Les angoisses et vertiges du numérique
L’arrivée du numérique amène plusieurs avantages dans la société, mais comprend aussi des angoisses pour certains. En tant qu’utilisateur du Web aujourd’hui, il faut être conscient des dangers du numérique. Que ce soit sur les questions de la confidentialité ainsi que de la sécurité, la vie privée versus la vie publique, les virus et le piratage ou les archives qui sont conservées pendant des années, il y a des risques. Une réflexion importante est donc nécessaire sur mes pratiques et mes angoisses sur les plateformes numériques.
Je me suis alors questionnée à savoir sur quels régimes je laisse le plus de traces numériques. Je comparerai ainsi mon utilisation des algorithmes de Google, Facebook, Twitter et Instagram. De cette manière, je couvrirai l’ensemble des pratiques les plus populaires ainsi que mes pratiques quotidiennes. Il sera aussi possible de se questionner sur tous les autres types d’archives que je laisse, quotidiennement ou mensuellement, sans même m’en rendre compte. Je vais procéder chronologiquement dans l’analyse de mes médias sociaux selon le temps que je suis inscrite sur l’algorithme. De plus, j’ai aussi étudié les cas de trois personnes de mon entourage, âgées de 20 à 30 ans.
Commençons par Google, dont je fais l’utilisation depuis que je suis toute petite, donc depuis que j’ai accès à Internet à la maison. Si je fais une recherche de mon nom sur Google et Google images, je retrouve évidemment plusieurs de mes comptes, tels que Facebook ou LinkedIn qui s’affichent. Aussi, je vois plusieurs liens à certaines de mes pratiques antérieures. J’ai écrit pendant plusieurs années, à titre de journaliste sportive sur des sites Web ou dans le Journal étudiant de mon école secondaire, il est donc normal que j’y aie laissé une trace à cet effet. Dans mes recherches, je retrouve même certains textes écrits il y a plusieurs années et dont je ne me souvenais même pas avoir rédigé.
En ce qui concerne mon sujet #1 et ses traces numériques dans les archives de Google, j’ai réussi à trouver son compte Facebook ainsi que ses coordonnées sur Canada 411, simplement en tapant son nom dans Google. Sinon, je considère qu’il laisse très peu de trace numérique à cet effet puisque j’ai très peu trouvé d’informations sur lui. Il en est de même pour mes sujets #2 et #3, en plus d’avoir trouvé le lien à leur compte Twitter. J’ai même trouvé une photo de mon sujet #2 il y a plusieurs années, je n’étais pas certaine si c’était elle, mais c’était bien elle.
Puis, en ce qui concerne Facebook, dont je suis inscrite depuis le plus longtemps. Lorsque j’étais jeune, mes parents m’ont beaucoup sensibilisé au fait qu’il fallait rester le plus confidentiel que possible sur les médias sociaux donc je ne mettais pas mon vrai âge, je n’ai jamais changé mon année de naissance depuis. Si je regarde mon profil Facebook, j’ai plusieurs informations, telles que mon numéro de téléphone, mes liens pour mes blogues présents et antérieurs, ma ville, mon compte Twitter ainsi que mes études et mon emploi. Au départ, je ne voulais pas mettre mon numéro de téléphone, mais il y a eu un jour que je devais l’indiquer afin de me connecter et de vérifier mon identité. Il est tout de même mis comme « privé ». En ce qui concerne mon nom, mes photos et mes publications, je ne crois pas m’être déjà arrêté à mettre de l’information personnelle, malheureusement. Depuis mon inscription, je n’ai pas de pseudonyme sur cet algorithme. En ce qui concerne les informations personnelles de mes sujets sur Facebook, je vois principalement leur date de naissance, leur ville, leurs études ainsi que leur emploi.
Ensuite, parlons de la plateforme de Twitter. Pour ma part, j’ai toujours émis mes informations véridiques. Si on considère les plateformes de Facebook et de Twitter comme étant plus professionnelles, il est important de mettre les informations les plus sérieuses que possibles. En effet, mon utilisation de Twitter est très rare, je l’utilise lorsque j’ai besoin d’avoir une plus grande portée pour mes projets de types professionnels. Mon sujet #2 n’avait pas de motivation d’utiliser Twitter avant qu’elle soit obligée de se créer un compte dans le cadre d’un de ses cours en communications, mais elle ne met pas beaucoup d’informations en dehors du cadre scolaire. D’ailleurs, elle publie sur toutes les plateformes le minimum d’informations personnelles, elle utilise des pseudonymes, mais publie de vraies photos d’elle.
