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Wynton et Brnnford Marsalis avec les Jazz Messengers, 1981
LÉGENDES DU JAZZ
WYNTON MARSALIS, LE TRADITIONALISTE
“A tree's got to have roots.''
- Wynton Marsalis
Né le 18 octobre 1961 à La Nouvelle-Orléans, Wynton Learson Marsalis est un des six fils du pianiste et pédagogue Ellis Louis Marsalis Jr. et de la chanteuse de jazz Dolores Ferdinand. Ses frères Branford, Delfeayo et Jason étaient également musiciens. Considéré comme un enfant-prodige, Marsalis a reçu sa première trompette à l'âge de six ans. La trompette lui avait été offerte par Al Hirt, un grand trompettiste de Dixieland dont son père était le pianiste.
Marsalis a amorcé sa carrière musicale à l'âge de huit ans en jouant des chansons traditionnelles à la trompette avec le groupe du légendaire banjoïste Danny Barker dans une église baptiste locale, la Fairview Baptist Church. Quatre ans plus tard, il avait fait ses débuts sur disque aux côtés du trompettiste Clifford Brown. A la même époque, Marsalis avait commencé à étudier avec John Longo, un professeur qui l'avait initié au répertoire classique pour trompette. Décrivant sa collaboration avec Longo, Marsalis avait commenté plus tard: “I hardly ever even paid him, and he used to give me two and three-hour lessons, never looking at the clock.” Durant son enfance, Marsalis n'avait pas pris la trompette très au sérieux et préférait jouer au basketball et participer aux activités du club scout dont il faisait partie. C'est seulement à l'âge de douze ans, après que sa famille ait quitté Kenner pour La Nouvelle-Orléans et qu'il ait fait la découverte de Clifford Brown, que Marsalis avait commencé à étudier la trompette sérieusement. Comme il l'avait expliqué des années plus tard: "I didn't know someone could play a trumpet like that. It was unbelievable." Peu après, un camarade de collège avait offert à Marsalis un album du trompettiste classique Maurice André.
A l'âge de quatorze ans, après avoir remporté un concours amateur, Marsalis avait été engagé comme trompettiste soliste avec le New Orleans Philharmonic Orchestra. Durant son séjour au high school, il avait aussi joué avec le New Orleans Symphony Brass Quintet, le New Orleans Civic Orchestra, le New Orleans Community Concert Band, le New Orleans Youth Orchestra et le New Orleans Symphony, tout en se produisant les weekends avec des groupes de jazz. Il avait aussi joué avec le populaire groupe de funk local, The Creators.
À l'âge de dix-sept ans (c'est-à-dire un an avant l'âge légal), Marsalis était devenu le plus jeune musicien de l'histoire à avoir été admis au célèbre Berkshire Music Center de Tanglewood, au Massachusetts. En dépit de sa jeunesse, Marsalis avait remporté le prestigieux Harry Shapiro Award décerné au meilleur joueur de cuivres de l'institution. De 1976 à 1978, Marsalis avait également étudié la théorie et l'harmonie au New Orleans Center for the Creative Arts. Il avait aussi étudié au Berkshire Music Center, dans le Maine.
DÉBUTS DE CARRIÈRE
En 1979, après avoir décliné des offres pour étudié dans les écoles de la Ivy League, Marsalis s'était installé à New York pour étudier à la Juilliard School of Music où il avait obtenu une bourse pour récompenser l'excellence de son dossier académique au high school. Tout en étudiant à plein temps à Juilliard, Marsalis avait commencé à se produire un peu partout à travers la ville (y compris avec le Brooklyn Philharmonic et la Mexico City Symphony), ce qui lui avait permis de se faire remarquer par les dirigeants de Columbia Records qui lui avaient fait signer un premier contrat d'enregistrement. Mais contrairement à ce qu'on aurait pu s'attendre, Marsalis n'avait pas obtenu le soutien qu'il désirait de la part des disques Columbia. Il expliquait:
“They didn’t want me to record jazz, of course. They wanted pop music, like everything else. I was fortunate to have the publicist I had, Marilyn Laverty. She sold my record, pretty much. The record company wasn’t enthused about it. They wanted me to be the answer to Tom Browne. There are many things that are said now that are not true about jazz. ‘We wanted jazz.’ They didn’t, and I had to fight every step of the way for the “first five or six years of my career with them. I was fortunate that I had tremendous support from the jazz critics. And from the fans. And the musicians.''
Marsalis précise quelles étaient ses réelles intentions au sujet de son premier album:
“I had a concept, and I was just trying to present it. I had one tune that was a blues, another that was rhythm changes using a call-and-response between me and my brother. On the blues tune, it had a groove on it and some interludes and modulations in a different key. I had another song that went in a different time, it had a contrapuntal type of call-and-response with the horns. Another song that was a standard and some other songs that were originals. So, J was trying to address a comprehensive, a wide range of music inside of the jazz tradition. And I also wanted to declare definitely that I was going to play jazz.”
L'album, qui avait été publié en janvier 1982, avait remporté un grand succès. Produit par Herbie Hancock, l'album avait été enregistré en partie au Japon alors que Marsalis faisait partie du quartette de Hancock. Les autres pièces avaient été enregistrées avec le groupe que Marsalis était en train de mettre sur pied, et qui comprenait son frère Branford au saxophone, Kenny Kirkland au piano, Vlarence Seay et Charles Fambrough à la basse et Jeff ''Tain'' Watts à la batterie.
Parallèlement à son travail avec le groupe de Hancock, Marsalis avait gagné sa vie en se produisant dans la fosse d'orchestre de comédies musicales de Sweeney Todd à Broadway.
En 1980, durant les vacances d'été, avec son frère Branford, Marsalis avait commencé à jouer en tournée avec les Jazz Messengers d'Art Blakey, un groupe légendaire qui avait servi d'école à plusieurs jeunes musiciens, mais qui était sur la pente descendante et que Marsalis avait aidé à revenir dans l'actualité du jazz. Marsalis avait connu tellement de succès avec le groupe qu'il était devenu le directeur musical de la formation. C'est d'ailleurs durant son séjour avec les Messengers que Marsalis avait appris les principaux rudiments de la direction d'orchestre. Décrivant son passage de musicien à chef d'orchestre, Marsalis avait expliqué: “That’s a hard transition. For me, it wasn’t so much a matter of being ready. It was that I had something to do, and I was sent to do that. That’s what Art Blakey prepared me to do, and the scene was much different at that time than it had been in the past. So, it required that I step up and do things that perhaps at an earlier time I would not have had to do, because I had to articulate a conception for my generation, and I could only do that under the banner of my own conception.”
