L’homme de la rue, qui est souvent une femme, ne cesse de s’interroger sur l’origine des mots rares qu’on lit dans le journal ou qu’on entend à la radio et à la télé. Or désirant avant tout me rendre utile, j’ai décidé de mettre à leur portée mes connaissances étymologiques puisées aux meilleures sources, en commençant par la première lettre de l’alphabet.
L’antimoine, par exemple. C’est un produit chimique de la famille des répulsifs, qui est d’une redoutable efficacité pour faire fuir les moines, lorsque ceux-ci menacent de dévaster les récoltes. Dégageant une odeur nauséabonde, il s’attaque aux muqueuses de l’anachorète et du cénobite, quand il ne hâte pas la fuite de l’érémite émérite et du chartreux de stricte obédience. Les seuls palliatifs sont alors la prière, le jeûne et l’abstinence. Il n’existe aucun antidote contre l’antimoine. L’antidote lui-même est une petite histoire pittoresque ou mineure, un récit sans prétention historique. Aussi l’historien qui se respecte ne tombe-t-il jamais dans l’antidote.
Penchons-nous maintenant sur l’aborigène. Comme son nom l’indique, c’est un homme (plus rarement une femme) qui vit dans les arbres. Quand il a le temps de répondre – car il n’a pas que ça à faire ! –, il répond le plus souvent au nom de Tarzan. Entre les branches de séquoias millénaires, il construit de modestes chaumières orientées plein sud et des hamacs confortables avec vue imprenable sur la forêt tropicale. Pour rendre visite à ses voisins, il se déplace de liane en liane, profitant des alizés et de l’énergie cinétique. Il vit essentiellement de cueillette de bananes et d’oranges, quand ce n’est pas d’amour et d’eau fraîche. Lorsqu’il descend sur le plancher des vaches, ce qu’il fait rarement, les éléphants se rassemblent à son appel et, pour lui faire bon accueil, l’aspergent de leur trompe en guise de douche.
Il nous faut dire un mot aussi de l’adultère. Comme sa forme le laisse deviner, l’adultère est un exercice strictement réservée aux adultes. Dès lors, on ne saurait trop la déconseiller aux enfants en bas âge. Pratiqué sans vergogne dans certaines sociétés primitives ou anciennes, l’usage en est proscrit dans les tribus christianisées. Bien que Jésus se fît remarquer par une grande tolérance envers la femme adultère, contrairement aux pharisiens désireux de la lapider, l’Église instituée par ses soins ne crut pas devoir suivre son exemple. Curieusement d’ailleurs, l’Évangile ne souffle mot du monsieur avec lequel la dame avait forniqué. À moins qu’il ne se fût trouvé parmi les vieux, qui voulurent lui jeter la première pierre, espérant éliminer ainsi un témoin encombrant ?
L’ânesse de son côté est un nom féminin et pour cause. Elle a connu son heure de gloire grâce surtout à la bible. Celle-ci conte l’histoire d’Ésaü qui, rentrant de la chasse et dévoré par une faim de loup, vendit son droit d’ânesse pour un plat de lentilles à son frère Jacob. Où l’on voit qu’Ésaü était un âne. Moralité : il ne faut jamais vendre son droit d’ânesse avant d’avoir eu la peau de l’ours, voire de l’ourse. Il ne faut pas non plus faire une fixation sur les lentilles. D’abord leur consommation n’améliore nullement la vision. Ensuite, c’est un plat indigeste qui ne représente en aucun cas une contrepartie valable pour un droit d’ânesse.
N’oublions pas non plus l’Adrénaline ! C’est le nom d’une sainte légendaire ayant probablement vécu en Haute Provence sous le Bas-empire. Son hagiographie enseigne que, bébé, elle s’abstint de téter le vendredi, les quatre-temps et les autres jours de jeûne. Dès l’âge de raison, elle allait tous les jours aux offices, y compris les matines, la messe, le catéchisme, le salut et les vêpres. Quand elle montait au sanctuaire de la Vierge, sur le plateau des Vaches Folles, les gens disaient : « Voilà encore monter l’Adrénaline ! ». Entrée en religion, elle se fit d’emblée remarquer par son odeur de sainteté. Elle est vénérée dans un sanctuaire cévenol où le pèlerin peut admirer une châsse contenant une dent miraculeusement préservée de l’injure du temps. On l’invoque non sans résultat contre les poussées de fièvre et les abcès dentaires. Tardive et populaire, la prononciation Andrée Naline, n’est pas retenue par l’Académie.
Enfin, d’où vient le mot anarchie ? Il est composé d’anar- et de –chie, qui rivalisent en offense de la bienséance. Déjà l’anar est chargé des pires souvenirs de Mai 68 : amphis, bureaux et couloirs de la Sorbonne furent les témoins impuissants des propos et exactions les plus débridés des anars, ce qui incita le Général à parler de chienlit. La terminaison -chie ne vaut pas mieux, puisqu’elle évoque de manière vulgaire le dernier stade de la digestion, lequel n’a pas sa place dans un haut-lieu consacré à la sécrétion exclusive de la pensée et des mots qui l’expriment. (à suivre)
Après un tableau
Une sculpture
Après une sculpture
Un tableau
Anti-anatomique
Trait de vie sur une toile morte
Extravagant
Je voudrais être peintre !
J’ai dans mon tiroir des esquisses de bateaux
Je n’ai réussi que les marines
Nous sommes les primitifs d’une ère nouvelle
Egypte art synthétique
Mouvement
Excès de lignes
Bas-reliefs de Thèbes et de Memphis
Partir en Egypte
Comme Pythagore
Philo…