du Katanga que présidait son allié Gabriel Kyungu. Redoutant sa popularité au sein de l’hémicycle, le gouvernement avait prétexté l’absence des moyens (2000.000$) pour ne pas organiser les scrutins de nouveaux gouverneurs. A la place, le gouvernement avait installé le régime tant décrié des «Commissaires spéciaux» avec la bénédiction de la Cour constitutionnelle qui a laissé des plumes dans cette affaire avec un arrêt vilipendé par tous. Alors que l’affrontement électoral, acte 1, est donc inéluctable entre Katumbi et Kabila. Qui l’emportera? Car la victoire haut la main de Katumbi qui ne faisait l’ombre d’aucun doute il y a quelques mois n’est plus si certaine. La Majorité présidentielle s’est amusé à saper les partis politiques alliés de Katumbi.
L’Unafec de Kyungu, le Msr de Lumbi et l’Unadef de Mwando notamment. Le régime a favorisé des dissidences internes et est allé jusqu’à créer des doublons de ces partis jusqu’à leur adhésion à la MP. Tout ceci au mépris total de la loi. Le pouvoir a aussi procédé au débauchage des cadres de ces partis rivaux. Si bien qu’aujourd’hui les rapports de force entre Katumbi et Kabila, du moins au niveau de l’establishment provincial est devenu plus que flou. De toutes les façons, une occasion est donnée à Katumbi de mettre fin au règne de Muyez et consorts qui ont fait de lui leur unique cible à coups de manipulation de son bilan. Encore que pour que Katumbi et ses amis du G7 bataillent à armes égales avec la Majorité présidentielle, il faudra que les restrictions à leurs libertés publiques (rassemblement, meetings, marches, campagnes, déplacements, opinions) soient levées. Ceci pour leur permettre de battre campagne en rencontrant notamment les députés provinciaux. Ailleurs, dans les autres provinces, il n’y pas d’enjeux car la Majorité s’est depuis longtemps assurée les services des députés provinciaux de l’Opposition. Cas de l’ex province de l’Équateur. Vivement le calendrier électoral.Mais l’enjeu pour Katumbi dépasse largement le cadre provincial. C’est l’alternance globale qui l’intéresse. Voilà pourquoi il a fait du respect de la Constitution sa principale exigence. Tout comme la tenue de la présidentielle dans le délai. En cela il est sur la même ligne que Vital Kamerhe, Félix Tshisekedi, Olivier Kamitatu et Eve Bazaiba notamment.
Les yeux rivés sur un dossier, Eaque ne remarqua pas de suite que Queen le fixait depuis la porte ouverte. Ce dernier dut s’éclaircir la gorge pour manifester sa présence. Le juge lui fit un signe de main pour lui signaler d’entrer.
“C’est rare de vous voir si concentré. Tout va bien ?
- Hum oui. Qu’est ce qui t’ammènes au juste ?
- Je peux avoir mon après midi ?”
Il leva la tête pour observer le spectre et surtout son pantalon en cuir.
“Depuis quand tu demandes ? D’habitude tu le fais.
- C’est que ... on se demandait si vous alliez bien.”
Queen souriait. Ce qui était loin de plaire à Eaque. Pourtant il eut l’amabilité de poser son stylo.
“Je vais bien. Merci. Tu peux rassurer ... ce “on” qui s’inquiète.
- Gordon. Sylphide. Enfin. Les autres.
- Evidemment. Et bien ... merci.”
Le spectre sortit du bureau avec un air satisfait qu’Eaque remarqua.
~
Trois semaines plus tard - Giudecca
“Queen et Gordon ont rompu.
- Tu déconnes ? Quand ? Et pourquoi ?
- A cause de l’autre mini pute en rose ...
- Myu ! gronda Valentine.
- Il a pas tord, assura Rune en terminant son verre de champagne. Et je sais pourquoi.
- Eclaire nous alors ?”
Le procureur tourna la tête vers Minos qui, au buffet, conversait avec le spectre de l’Aulraune. Ce dernier semblait enjoué. Sa main se tendit vers la hanche du juge pour la caresser doucement.
“Non mais quelle salope ! grogna Sylphide.
- J’envisage de le frapper pour qu’il traverse les murs, annonça calmement Phlegyas en avalant un petit four.
- Rune ? Tu ne dis rien ? demanda Valentine demanda Valentine en voyant Queen descendre ses doigts sur la cuisse de leur juge.
- Non. Et personne ne va rien dire.
- Pardon ? fit Myu en portant une main à sa gorge. On laisse faire cette ...