Durant son séjour avec le groupe de Blakey, Marsalis avait soudainement décidé de changer son image et de commencer à porter un complet-cravate dans le cadre de ses performances. Il précisait: “For us, it was a statement of seriousness. We come out here, we try to entertain our audience and play, and we want to look good so they can feel good.”
En 1981, Marsalis avait fait une tournée avec le groupe V.S.O.P. d'Herbie Hancock aux États-Unis et au Japon. Le groupe, qui comprenait également Ron Carter et Tony Williams, s'était aussi produit au Festival de jazz de Newport. Hancock explique comment il avait commencé à travailler avec Marsalis: “I knew he was only 19, just on the scene—it’s a lot to put on somebody. But then I realized if we don’t hand down some of this stuff that happened with Miles, it’ll just die when we die.”
Au début de sa carrière, Marsalis avait été d'abord influencé par Freddie Hubbard, mais après qu'il ait fondé son propre groupe en 1981, il avait commencé à jouer dans une tonalité similaire à celle de Miles Davis. Musicien plutôt traditionnel, Marsalis n'avait jamais considéré le jazz d'avant-garde et de fusion du milieu des années 1960 comme étant du véritable jazz, et il ne s'était pas gêné pour le faire savoir, ce qui lui avait valu l'opposition de plusieurs amateurs qui l'avaient parfois qualifié d'imitateur de Miles Davis, une critique qui ne tenait pas toujours compte du fait que sa musique et ses idées avaient continué d'évoluer à l'époque. Il faut toutefois reconnaître que les qualités musicales supérieures de Marsalis, le rythme entraînant des groupes de swing avec lesquels il s'était produit, ses nombreuses performances et ses apparitions dans de nombreux ateliers et séminaires, avaient contribué à augmenter l'intérêt pour le jazz et favorisé l'émergence de nombreux jeunes talents.
Après avoir enregistré un premier album de jazz sous son nom en 1981, Marsalis avait formé son propre groupe composé de son frère Branford au saxophone, de Kenny Kirkland au piano, de Phil Bowler et Ray Drummond à la basse et de Jeff ''Tain'' Watts à la batterie. Durant quinze ans, Marsalis avait présenté 120 concerts par année avec son groupe, se produisant dans soixante-quatre pays différents, tout en accompagnant des grands noms du jazz comme Sarah Vaughan, Dizzy Gillespie, Harry ''Sweets'' Edison, Clark Terry, John Lewis, Ron Carter, Tony Williams et Sonny Rollins. Le maire de La Nouvelle-Orléans, Ernest Morial, avait également proclamé une journée Wynton Marsalis en février 1982.
Marsalis avait enregistré un premier album de musique classique en 1982. L'album, qui comprenait des concertos pour trompette, avait été enregistré avec le National Philharmonic Orchestra sous la direction de Raymond Leppard. L'album, qui s'était mérité un prix Grammy dans la cartégorie du meilleur enregistrement classique soliste avec orchestre, avait immédiatement fait de Marsalis un des plus grands interprètes de musique classique à travers le monde. Par la suite, Marsalis avait enregistré dix autres albums de musique classique, qui s'étaient tous mérité les éloges des critiques. Marsalis s'était également produit avec les plus grands orchestres symphoniques, dont le New York Philharmonic, le Los Angeles Philharmonic, le Boston Pops, le Cleveland Orchestra, le Saint Louis Symphony Orchestra, l'English Chamber Orchestra, le Toronto Symphony Orchestra et le London's Royal Philharmonic.
Marsalis avaiy également composé un concerto pour violon et quatre symphonies. Intitulé Concerto in D, le concerto pour violon de Marsalis avait été composé expressément pour le virtuose Nicola Benedetti. Répartie en quatre mouvements, "Rhapsody", "Rhondo", "Blues" et "Hootenanny'', l'oeuvre célébrait le répertoire populaire américain de façon très sophistiquée. Le concerto s'appuyait surtout sur le Great American Song Book, avec ses mélodies amples, ses dissonances orchestrales teintées de jazz, ses thèmes empreints de blues, ses envolées de violon virtuoses et une démarche rythmique pleine d’assurance. Le Concerto in D avait été créé en première mondiale par le London Symphony Orchestra en novembre 2015, puis en première américaine par le Chicago Symphony Orchestra au festival de Ravinia en juillet 2016.
En 1995, Marsalis avait collaboré avec la Lincoln Center Chamber Music Society afin de composer le quatuor à cordes At The Octoroon Balls et de nouveau en 1998 dans le cadre de la composition A Fiddler's Tale, sa propre version de A Soldier's Tale d'Igor Stravinsky. Plusieurs chorégraphes avaient également eu recours aux services de Marsalis, dont Garth Fagan (Citi Movement-Griot New York & Lighthouse/Lightening Rod), Peter Martins (Jazz: Six Syncopated Movements and Them Twos), Twyla Tharp (Jump Start), Judith Jamison (Sweet Release and Here…Now) et Savion Glover (Petite Suite and Spaces).
Cette activité débordante avait cependant eu pour résultat de faire de Marsalis un musicien surexposé. Le fait qu'il ait été considéré par plusieurs critiques comme le musicien le plus prometteur de son époque avait également mis une énorme pression sur ses épaules. Durant cette période, Marsalis avait participé à l'enregistrement d'un album intitulé For Fathers and Sons, qui mettait en vedette son père Ellis et son frère Branford sur une des faces, et les saxophonistes Chico et Von Freeman sur l'autre. En 1983, Marsalis avait publié deux albums: un de jazz et un de musique classique. L'album Think of One (d'après le titre d'une composition de Monk) avait marqué les débuts de son quintette de jazz et s'était vendu à près de 200 000 exemplaires, c'est-à-dire environ dix fois ce qui était habituellement considéré comme un succès pour un album de jazz à l'époque. À la suite de la publication de l'album, Marsalis s'était mérité plusieurs comparaisons avec Miles Davis et d'autres musiciens des années 1960. Très honoré par de telles comparaisons, Marsalis avait expliqué à Howard Mandel du magazine Down Beat: ''We don't reclaim music from the '60s; music is a continuous thing. We're just trying to play what we hear as the logical extension... A tree's got to have roots.''
