APOSTLE (2018) Lorsque le réalisateur Gareth Evans quitte son acteur-fétiche Iko Kuwais et sa zone de confort combative -l’homme était derrière MERANTAU (2009) et les deux THE RAID (2011-2014), c’est pour se tourner vers un autre genre auquel il avait déjà cédé avec un segment horrifique -Safe Heaven- de V.H.S. 2 (2013): exclusivité NETFLIX, on espère que APOSTLE vaudra au moins l’excellente surprise qu’était ERREMENTARI (2018). On se retrouve donc au début du XIXème siècle, où Thomas -un vagabond accro au laudanum- est envoyé sauver sa sœur, apparemment kidnapée par une mystérieuse secte occupant une île -plus ou moins- déserte: un bon début de récit d’aventure, où l’anti-héros va découvrir le lifestyle plutôt sévère de ses occupants, toujours à deux doigts de la mort de par son arrivée incognito parmi les fanatiques. APOSTLE est prophétique, et même si certains fils blancs de l’intrigue sont trop visibles, on se sait jamais où le film va nous emmener: varié et violent, dur de le catégoriser. Des scènes marquantes et cruelles, très réalistes, nous montrent à quel point l’île et sa mystérieuse “déesse” ont décliné, loin d’un idéal de vie autrefois chéri comme le Paradis sur Terre. Entre chasse à l’homme -Thomas sera traqué pendant toute la seconde moitié de APOSTLE- et déviances de la communauté -la torture punitive, luttes et abus de pouvoirs-, la première heure du long-métrage nous égare un peu, nous qui découvrons simultanément avec l’anti-héros les règles et secrets de l’île. Autant de scènes originales que de styles donc, qui font de APOSTLE un étrange bouillon où l’on aurait jeté COLD SKIN (2017), THE WITCH (2015), THE WOMAN IN BLACK (2012) et l’inoubliable THE RUINS (2008): pourtant, Evans se démarque, laissant probant ce qu’ailleurs aurait pu passer pour de la gratuité. Séquence quasi torture-porn -c’est souvent gore- avec un Thomas sur le point d’être réduit en bouillie par un individu masqué comme sorti d’un SILENT HILL (2005), ou moment creepy-fantastique avec cet échange mère-fils sous prétexte d’”héritage païen”, APOSTLE surprend mais se savoure réellement post-visionnage: très généreux, interdit aux moins de 18 ans et en sus doté d’un unhappy-ending fort logique, on ne sait pas trop quoi en penser -pas en mal, du moins-. Serait-ce justement le tour de force d’un réalisateur autrefois cantonné sur l’exploitation du Pencak-Silat, qui parvient à transcender son identité cinématographique au profit d’une originalité rare? Ben oui, on s’attendait pas du tout à ça -NETFLIX, changez vos résumés pourris de films-! Du coup, c’est OUI pour APOSTLE, qui s’ajoute aux exclus NETFLIX qui valent le coup: bien vu, m’sieur Evans! APÔTRE /20