- Oui. Maintenant que les seigneurs Eaque et Kanon sont partis en vacances, nous allons nous contenter d’observer, de faire des rapports réguliers au seigneur Rhadamanthe et d’attendre.”
Rune tourna les talons pour laisser ses collègues entre eux. Sylphide eut un sourire de compassion pour Gordon un peu plus loin.
“Vous croyez que Queen est ...
- Je crois qu’il a l’impression de ...
- Alors on fait comme Rune a dit, déclara Myu. On n’intervient pas pour le moment. Mais si j’entends un mot de sa part, je me charge de son cas.”
( Ce chapitre contient des spoilers sur The Lost Canvas ! )
“Sérieusement ? Attends, il avait pris le corps d’Hadès mais c’était toujours lui à l’intérieur qui donnait des ordres ?
- Voilà. A cause de Yoma.
- Et Rhadamanthe ... t’a ... tué ?
- Oui. A l’époque, il était différent, c’était plus une bête enragée.
- Et Kagaho ? Il est devenu quoi ?”
Valentine posa son thé et s’approcha de Kanon pour murmurer.
“On n’en parle pas. C’est dans la liste des sujets tabous.
- C’est pratique. D’autres trucs dans cette liste ?
- Zeus, Pasiphé, Phocos, Violate ... Sarpédon. Tout ce qui fait mal aux ... Seigneur Hadès.”
Ils se levèrent quand le Dieu entra dans le salon, suivi de Perséphone. Il leur sourit et fit un signe de la main en s’installant sur le canapé en face.
“Tout va bien mon seigneur ? balbutia Valentine.
- Parfaitement. Nous avons senti votre petite réunion et nous avons eu envie d’y participer, fit-il en croquant un sablé.
- Oui enfin ... Et aussi rassurer Kanon” sourit la déesse.
L’ancien Marina prit quelques instants pour respirer. Il est vrai qu’il avait été perturbé par le récit de Valentine sur la précédente guerre sainte.
~
Il ne réagit pas à la caresse dans sa nuque, ni même au tendre baiser posé sur sa joue. A peine Minos écarté, il rouvrit le dossier d’une âme et fit semblant de lire.
“Tu comptes me dire ce qu tu as ?
- Je n’ai rien. J’attends que tu ai fini de t’amuser.
- C’est fini avec Rune.
- Je sais.”
Eaque leva les yeux vers son amant. Il souriait.
“Tu ne te poses jamais de questions ? Sur nous ?
- Pourquoi faire ?
- Je pourrai te quitter.”
Voilà, il l’avait dit. Il plongea son regard dans les yeux dorés. Pourtant Minos continuait de sourire.
“Bien sûr que non. Tu m’aime.
- Et toi ?”
Enfin une variation. Une pointe d’agacement.
“Depuis quand tu doutes ?
- Je ne sais pas. Un moment. J’ai l’impression que tu as changé.
- Eaque. Ouvre les yeux. Je suis là.
- J’en ai pas l’impression. Tu me manques.”
Doucement, Minos se rapprocha et l’embrassa. Il ferma les yeux pour profiter. Il ne devrait pas douter. Ses doigts serrèrent les cheveux blancs.
“Ne doute pas ... souffla-t-il contre son oreille. Rien n’a changé. Je t’aime, tu m’aimes.
- Je sais que tu as raison, réponds Eaque en se serrant contre son amant. Mais je ... j’ai besoin de plus. Aime moi.”
Les mains de Minos l’étreignirent alors que sa bouche se collait à son cou. Il geint doucement et s’abandonna une fois de plus, malgré ce doute.
~
“Mais c’est dégueulasse ! cria Kanon alors qu’Hadès vidait sa tasse.
- Je sais. J’ai vite réparer cette erreur, mais le mal a été fait. C’est pour cela qu’Eaque est parfois plus émotif, plus à vif. Il y a encore beaucoup d’humanité en lui.
- Vous croyez ?
- J’en suis persuadé. Il est mort comme un humain et il a fallu une cinquantaine d’années pour qu’il nous revienne. Oui, Alone a fait beaucoup de mal.”
Kanon serra les poings et Myu qui les avait rejoint caressa les cheveux de Valentine, collé à lui. Ce dernier inspira profondément.
“Maintenant vous savez tout seigneur Kanon.
- Arrête de m’appeler ainsi.
- Tu ne le changeras pas, dit Myu en souriant.
- Autre chose que je devrai savoir ?”
Hadès eut un sourire plus grand mais plus terrifiant.
“Evite le sujet.
- Oui, c’est dans la liste des tabous ?
- Exactement. Ca fait beaucoup trop mal.”