En 1984, Marsalis avait établi un autre précédent en devenant le premier artiste à être mis en nomination pour deux prix Grammy dans deux catégories la même année. Marsalis est également le seul artiste à avoir remporté un prix Grammy durant cinq années d'affilées de 1983 à 1987. Marsalis avait remporté un autre prix Grammy en 1987 pour son album Marsalis Standard Time Vol. 1. La même année, Marsalis avait co-fondé le programme Jazz at Lincoln Center à New York. Lorsque le programme avait débuté ses activités, Marsalis avait été nommé directeur artistique de l'institution. Une partie du contrat de Marsalis prévoyait qu'il devait composer un morceau de musique par année. Marsalis avait également joué un rôle essentiel dans la construction du complexe Jazz at Lincoln Center – au Frederick P. Rose Hall –, le premier établissement d’enseignement, de spectacle et de diffusion consacré au jazz, qui avait ouvert ses portes en octobre 2004. Mais malgré son calendrier chargé, Marsalis avait continué d'enregistrer et de faire des tournées, tant comme musicien de jazz que comme musicien classique. Marsalis continue encore de nos jours d'occuper les fonctions de directeur gérant et de directeur artistique du Lincoln Center. Sous son leadership, l'institution parraine une grande variété d'activités allant des concerts aux débats en passant par les forums, les danses, les émissions de radio et de télévision et les activités éducatives.
Marsalis continuait toujours d'être critiqué pour son manque d'émotion lorsqu'il avait fait paraître en juin 1989 l'album The Majesty of the Blues, un enregistrement dans lequel il avait démontré sa grande intelligence musicale ainsi que sa passion pour le blues. Sur le plan de la composition, l'album évoquait la mémoire de Charles Mingus, avec son mélange de blues, de gospel et d'harmonies sophistiquées héritées de Duke Ellington. Afin d'obtenir des harmonies encore plus riches, Marsalis avait élargi le quartette de son précédent album Live At Blues Alley (Columbia) en un sextette, en utilisant jusqu’à dix musiciens dans le cadre de sa formation. Le critique Stanley Crouch, qui avait écrit les notes de pochette de tous les albums de jazz de Marsalis, avait souligné que certaines pièces du nouvel album rappellaient Louis Armstrong et Thelonious Monk.
En 1990, Marsalis avait publié The Resolution of Romance, un album qu'il avait dédicacé à sa mère et qui comprenait des contributions de son père Ellis et de son frère Delfeayo. Il précisait: “If you are really dealing with music, you are trying to elevate consciousness about romance. Music is so closely tied up with sex and sensuality that when you are dealing with music, you are trying to enter the world of that experience, trying to address the richness of the interaction between a man and a woman, not its lowest reduction.” L'étude par Marsalis des styles musicaux de La Nouvelle-Orléans avait également donné lieu à la publication d'une triologie intitulée Soul Gestures in Southern Blue en 1990. Commentant la parution du coffret, Howard Reich écrivait dans le magazine Down Beat: “The crying blue notes of ’Levee Low Moan, ’the church harmonies of ’Psalm 26, ’the sultry ambiance of ’Thick in the South’ all recalled different settings and epochs in New Orleans music. And yet the tautness of Marsalis’ septet, the economy of the motifs, and the adventurous-ness of the harmonies proclaimed this as new music, as well.”
En décembre 1990, Marsalis avait continué de témoigner de l'influence que Duke Ellington avait exercé sur lui sur la bande sonore du film de Jan Amiel, Tune in Tomorrow. La même année, Marsalis avait également remporté un prix pour ses contributions à l'éducation musicale dans la région de Washington, D.C. Le même mois, Marsalis s'était produit à Blues Alley près de Georgetown avec son septette dans le cadre d'une performance avec son ancien pianiste Marcus Roberts qui avait quitté le groupe cinq ans plus tôt afin de poursuivre sa carrière solo. Dans l'intervalle, Marsalis avait également donné du temps comme professeur de musique auprès des jeunes de Georgetown dans le cadre d'une visite à la Suitland High School. Durant son séjour, Marsalis avait donné une classe de maîtres à 250 étudiants du programme d'arts créatifs de Suitland.
ÉVOLUTION RÉCENTE
Dans les années 1990, Marsalis avait particulièrement développé ses dons de compositeur (ses oeuvres témoignaient notamment de l'influence de Duke Ellington). Son travail avec son septette illustrait d'ailleurs son talent pour les orchestrations. Toujours dans les années 1990, l'importance de Marsalis comme trompettiste, chef d'orchestre et compositeur avait continué de croître. En 1997, Marsalis était d'ailleurs devenu le premier musicien de jazz à remporter un prix Pulitzer pour son oratorio Blood on the Fields. Au cours des cinq décennies précédentes, le jury du prix Pulitzer avait toujours refusé de reconnaître les musiciens de jazz et avait préféré réserver cette distinction à des compositeurs classiques. La remise du prix à Marsalis avait contribué à briser un plafond de verre et avait permis à d'autres musiciens de jazz de remporter cet honneur, dont plusieurs à titre posthume comme Duke Ellington, George Gershwin, Thelonious Monk et John Coltrane. Dans un message personnel à Marsalis, le chef d'orchestre Zarin Mehta écrivait: "I was not surprised at your winning the Pulitzer Prize for Blood On The Fields. It is a broad, beautifully painted canvas that impresses and inspires. It speaks to us all...I'm sure that, somewhere in the firmament, Buddy Bolden, Louis Armstrong and legions of others are smiling down on you."
Écrit pour trois vocalistes et un orchestre de quatorze musiciens, Blood on the Fields racontait l'histoire de deux Africains, Leona et Jesse, qui avaient réussi à trouver l'amour en dépit des difficultés de l'esclavage. Marsalis expliquait: “I wanted to orchestrate for the larger ensemble and write for voices—something I’d never done. I wanted to make the music combine with the words, yet make the characters seem real.” D'une grande diversité, l'oratorio combinait plusieurs styles, du blues aux ''work songs'', en passant par les spirituals, le jazz de La Nouvelle-Orléans, les arrangements d'oeuvres de Duke Ellington et les rythmes carribéens. Dans son compte rendu du spectacle, le New York Times Magazine écrivait que Blood On The Fields "marked a symbolic moment when the full heritage of the line, Ellington through Mingus, was extended into the present." De son côté, le San Francisco Examiner avait fait remarquer que les ''arrangements are magnificent. Duke Ellington's shadings and themes come and go but Marsalis' free use of dissonance, counter rhythms and polyphonics is way ahead of Ellington's mid-century era." L'oratorio, qui avait été présenté en première au Lincoln Center en avril 1994, avait été publié dans un coffret de trois CD en juin 1997.
