En grandissant, le sauvage, lui, ne perd jamais son paradis d'enfant à moins qu'il n'en soit chassé de force.
Bruce Chatwin - Anatomie de l'errance
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En grandissant, le sauvage, lui, ne perd jamais son paradis d'enfant à moins qu'il n'en soit chassé de force.
Bruce Chatwin - Anatomie de l'errance
J'ai le sentiment que tout le temps que nous passons, tout le mal que nous nous donnons pour fabriquer et acquérir de nouvelles choses - ce que nous avons ritualisé sous la forme du mythe du Progrès - ne servent qu'à compenser la perte du territoire idéal dont nous nous sommes bannis nous-mêmes.
Bruce Chatwin - Anatomie de l'errance
Les lieux des explorations de notre enfance demeurent dans notre esprit comme un paradis perdu que nous essayons sans cesse de retrouver. La description que donne Proust du jardin du Pré Catelan à Illiers en est l'exemple littéraire le plus consommé.
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Nous sacrifions note liberté d'action pour avoir le privilège d'en être le gardien et, au bout du compte, nous en devenons l'esclave. Toutes les civilisations sont, par leur nature même, tournées vers les chose et leur principale préoccupation est d'assurer leur stabilité en cherchant constamment l'équilibre entre le besoin d'amasser des biens et celui de s'en débarrasser.
Bruce Chatwin - Anatomie de l'errance
[Quand] on regarde les choses en face, y a-t-il quoi que ce soit qui améliore moins la vie qu'une œuvre d'art? Nous nous en lassons. Nous ne pouvons pas la manger. Au lit, c'est un compagnon inconfortable. Nous la conservons en nous sentant contraints de l'apprécier alors même qu'elle a cessé de nous distraire depuis longtemps.
Bruce Chatwin - Anatomie de l'errance
Parfois, ne rêvons-nous pas tous d'abattre nos autels et de nous débarrasser de nos possessions ? Ne contemplons-nous pas avec froideur notre capharnaüm en disant: « Si ces objets expriment ma personnalité, alors je déteste ma personnalité» ?
Bruce Chatwin - Anatomie de l'errance
L'envie douloureuse de returner dans le désert est le thème constant du live. Il est facile, ainsi que certains l'ont fait, de considérer Thesiger comme un excentrique anglais démodé ayant à dessein romancé le credo du désert ou de regretter que les nomades n'aient rien ajouté à l'art, à l'architecture ou aux autres fleurons de la civilisation. Mais les origines de celle-ci n'ont rien de très respectable. Les pharaons ont bâti les pyramides grâce à une main d'œuvre d'esclaves. Moïse ramena son peuple dans l'air pur du désert et y vécut sous une tente noire, puis, sentant sa mort venir, il quitta le camp et devint la proie des vautours dans la vallée de Bet-Péor et «nul n'a connu son tombeau».
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Thesiger ne cache pas sa conviction selon laquelle le monde héroïque des pasteurs nomades est plus beau - moralement et physiquement - que la vie des civilisations sédentaires : « Tout ce qu'il y a de mieux chez les Arabes est venu du désert. » (En effet, le mot arabe signifie « celui qui vit sous la tente » et s'oppose au hazar, « celui qui vit dans une maison » - ce qui impliquait à l'origine que ce dernier était rien moins qu'humain.)
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