Puis, avec Instagram, j’utilise un pseudonyme puisque je considère que mon nom est trop long à chercher pour les autres internautes de la plateforme. En ce qui concerne les photos, je mets un peu de tout. Des photos inspirantes, des citations, des photos de moi ou de mes amis, etc… Mes sujets d’études considèrent eux-aussi que les pseudonymes sont mieux sur cet algorithme. Mon sujet #3 mentionne même que lorsqu’il doit obligatoirement utiliser un pseudonyme, il utilise toujours le même puisque c’est comme cela que ses amis le reconnaisse. C’est alors comme cela qu’il définit son identité numérique sur les plateformes sociales (Zahar, 1er février 2018).
Dans l’ensemble, les réseaux sociaux sont très importants dans nos vies. D’ailleurs, mon sujet #1 « considère que l'utilisation des réseaux sociaux est devenue indispensable aujourd’hui. Nous vivons dans une société basée sur la rapidité à avoir accès à l'information et au rapprochement entre chaque personne. J'utilise les réseaux sociaux à tous les jours, et même plusieurs fois par jour. C'est littéralement devenu un mode de vie. »
Il en vient même à nous questionner à savoir si nous sommes cyberdépendants. Pour ma part, je vois une dépendance lorsque l’humain devient au service de sa dépendance, il devient donc asservi. En effet, la société devient au service du numérique et donc sous son emprise (Caccamo, 2014). Elle n’a plus le contrôle de ses pulsions. C’est aussi ce que nous pouvons appeler de la servitude passionnelle (Misrahi, 2005). J’ai posé la question à mes sujets à savoir s’ils se considèrent cyberdépendants. « Je serais capable de me défaire de ces plateformes pour quelques jours voir quelques semaines si il le faut. Je n'ai pas besoin de cela. J'ai plutôt envie à long terme de pouvoir rester connecté sur le monde virtuel pour le divertissement ou l'information » a mentionné mon sujet #1. Mon sujet #3 affirme que « Non, c'est plus par défaut. Tout est centralisé sur le cellulaire (avec internet), donc c'est le meilleur moyen de contact. Mais si je ne le consulte pas ma vie continue à bien aller quand même. Je n'ai aucun problème à aller dans le bois et me déconnecter. »
Pour certains, la notion d’archivage peut effectivement donner quelques angoisses et vertiges. Mon sujet #2 étudie présentement en criminologie et est donc consciente des dangers du numérique et les angoisses qui le compose : « je suis consciente que toutes mes données sont en lignes et dans les archives, mais souvent c’est pour des raisons de sécurité de la part des algorithmes, mais ça me fait quand même angoisser. » En effet, il ne faut jamais oublier qu’une fois les données personnelles publiées, elles ne disparaissent jamais. Elles peuvent se sédimenter et circuler, mais ne s’effacent jamais. Elles s’accumulent au fil du temps, tel que nous avons pu le constater plus haut. (Zahar, 1er février 2018) Pour d’autres, ils acceptent plutôt ce que les transformations technologiques en société peuvent engendrer.
Bref, il faut, sans aucun doute être conscients des risques et dangers du numériques puisqu’il est très facile de faire un mauvais usage des technologies (Caccamo, 2014). C’est pourquoi il est important de rester informé sur les réelles utilisations des données sur les différents algorithmes.
CACCAMO, Emmanuelle, « L’emprise numérique. Comment Internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies de Cédric Biagini », Revue Cygne noir, recension, juillet 2014. En ligne : <http://www.revuecygnenoir.org/recension/emprisenumerique-biagini> (consulté le 01/02/2018).
MISRAHI, Robert. Spinoza Une philosophie de la joie. Paris, Sagesses éternelles, 2005
ZAHAR, Hela, Médias numériques : problèmes et enjeux COM2433, notes de cours, Université du Québec en Outaouais, hiver 2018.