En mars 1991, Marsalis avait publié Intimacy Calling: Standard Time Vol. II, ainsi que The Resolution of Romance: Standard Time Vol. Ill. Même si ce dernier était le plus intime des deux albums, Marsalis s'était davantage concentré sur la mélodie que sur la technique dans le cadre du volume 2. L'album comprenait plusieurs balades, dont la version de Marsalis de “Yesterdays'' de Jerome Kern. Moins de six mois plus tard, Marsalis avait publié un coffret de trois CD intitulé Soul Gestures in Southern Blue qui se comparait favorablement à The Majesty of the Blues (1989) en raison de son style très apparenté au jazz de La Nouvelle-Orléans. La première pièce du Volume I était “Harriet Tubman'', une composition qui évoquait le parcours de l'héroïne du chemin de fer clandestin. Quant au second volume intitulé The Uptown Ruler, il témoignait des sentiments et des fonctions d'un musicien de blues appelé à témoigner de la diversité de l'expérience humaine. Finalement, le troisième volume intitulé Levee Low Moan comprenait principalement des chansons de danse inspirées des rythmes afro-cubains.
À la fin de l'année, Marsalis s'était de nouveau produit au club Blues Alley de Georgetown, où il avait enregistré un album live et animé des ateliers avec le Blues Alley Youth Orchestra. Marsalis avait ainsi continué de démontrer sa loyauté envers le club qui lui avait donné sa première chance à l'âge de vingt ans en 1980, au moment de ses débuts dans la musique. Dans le cadre de cette performance, Marsalis avait retrouvé son ancien groupe de La Nouvelle-Orléans, composé du saxophoniste alto Wes Anderson, du pianiste Marcus Roberts, du contrebassiste Reginald Veal et du batteur Herlin Riley. Le seul nouveau venu était le saxophoniste ténor Herb Harris.
Plutôt proflifique sur le plan discographique, Marsalis avait cinq enregistrements en concert qui attendaient d'être publiés en 1991 et 1992. Attendaient également de sortir des presses les bandes sonores des séries de télévision Peanuts et “Shannon’s Deal.” Ne négligeant pas pour autant sa carrière de musicien classique, Marsalis venait d'enregistrer avec la chanteuse soprano Kathleen Battle dans le cadre d'un enregistrement qui comprenai de courtes pièces de Scarlatti, Bach et Handel, ainsi qu'un ballet intitulé Griot New York que Marsalis avait écrit pour le chorégraphe Garth Fagan. La collaboration de Marsalis avec Fagan datait de l'époque où le chorégraphe lui avait parvenir des mots d'encouragements alors qu'il n'était encore âgé que de vingt-deux ans. Selon le Washington Post, Fagan aurait alors dit à Marsalis: “I know it’s tough out there, but you’ve got to stay with it and address this music, because it’s important.” Comme il l'avait fait pour le club Blues Alley, Marsalis était toujours demeuré loyal à Fagan et envers tous ceux qui l'avaient supporté à ses débuts.
En août 1992, Marsalis vivait au 29e étage d'un appartement de Manhattan et était considéré comme le plus grand jeune musicien de son époque. En mai 1992, à l'âge de trente ans, Marsalis était devenu le musicien de jazz le plus célébré de sa génération, ainsi qu'un de ceux dont le style avait le plus continué d'évoluer, comme le démontrait son plus récent album Blue Interlude publié par Columbia. À l'époque, Marsalis présentait plus de deux cents concerts par année, mais les déplacements et prestations incessants avaient commencé à l'épuiser. A l'automne de la même année, Marsalis avait inaugué une longue tournée entre Hershey, en Pennsylvanie, et Palm Desert, en Californie, avec le Lincoln Center Jazz Orchestra, dirigé par David Berger. Même si la tournée avait pour but de rendre hommage à son idole Duke Ellington, dont Marsalis s'était largement inspiré pour construire son propre style, ce dernier avait surtout interprété des compositions classiques ainsi que des standards de La Nouvelle-Orléans. Le 7 février 1992, Marsalis avait également participé à une émission de la télévision publique mettant en vedette la chanteuse Kathleen Battle dans une prestation de l'enregistrement classique Baroque Duet.
À la fin de l'année 1993, Marsalis avait complété This House, On This Morning, une suite d'une heure en douze sections qui lui avait été commandée par le Lincoln Center de New York. Une des suites, intitulée “Hopscotch America”, avait servi de bande sonore à un ballet de Peter Martin qui avait été présenté en première à New York.
Se prononçant sur l'évolution du jazz actuel, Marsalis avait affirmé que le manque de formations stables à long terme avait souvent entraîné une dépendance excessive à l'égard de l’improvisation individuelle et favorisé l'emploi de formules faciles comme les thèmes à l'unisson, les solos de trompette, les solos de saxophone, puis les solos de piano. Marsalis préfèrerait plutôt voir un recours plus large à d’autres formes, comme l’improvisation collective, le jeu en appel-et-réponse, des arrangements qui donnaient l’impression d’être improvisés, ainsi qu'à diverses autres techniques. Marsalis avait ajouté que le son d’un groupe était au cœur du jazz, et que l’objectif consistait à créer une dynamique où les musiciens s’encourageaient mutuellement à choisir ce qu’ils allaient jouer et à donner le meilleur d’eux-mêmes, dans un esprit démocratique.
Au cours des années 1993 et 1994, les progrès de Marsalis comme compositeur étaient devenus de plus en plus évidents. Il avait alors continué de se produire avec son septette, réputé pour sa virtuosité exceptionnelle et son désir d'aborder tant le jazz que le répertoire classique. Cependant, Marsalis était davantage un consolidateur de l’héritage musical du jazz qu’un véritable pionnier. Sur l'album This House, On This Morning, publié en 1994, Marsalis avait repris les cadences musicales et liturgiques des service religieux de son enfance, tout en approfondissant l’influence qu’avaient exercée sur lui Duke Ellington et les maîtres du jazz qui l’avaient précédé. Lorraine Gordon, la propriétaire du légendaire Village Vanguard, un club où Marsalis s'était produit depuis le début de la vingtaine, avait décrit le jeu du trompettiste comme une tentative de convaincre les auditeurs de l'importance de s'inspirer du passé pour aller vers l'avant, afin de moderniser la musique sans perdre sa valeur et sa forme initiales. Comme Marsalis l'avait déclaré en entrevue au Washington Post, “It’s very seldom you hear a young musician who can play a melody through the harmonic form of a song. When you do you know that’s someone who can play.”
Marsalis avait démantelé son septette en 1994. Le groupe, qui avait été formé en 1989, était devenu un des groupes les plus influents du jazz moderne. En 1994, à l'âge de trente-trois ans, Marsalis avait décidé qu'il était temps de passer à autre chose. Le groupe avait voyagé sur la route durant treize ans au rythme de trois semaines par mois, ce qui laissait seulement une semaine à Marsalis pour remplir ses autres obligations, ce qui comprenait la direction du programme de jazz de Lincoln Center, ses activités d'enseignement et ses autres engagements professionnels. Après le démantèlement de son septette, Marsalis avait continué de composer, d'enregistrer et de se produire sur scène. Il avait aussi continué de travailler avec le Lincoln Center tout en commençant à travailler avec un big band. Marsalis connaissait aussi des musiciens au Brésil qui étaient intéressés à travailler avec lui.
