Musée Jacquemart-André
Le baron Georges Eugène Haussmann, préfet de la Seine sous le Second Empire, intenta (c'est connu) de nombreux travaux de modernisation de la capitale, incluant restructuration d'anciens quartiers, création de nouveaux et percements de larges boulevards. L'un de ceux-ci, au nord-ouest de Paris, porte son nom, bordé de constructions datant de sa réalisation: de longues rangées d'immeubles de rapport -depuis nommés "haussmanniens"- ainsi que de riches hôtels particuliers construits pour des membres de la haute bourgeoisie d'affaires de la seconde moitié du XIXème siècle. Au n°158 s'élève un de ceux-ci, derrière une haute terrasse, en retrait par rapport à la chaussée, attirant ainsi l'attention.
Édouard André, héritier d'une grande fortune immobilière familiale, proche de Napoléon III, ayant servi dans sa garde personnelle après Saint-Cyr, fit élever cet hôtel particulier par l'architecte Henri Parent (dont le projet du nouvel Opéra de Paris vient de lui échapper au profit de Charles Garnier). Depuis 1876, il présente sur le boulevard une large façade agrémentée d'un avant-corps central arrondi aux pilastres corinthiens, inspiré par le Petit Trianon de Versailles. Nélie Jacquemart, jeune peintre portraitiste, épouse Édouard André en 1881, quelques années après l'avoir rencontré pour lui dresser le portrait. Déjà collectionneur d'art, directeur de La Gazette des Beaux-Arts et de l'Union centrale des arts décoratifs, il trouve en Nélie Jacquemart une âme-sœur, partageant la même sensibilité artistique. Il étoffent alors leur collection d'objets d'art, de sculptures et de peintures anglaises, hollandaises et de primitifs flamands, agrémentée par Nélie de nombreuses toiles de la première Renaissance italienne, dont le fameux Saint-Georges terrassant le dragon, de Paolo Uccello. S'y adjoignent des œuvres courant du XVème au XVIIIème siècle, de Mantegna, Tiepolo, Canaletto, Donatello, Botticelli, Rembrandt, Van Dyck, Boucher, Fragonard... A la mort d'Édouard en 1894, son épouse continue ses acquisitions artistiques à l'occasion de voyages, réorganisant l'exposition des œuvres jusqu'à la figer dans le temps. En effet, peu avant sa mort survenue en 1912, Nélie Jacquemart fait part dans son testament de sa volonté de léguer l'hôtel particulier dont elle a hérité, ainsi que toutes ses collections, à l'Institut de France, afin d'en faire un musée, à la condition toutefois que ses aménagements demeurent inchangés. Sa volonté respectée, le nouvellement créé musée Jacquemart-André fut inauguré en grande pompe le 8 décembre 1913, en présence du président de la République Raymond Poincaré. La disposition est restée la même depuis plus de 100 ans, ce qui nous permet de parler aujourd'hui d'accrochage "archéologique". L'entreprise Culturespaces gère le lieu depuis 1996, ayant organisé ces dernières années de nombreuses expositions temporaires à grand succès.
La façade sur cour, entourée par un mur en hémicycle, n'était visible que par les invités ayant franchi le porche opposé, donnant sur l'ancien square de Messine. Elle l'est aujourd'hui par les visiteurs du musée.
De part et d'autre de l'escalier menant à son porche d'entrée percé de baies en plein cintre et orné de quatre colonnes ioniques, se trouvent deux statues de lions assis, quelque peu érodés et noircis par la pollution. Ils furent totalement nettoyés et restaurés à l'occasion d'une longue fermeture du musée en 2020, confinement oblige... (cette photo date de décembre 2018)
Crédits : ALM's














