L’azote est un élément chimique (symbole N) qui nous est familier et qui nous paraît bien inoffensif. En termes d’abondance, il pointe en 7ème position dans la voie lactée (0,1 %). S’il flirte avec la 30ème position dans la croûte terrestre (à égalité avec l’yttrium et le cobalt) il est très présent dans l’eau de mer et surtout dans l’atmosphère (78 %). Dans le corps humain, il arrive en 4ème position, avant le calcium, composant essentiel de notre squelette.
Ce qu’on sait moins, c’est que cet élément que nous inhalons à pleins poumons tous les jours peut être un redoutable poison lorsqu’il est associé à d’autres éléments : oxydes d’azote, cyanure, PAN...
Caractéristiques physicochimiques
L’azote est un élément de la deuxième rangée du tableau périodique des éléments. Son numéro atomique est 7. C’est un pnictogène, comme le phosphore, l’arsenic ou l’antimoine. Il existe une quinzaine d’isotopes de l’azote mais seuls deux sont stables, le 14N (plus de 99,5 % de la quantité totale d’azote sur Terre) et le 15N. Le 13N a une demi-vie de 10 minutes et les autres de moins de 10 secondes.
Dans les conditions normales de température et de pression, l’azote existe sous forme gazeuse. Sa température d’ébullition est de -195,8° C et sa température de fusion de -209,9° C. A l’état solide, sa structure cristalline est hexagonale. Son potentiel de première ionisation vaut 14,5 eV. Son électronégativité 3,04, elle est supérieure à celle de l’hydrogène et du carbone mais inférieure à celle de l’oxygène qui vaut 3,44.
L’azote possède 7 électrons (1s2, 2s2, 2p3). A l’image de tous les pnictogènes, il possède trois électrons sur sa sous-couche 2p. Sa valence est donc théoriquement égale à 3. Il existe cependant de nombreux composés dans lesquels le cation azote entretient quatre liaisons covalentes. C’est le cas par exemple dans l’ion nitronium [O=N=O]+, très instable, ou plus simplement dans l’acide nitrique et les ions nitrates.
Le degré d’oxydation de l’azote peut varier entre -3, comme dans l’ammoniac NH3, à +4 dans les nitrates.
L’azote peut entretenir des liaisons covalentes avec divers éléments. Les énergies de liaison relativement modérées de ces liaisons en font un élément assez réactif.
La chimie de l’azote est riche. Il est à la fois nucléophile et oxophile et il possède donc de nombreux dérivés.
Avec l’hydrogène, le composé le plus connu est l’ammoniac (NH3) et les ions dérivés (ammonium NH4+ et amidure NH2-). L’ammoniac est produit de manière industrielle et a de nombreuses applications : engrais, explosif, agent polymère, fluide réfrigérant. Les amines (formule générique RNH2 et R2NH) jouent un rôle important en chimie organique.
L’hydrazine N2H4 (aussi appelée diazane) a pour formule développée H2N-NH2. C’est un carburant utilisé dans les lanceurs et les piles à combustible. L’acide azothydrique ou azoture d’hydrogène HN3 est un acide faible.
Il existe plusieurs oxydes d’azote. Les plus connus sont le monoxyde d’azote NO et le dioxyde d’azote NO2 (que l’on qualifie de NOx et dont les effets polluants sont maintenant reconnus) mais on peut citer également l’azoture de nitrosyle N4O, le protoxyde d’azote N2O (aussi appelé gaz hilarant et utilisé comme anesthésiant), le trioxyde d’azote N2O3, le peroxyde d’azote N2O4, un dimère du dioxyde d’azote, et le pentaoxyde d’azote N2O5. Dans la molécule de dioxyde d’azote, l’atome d’azote entretient une liaison covalente simple avec chaque atome d’oxygène. IL possède donc un électron non apparié sur sa couche externe. Le NO2 a toutes les caractéristiques d’un radical libre. Il est de fait très réactif, en particulier avec les molécules organiques. Dans la nature, il est en équilibre avec son dimère, le peroxyde d’azote N2O4.
Dissous dans l’eau, le monoxyde d’azote et le dioxyde d’azote donnent respectivement de l’acide nitreux HNO2 et de l’acide nitrique HNO3. Les anions libérés par ces acides sont l’ion nitrite NO2- et l’ion nitrate NO3- et sont à la base de nombreux sels. L’ion nitrate est un oxydant puissant qui s’attaque au cuivre, au zinc et même à l’argent.
Remarque : dans le schéma ci-dessus de l’acide nitrique, on a représenté l’ion azote avec une liaison double N=O et une liaison simple N-O. En fait, pour des raisons de symétrie, il n’y a pas localisation de la liaison double. Elle est partagée entre les atomes d’oxygène qui, pour la même raison, se partagent la charge électrique négative.