Poursuivant sa carrière de musicien classique, Marsalis avait fondé un premier quatuor à cordes en mai 1995. En 1994, il avait également enregistré des concertos de trompette de Haydn, Hummel et Leopold Mozart. Deux ans plus tard, Marsalis avait publié In Gabriel’s Garden, un album enregistré avec le English Chamber Orchestra et Anthony Newman au clavecin et à l'orgue. Décrivant son travail comme musicien classique, Marsalis avait expliqué à Ken Smith du magazine Stereo Review: “So I take on projects either to teach me something new or else to document some development. With this new Baroque album, I felt that I’d never really played that music before with the right authority or rhythmic fire.” En 1996, Marsalis avait également produit le Olympic Jazz Summit dans le cadre des Jeux Olympiques d'Atlanta.
Marsalis avait également poursuivi une fructueuse carrière de professeur. En plus d'enseigner la musique au New England Conservatory of Music, Marsalis avait donné des cours dans le cadre du programme Project Discovery. La liste des musiciens qui avaient assisté aux ateliers de Marsalis est impressionnante: James Carter, Christian McBride, Roy Hargrove, Harry Connick Jr., Wycliffe Gordon, Kenny Kirkland, Marcus Roberts, Nicholas Payton, Terence Blanchard, Eric Reed, Eric Lewis...
Depuis 2004, Marsalis avait aussi été directeur musical du Jazz at Lincoln Center à New York, dont il avait également été le directeur artistique du festival annuel de musique classique à partir de 1987. Il avait aussi été directeur des études jazz à Juilliard. En grande partie grâce à Marsalis, le retour en force du jazz traditionnel avait favorisé la création de la première chaîne de télévision par câble expressément consacrée au jazz, BET Jazz, en 1996. De 2015 à 2021, Marsalis avait aussi travaillllé comme ''A.D. White Professor'' à l'Université Cornell. Les A.D. White Professors étaient chargés d'améliorer la vie intellectuelle et culturelle des étudiants universitaires.
Décrivant sa philosophie d'enseignement, Marsalis avait déclaré au cours d'une entrevue accordée au magazine Ebony: “I’m always ready to put my own neck on the line for change. No school is too bad for me to go to. [...] I’ll try to teach anybody. We are all striving for the same thing, to make our community stronger and richer. That’s what the jazz musician has always been about.” Entièrement dévoué à ses étudiants, Marsalis avait financé de sa poche des bourses aux élèves les plus méritants et avait même accepté de financer les frais médicaux aux étudiants dans le besoin. À la suite de l'ouragan Katrina qui avait frappé La Nouvelle-Orléans en août 2005, Marsalis avait organisé le Higher Ground Hurricane Relief Concert qui avait permis d'amasser plus de trois millions de dollars à l'intention des musiciens et des institutions culturelles qui avaient été victimes du sinistre. À la même époque, Marsalis avait assumé un rôle de leadership dans la Bring Back New Orleans Cultural Commission qui avait permis de revitaliser les services culturels de la ville. Comme mécène, Marsalis acceptait également de donner son temps et ses talents à des organisations à but non lucratif afin d'amasser des fonds pour améliorer le sort des gens. Les associations caritatives auxquelles Marsalis avait accepté de donner son temps au cours des années sont nombreuses et comprennent My Sister's Place (un refuge pour femmes battues), le Children's Defense Fund, Amnesty International, le Sloan Kettering Cancer Institute, Food For All Seasons (une banque alimentaire pour les personnes âgées et démunies), Graham Windham (un refuge pour enfants sans-abri), Very Special Arts (une organisation qui permet aux personnes handicaptées de développer leurs talents en danse, en art dramatique et en musique), la Newark Boys Chorus School (une école de musique destinée aux jeunes défavorisés), la Hugs Foundation (qui finance des chirurgies esthétiques pour les enfants atteints de diverses difformités faciales), et bien d'autres.
À l'automne 1995, Marsalis avait animé Marsalis on Music, une émission en quatre parties destinée aux jeunes auditeurs et diffusée sur les ondes du réseau PBS. L'émission, qui était inspirée du Young People’s Concert de Leonard Bernstein, avait pour but de faire connaître le jazz et la musique classique à des jeunes de neuf à douze ans. Un autre objectif de l'émission était de donner aux jeunes une meilleure compréhension des structures musicales. Sur le plan pédagogique, Marsalis avait adopté la même approche que son père Ellis avait utilisé pour enseigner la musique à ses fils. Marsalis avait appris très jeune à véhiculer sa passion pour la musique en utilisant une certaine dose d'humour. La série avait été tournée à Stockbridge, au Massachusetts, où Marsalis avait été boursier à l’été 1979. Durant le même mois, le réseau NPR avait mis en ondes le premier d'une série de vingt-six émissions de radio intitulées Making the Music. Cette émission est aujourd'hui considérée comme la première série complète consacrée à l'histoire du jazz à avoir été diffusée sur les ondes de la radio aux États-Unis. Les deux séries avaient éventuellement remporté la récompense plus prestigieuse du journalisme radiophonique, le George Foster Peabody Award. The Spirit of New Orleans, l'hommage poétique de Marsalis à la première victoire des Saints de La Nouvelle-Orléans au Super Bowl, s'était également mérité un Emmy Award pour le meilleur court métrage (2011).
Marsalis avait toujours cru qu'une bonne compréhension de la musique classique offrait un excellent ancrage dans la culture américaine, tandis que le jazz traditionnel reposait sur le mélange des mondes, noir et blanc. Dans cette série en quatre volets, la Liberty Brass Band de Wynton et l’orchestre des étudiants du Tanglewood Music Center s'étaient réunis, ce qui avait permis à Marsalis de démontrer son habileté sur un cor conçu expressément pour lui, ainsi qu’à la batterie et au piano, en plus de sa trompette. La série avait éventuellement donné lieu à la publication d'un livre et d'un CD ainsi que d'une version vidéo destinée au grand public. Marsalis avait également animé Making the Music, une série jazz en 26 épisodes diffusée sur le réseau NPR (National Public Radio).
Au début de 1995, Marsalis avait enregistré un album intitulé Joe’s Cool Blues. Au sujet de cet album qui faisait référence aux célèbres dessins animés de Charlie Brown, Marsalis avait rappelé qu'enfant, la seule fois où il avait entendu du jazz à la télévision était dans le cadre de l'émission du même nom. Marsalis avait d'abord manifesté son intérêt à participer à l'enregistrement lorsqu'il avait appris que la bande sonore avait été composée par le regretté pianiste Vince Guaraldi, que son père Ellis avait bien connu. Incidemment, l'album avait été publié sous la direction conjointe de Marsalis et de son père. La musique de l'album pouvait être qualifiée de chaleureuse et poignante, sans être trop sentimentale.
En 2006, Marsalis avait également collaboré avec le batteur ghanéen Yacub Addy dans la création de Congo Square, une composition qui combinait des harmonies inspirées du jazz traditionnel avec des percussions et des chants d'origine africaine. En mai 2008, à l'occasion du 200e anniversaire de la Abyssinian Baptist Church, Marsalis avait composé Abyssinian 200: A Celebration, une oeuvre qui combinait le blues aux rythmes swing. L'oeuvre avait été interprétée par le Jazz at Lincoln Center Orchestra et une chorale de cent chanteurs devant des salles combles à New York. À l'automne 2009, le Atlanta Symphony Orchestra avait présenté en première la composition Blues Symphony, une oeuvre qui combinait le blues et les rythmes de ragtime à des orchestrations symphoniques. Marsalis avait élargi encore davantage son répertoire pour orchestre symphonique avec Swing Symphony. Inspirée de l'improvisation collective, l'oeuvre avait été présentée en première par le Berlin Philharmonic et le Jazz at Lincoln Center Orchestra en juin 2010.
Toujours en 2009, Marsalis avait présenté Ballad of the American Arts devant une salle remplie à pleine capacité au Kennedy Center. Dans le cadre de cette lecture-performance, Marsalis avait illustré le rôle que les arts avaient joué dans le développement de l'identité culturelle aux États-Unis. Il expliquait: "This is our story, this is our song, and if well sung, it tells us who we are and where we belong."
En décembre 2016, Marsalis avait de nouveau fait preuve de son imagination et de sa dextérité avec The Jungle, une oeuvre qui combinait la musique classique avec les influences du jazz et du blues, et qui avait été interprétée conjointement par le New York Philharmonic et le Jazz at Lincoln Center Orchestra. Décrivant le concept de l'oeuvre, Marsalis avait expliqué: "The Jungle is a musical portrait of New York City, the most fluid, pressure-packed, and cosmopolitan metropolis the modern world has ever seen." Le New York Philharmonic et le Jazz at Lincoln Center Orchestra avaient de nouveau été réunis lors de la présentation de l'oeuvre à Shanghai en juillet 2017.
Décrivant le travail de Marsalis, le virtuose de la trompette Maurice André l'avait décrit comme un des meilleurs trompettistes de tous les temps. Même si Marsalis avait souvent été qualifié de ''sauveur du jazz moderne'', il avait également eu ses détracteurs. Plusieurs critiques, comme le trompettiste Lester Bowie, le considéraient trop conservateur, dépourvu d'émotion et prévisible. Même si certains détracteurs de Marsalis croient qu'il vivait un peu trop sur la réputation qu'il avait acquise à ses débuts comme “the hottest lips in America” - d'après une des pages couvertures du magazine Rolling Stone -, le trompettiste avait continué de persévérer dans son désir de ramener le jazz à la pureté de ses origines. Mais certaines légendes avaient continué de manifester leur désaccord. C'est ainsi que Miles Davis aurait déclaré: “Sometimes people speak as though someone asked them a question. Well, nobody asked him a question.” Mais Marsalis n'en avait cure. Interrogé par le journaliste Steve Bloom du Rolling Stone, Marsalis avait rétorqué: “I love the music, above everything else. That’s all I answer to.”
Il faut dire que les premiers rapports entre Marsalis et Davis ne s'étaient pas très bien déroulés. On se souvient d'ailleurs de ses propos négatifs au sujet du jazz-fusion. Le 27 juin 1986, Marsalis avait participé à la première édition du Festival international de jazz de Vancouver aux côtés de Bobby McFerrin, Tito Puente, Tony Williams, Albert Collins, John Mayall, et évidemment Miles Davis lui-même. Lors du concert de Davis, Marsalis s'était soudainement invité sur scène, à la grande stupéfaction de Davis, qui avait mis abruptement fin à la performance du nouveau venu après seulement trente secondes avant de lui ordonner de sortir de scène. Il ne faudrait pas oublier non plus que quatre mois plus tôt, Marsalis avait damé le pion à Davis le prix Grammy du meilleur soliste de jazz, insulte qui, quand on connaît le tempérament ombrageux de Davis, était d'autant plus diffile à pardonner...
Évoquant les liens de Marsalis avec la musique classique, la critique Jane O’Hara avait fait remarquer: “Marsalis’s classical training may have offered a temporary refuge from the black ghetto, but there is no question about the prodigal son’s real musical home.'' Quant au jazz, Marsalis avait déclaré: ‘I have studied Bartok and Stravinsky and I love them,… but jazz is in the present tense.’” Développant son point de vue au cours d'une entrevue accordée à Howard Mandel du magazine Down Beat, Marsalis avait ajouté:
“Jazz is the most precise art form of this century [because of] the time… What the musicians have figured out is how to conceive, construct, refine, and deliver ideas as they come up, and present them in a logical fashion. What you’re doing is creating, editing, and all this as the music is going on. This is the first time this has ever happened in western art. Painting is painted. Symphonies are written. Beethoven improvised, but by himself, over a score. When five men get together to make up something, it’s a big difference.” Plus tôt dans sa carrière, Marsalis avait déclaré à Barbara Rowes du magazine People: “Beethoven did things with rhythms that are really hip, but there’s no way that can be compared with modern jazz.”
Cinq ans plus tard, dans le cadre d'une discussion avec Arthur Rubinstein, Marsalis avait défini ainsi les relations entre le jazz et la musique classique: “What the two styles do share… is a spirituality, and the ability to elevate the audience. That’s what music is, elevation and improvement. Just as Beethoven improved folk melodies, Charlie Parker improved ‘'I'll Remember April.’”
Même si de tels propos avaient aidé Marsalis à se définir comme musicien, ils avaient aussi soulevé l'ire de certains critiques. Par exemple, Marsalis avait toujours maintenu qu'il était plus facile pour un jeune musicien de maîtriser la musique classique que le jazz. Le critique Whitney Balliett était du même avis. Balliett avait écrit dans le New Yorker, “Technique, rather than melodic logic, still governs his improvising, and the emotional content of his playing remains skittish.” Analysant le travail de Marsalis à ses débuts, le magazine Down Beat avait souligné que: “[Marsalis] seems to be detached from his prodigious maturity by not having experienced abandon… Musicians, like artists, must live if they are going to make significant contributions.” Pour sa part, le pianiste Billy Taylor, qui tenait Marsalis en grande estime, avait précisé: ''Wynton is the most important young spokesman for the music today. His opinions are well founded. Some people earlier took umbrage at what he said, but the important thing is that he could back it up with his horn.”