L’azote peut être oxydé par les halogènes mais les halogénures d’azote sont généralement instables si l’on fait exception du trifluorure d’azote NF3.
Le cyanure CN- est l’anion libéré par l’acide cyanhydrique HCN en solution. Il est caractérisé par une liaison triple entre le carbone et l’azote.
Les azotures sont les sels formés par l’acide azothydrique. La formule détaillée de l’ion azoture est N-=N+=N-. L’ion azoture est un oxydant très corrosif, en particulier avec les métaux. L’azoture de sodium NaN3 est utilisé pour gonfler très rapidement les airbags (décomposition en sodium et en diazote).
En chimie organique les azotures d’acyle sont des dérivés d’acide carboxylique de formule générique RCON3. Les azoture d’alkyle sont des dérivés des alcanes de formule RCN3. L’azoture de méthyle H3CN3 est un explosif.
Les nitrures sont les sels formés à partir de l’ion nitrure N3-. Il existe de nombreux nitrures métalliques, comme le nitrure d’aluminium AlN. La nitruration est un procédé très utilisé en métallurgie (traitement de surface).
L’ion amidure NH2- est la base conjuguée de l’ammoniac.
Les nitrites sont formés avec l’ion nitrite NO2-.
Les nitrates sont les sels formés avec l’ion nitrate NO3-.
L’ion nitrate a, comme l’acide nitrique, une configuration particulière. Il est constitué par un cation N+ entouré par trois anions O(-) porteurs d’une charge partielle. Le cation N+ est tétravalent et on peut supposer que ses orbitales sont hybridées sp2. A partir de là, on peut imaginer qu’il entretient une double liaison avec un atome d’oxygène et deux liaisons simples avec des ions O- qui possèdent tous deux un électron célibataire. Mais la nature déteste les dissymétries, particulièrement au niveau quantique. La double liaison N=O va se délocaliser sur les trois atomes d’oxygène, tout comme la charge. Cela fait de l’ion nitrate un ion très stable. Les sels de nitrate sot facilement solubles dans l’eau, la charge de l’ion étant répartie sur toute sa « surface ».
L’azote peut intervenir dans des esters de l’acide nitrique. Ces esters portent également le nom de nitrates :
Dans le cas d’un alcool primaire, le composé obtenu est un nitrate d’alkyle (nitrate de méthyle H3C(ONO2), nitrate d’éthyle C2H5(ONO2)…). Les nitrates d’alkyle ont souvent des propriétés explosives lorsqu’ils sont chauffés. La dissociation thermique de la molécule de nitrate produit du dioxyde de carbone et du diazote. C’est la libération de l’énergie de la triple liaison covalente entre les atomes qui constituent le diazote qui produit la détonation. L’exemple le plus typique est celui de la nitroglycérine CH2(ONO2)-CH(ONO2)-CH2(ONO2).
Le nitrate de peroxyacétyle CH3-C(=O)-OO-NO2 (ou peroxyacétyl nitrate, PAN) est une ester de l’acide peroxyacétique CH3-C(=O)-O-OH et de l’acide nitrique. C’est un polluant photochimique responsable de difficultés respiratoires graves.
Les nitrites d’alkyles sont des esters d’alkyle de l’acide nitreux HNO2. Leur formule est RON=O. Le nitrite d’amyle C5H11NO2 (dont la formule développée est (CH3)2CH-CH2-CH2ON=O) est un ester de l’alcool amylique C5H11OH (méthylbutanol) et de l’acide nitreux. C’est un vasodilatateur utilisé en pharmacie.
De par sa configuration électronique, l’azote a des capacités complexantes. L’ammoniac NH3 est une base de Lewis. L’ammoniac et les amines sont des ligands qui interviennent dans de nombreux complexes, comme l’hexaammino cobalt [Co(NH3)6]3+. L’ion NO2- est lui aussi un ligand. On le trouve par exemple dans le sel rouge de Roussin K2[Fe2S2(NO)4]. Le nitritopentaammino cobalt (formule [Co(NH3)5(ONO)]2+) combine ligand ammino et nitrito ONO-. Dans le cas du ligand nitrito, la liaison de coordination est portée par un atome d’oxygène et non par l’atome d’azote. C’est également le cas pour le ligand cyano CN- : c’est l’atome de carbone qui porte la liaison de coordination (tétracyanocuprate [Cr(CN)4]2-). Pour plus de détails, on se reportera au post sur les complexes.
Le rôle de l'azote en chimie organique est détaillé dans un post ultérieur.
post d’introduction à la chimie du vivant
post sur les éléments chimiques
post sur la classification périodique des éléments
post sur l’abondance des éléments dans le corps humain
post sur l’azote dans la chimie organique
post sur l’azote dans la chimie du vivant
post sur les acides et les bases
post sur les éléments nucléophiles
post sur les complexes et les ligands
post sur l’acide carboxylique
post sur les métaux alcalins
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