Le travail de Marsalis en faveur d'une meilleure compréhension du jazz reposait sur la croyance, selon le clarinettiste Tom Sancton, que le “jazz is not just another style of popular music but a major American cultural achievement and a heritage that must not be lost.” Dans le même article, Marsalis avait même laissé entendre que le jazz était une sorte de métaphore de la démocratie. Il avait déclaré: “It shows you how the individual can negotiate the greatest amount of personal freedom and put it humbly at the service of a group conception.” C'est sur la base de ces croyances que Marsalis avait tenté de former les nouvelles générations de musiciens en s'appuyant sur le travail des pionniers du jazz.
Donnant sa définition du jazz dans un article intitulé ''What Jazz Is and Isn’t'', publié dans le New York Times, Marsalis avait précisé que le jazz “…has such universal appeal and application to the expression of modern life that it has changed the conventions of American music as well as those of the world at large.” Marsalis était cependant d'avis que les relations trop étroites entre le jazz et certaines formes de musique populaire avaient provoqué des malentendus sur ce que le jazz était réellement. Marsalis s'était senti d'autant plus trahi lorsque son frère Branford avait décidé, en 1985, de quitter son septette et de se joindre au groupe de Sting. De fait, Marsalis avait été tellement bouleversé à l'époque qu'il aurait même songé à abandonner la musique ! Le départ de Brandon était d'autant plus difficile à accepter qu'il avait également emmené avec lui le pianiste Kenny Kirkland. Marsalis expliquait: “I didn’t want the personnel to change. The guys in the band left to go play with Sting. So, I had to get other members, and then [pianist} Marcus Roberts came into the band and my brother wasn’t playing with us.”
Interrogé par le magazine Ebony l'année suivante, Marsalis en avait profité pour se laisser aller à une certaine nostalgie. Il expliquait: ''Le monde d'où ils venaient [les pionniers du jazz] a presque disparu maintenant et beaucoup de ceux qui devraient transmettre ces valeurs sont passés de l'autre côté, répandant désormais des mensonges. […] On nous dit maintenant que les cuillères en plastique sont en argent et on est censé le croire.''
Selon Marsalis, la grandeur du jazz résidait dans son émotion. Il avait ajouté que la musique de Louis Armstrong et de Duke Ellington n'était pas le simple produit d’une musique rudimentaire façonnée par des conditions sociales défavorables. Marsalis expliquait: “Genius always manifests itself through attention to fine detail. Works of great genius sound so natural they appear simple, but this is the simplicity of elimination, not the simplicity of ignorance.”
Conscient du manque de connaissances de Marsalis au sujet du jazz à ses débuts, le critique Stanley Crouch avait expliqué que le jeune Marsalis “didn’t know anything about Ornette Coleman, Duke Ellington, or Thelonius Monk. His dad had tried to make him listen to Louis Armstrong, but he had this naive idea that Louis was an Uncle Tom”.
De nos jours, Marsalis continue toujours de visiter les écoles durant ses tournées afin d'informer et possiblement de transformer les attitudes culturelles des musiciens de la relève. En 1987, Marsalis avait participé à la fondation d'un programme de jazz d'une durée de trois ans dans le système d'éducation de Chicago. Comme l'écrivait le clarinettiste Tom Sancton, Marsalis “stays in touch with many of the students he meets, offering them pointers over the phone, inviting them to sit in on his gigs and sometimes even giving them instruments.” Cette implication avait d'ailleurs souvent été accompagnée d'enregistrements qui avaient permis à Marsalis de démontrer une profondeur et une maturité accrue. Commentant la contribution unique de Marsalis, James Haskins avait mentionné dans son ouvrage Black Music in America: A History Through Its People (1987) que: “because of his versatility, Wynton Marsalis brought a highly technical sense to his jazz playing and a vividness and immediacy to his classical playing that no one else had ever been able to do.” De son côté, Sancton avait précisé que l'impact de Marsalis dépassait largement ses habiletés et ses réalisations comme musicien. Sancton écrivait: “It is the fact that, largely under his influence, a jazz renaissance is flowering on what was once barren soil.” Un des membres du groupe de Marsalis, le saxophoniste Wes Anderson, confirmait: “Wynton is someone who can guide us. He’s one of the shepherds of this music.”
Politiquement, Marsalis avait toujours pris la cause des Afro-Américains à coeur. Marsalis admirait particulièrement Louis Armstrong pour avoir pris position lors de la controverse de l'intégration scolaire à Little Rock, en Arkansas, en 1954, et avait tenté de s'en inspirer. Un peu missionnaire lui-même, Marsalis continue toujours de parcourir les high schools et les collèges à la recherche de nouveaux talents. Le critique Stanley Crouch, qui avait servi de mentor intellectuel à Marsalis durant seize ans, considère le trompettiste comme une sorte de phare à une époque où la société a de plus en plus tendance au nivellement par le bas, même s'il avait été parfois critiqué pour avoir pratiqué une sorte de racisme inversé alors qu'il dirigeait le Lincoln Center. De son côté, Crouch croyait que Marsalis avait surtout été critiqué pour son refus de se confirmer aux attentes des mass media relatives aux artistes de couleur. Dénonçant ce ''deux poids, deux mesures'', Marsalis avait expliqué à un journaliste du Washington Post: “Jazz critics are more concerned with race than with music… Beethoven was Beethoven. He wasn’t ‘the German.’ Whereas with jazz, you talk right away about the musician’s neighborhood and his attitude toward race. Well, that’s not going to go anywhere. We are tied to each other and we have to try to deal with each other. Believe me, the Caucasian and the American Negro are forever wed.”
Même si Marsalis croyait que le jazz était loin d'être mort, il reconnaissait qu'il avait atteint un niveau de maturité où ses formes fondamentales étaient désormais établies et n’évoluaient plus qu’avec lenteur. Même s'il était considéré comme un musicien plutôt ''mainstream'', Marsalis ne cherchait nullement à devenir un artiste de musique pop. Son principal objectif demeure toujours de faire connaître le jazz au plus grand nombre d'auditeurs possible. Marsalis consacre d'ailleurs chaque année de nombreuses semaines aux jeunes des quartiers défavorisés, en espérant que cette musique les enrichisse et les inspire.
Marsalis a remporté de nombreux prix au cours de sa carrière. Il est notamment lauréat de la médaille commémorative Louis Armstrong, du Grand Prix du Disque français, du Algur H. Meadows Award for Excellence in the Arts et de la médaille Frederick Douglass décernée par la New York Urban League.
En 1996, on avait décerné à Marsalis un Peabody Awards tant pour son travail de musicien que pour son émission de radio Wynton Marsalis: Making the Music diffusée sur le réseau NPR. En plus d'avoir été nommé Messager de la paix par le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Kofi Annan (2001), Marsalis s’était aussi vu décerner la Médaille nationale des arts (2005). En 2015, le président Barak Obama avait aussi remis à Marsalis la National Humanities Medal pour souligner son travail afin de favoriser le développement des sciences humaines et l’engagement des citoyens américains envers l’histoire, la littérature, les langues et la philosophie. En novembre 2005, Marsalis s'est mérité la National Medal of Arts, le plus important honneur artistique pouvant être décerné par le gouvernement américain. En 2002, le Congrès des États-Unis lui avait également décerné un Horizon Award. Il a aussi été nommé membre honoraire de Royal Academy of Music de Grande-Bretagne (1996). Il s'agit du plus important honneur pouvant être accordé à un citoyen non-Britannique. En août 2009, Marsalis a également été intronisé Chevalier de la Légion d’honneur, la plus importante décoration pouvant être décernée par la République française. L'ambassadeur de France, Son Excellence, Pierre Vimont, avait remis le prix à Marsalis en prononçant ces quelques mots:
"We are gathered here tonight to express the French government's recognition of one of the most influential figures in American music, an outstanding artist, in one word: a visionary... I want to stress how important your work has been for both the American and the French. I want to put the emphasis on the main values and concerns that we all share: the importance of education and transmission of culture from one generation to the other, and a true commitment to the profoundly democratic idea that lies in jazz music. I strongly believe that, for you, jazz is more than just a musical form. It is tradition, it is part of American history and culture and life. To you, jazz is the sound of democracy. And from this democratic nature of jazz derives openness, generosity, and universality."
La cité de Marciac, en France, a aussi érigé une statue en son honneur. Le gouvernement des Pays-Bas a également décerné à Marsalis un Edison Award. Quant au maire de Vitoria, en Espagne, il a accordé à Marsalis sa médaille d'or, le plus important honneur pouvant être décerné par la municipalité. Marsalis a aussi été intronisé au sein de l'American Academy of Achievement. L'American Arts Council a également décerné à Marsalis un Arts Education Award.
En 1997, Marsalis avait établi une première en remportant le premier prix Pulitzer jamais décerné à un musicien non classique pour son travail sur l'oratorio Blood on the Fields qui avait été présenté en avril 1994 au Lincoln Center. Marsalis a également remporté plusieurs sondages des lecteurs et des critiques du magazine Down Beat. Il a remporté neuf prix Grammy au cours de sa carrière. À la fin de 1996, Marsalis avait été élu parmi les vingt-cinq Américains les plus influents par le magazine Time.
Marsalis s'est aussi vu décerner trente-neuf doctorats honorifiques des plus grands établissements d’enseignement aux États-Unis, dont l’Université Harvard, l’Université Yale, l'Université Columbia, l'Université Howard, l'Université Yale, l’Université de Princeton et l’Université Tulane, située à La Nouvelle-Orléans.
Depuis ses débuts en studio en 1982, Marsalis a réalisé 110 enregistrements de musique jazz et de musique classique. Tout en se produisant régulièrement dans les salles de concert les plus prestigieuses, Marsalis apprécie de jouer et de répéter dans des clubs locaux plus discrets. Compositeur prolifique et créatif, Marsalis a à son actif 573 chansons, onze ballets, quatre symphonies, huit suites, deux œuvres de musique de chambre, un quatuor à cordes, deux messes et des concertos pour violon et tuba. Premier musicien à se produire et à composer en traversant tout le spectre du jazz, de ses racines de La Nouvelle-Orléans au be-bop, en passant par le jazz moderne, la connaissance de Marsalis des racines interreliées de la musique vernaculaire américaine l’a poussé à expérimenter avec une palette constamment enrichie de formes et de concepts présentant certaines des approches les plus avant-gardistes du jazz moderne.
Très apprécié comme conférencier, Marsalis est souvent invité à prendre la parole dans les cérémonies afin de replacer les événements dans leur contexte historique. C'est ainsi qu'il a a agi comme narrateur dans plusieurs documentaires portant sur le jazz et la culture américaine. Il est également l'auteur de nombreux essais pertinents sur des sujets liés au jazz. En 2011, Drew Faust, le président de l'Université Harvard, avait invité Marsalis à s'impliquer dans la vie culturelle de l'Université. Marsalis avait saisi l'occasion pour prononcer une série de six lectures échelonnées sur une période de trois ans. Intitulée Hidden In Plain View: Meanings in American Music, la série avait pour but de favoriser le développement des arts et l'acquisition d'une meilleure littéracie au niveau académique.
De 2011 à 2014, Marsalis avait présenté une série de six conférences révolutionnaires qui font maintenant référence, intitulées Hidden in Plain View: Meanings in American Music, à l’Université Harvard. De 2012 à 2014, Marsalis avait aussi travaillé comme correspondant culturel de l'émission CBS News. Dans le cadre de ces fonctions, Marsalis avait présenté des reportages sur des sujets aussi divers que Martin Luther King, Jr., Nelson Mandela et Louis Armstrong, en passant par les juke joints, le barbecue, le rôle du quart-arrière dans le football américicain, la direction d’orchestre et la gratitude.
Marsalis est aussi l’auteur de sept livres, dont deux pour enfants. Les autres sont Sweet Swing Blues on the Road (une collection d'essais au sujet de la vie de musicien de jazz publiée en 1994), Jazz in the Bittersweet Blues of Life, To a Young Musician: Letters from the Road, Jazz ABZ (an A to Z collection of poems celebrating jazz greats) et Moving to Higher Ground: How Jazz Can Change Your Life.
Le travail de Marsalis, tant dans le jazz que dans la musique classique, témoigne de sa grande intégrité comme musicien malgré toute la controverse qu'il avait dû traverser au cours de sa carrière. Mais en dépit de toutes les critiques, son talent incontestable n'avait jamais été remis en question. Comme l'historien Eric Alterman l'écrivait dans The Nation, Marsalis était ''universally acknowledged to be a master musician and perhaps the most ambitious composer alive.”
Marsalis est le père de trois fils. Il a eu deux fils avec Candace Stanley, puis un autre fils avec l'actrice Victoria Rowell, Jason (né le 26 décembre 1995).
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SOURCES:
‘’Marsalis, Wynton.’’ Encyclopedia.com, 2018.
‘’Wynton Marsalis.’’ Wikipedia, 2025.
‘’Wynton Marsalis.’’ Centre national des Arts, 2025.
‘’Wynton Marsalis.’’ All About Jazz, 2025.
— J’adore cette musique, je pourrais lui faire l’amour…