La Tour de 300 mètres, la Dame de Fer, le phare de Paris, la plus grande antenne de France... Ce monument ne manque pas d'épithètes! Cette eiffelesque tour autoportante, de 300 mètres de hauteur à l'origine, fut édifiée en un temps record de 2 ans, 2 mois et 5 jours, par 250 ouvriers. Elle est devenue au fil du temps le symbole de Paris, puis, par corollaire, de la France. À l'âge respectable de 133 ans, elle vient récemment de pousser de quelques mètres encore.
l'Exposition universelle de 1889 fut organisĂ©e sur le Champ de Mars et ses abords, dans le but de commĂ©morer le centenaire de la RĂ©volution française d'une part, et de glorifier l'industrie française d'autre part. En amont, un concours fut organisĂ© en 1886, pour dĂ©signer le responsable d'opĂ©rations du clou de cette exposition, devant Ă©galement faire office de porte d'entrĂ©e principale. Le premier projet retenu, dĂ» Ă Jules Bourdais, consistait en une tour monumentale de 300 mètres, en granit, avec un sĂ©maphore au sommet, tel un gigantesque phare. La volontĂ© première Ă©tait de s'Ă©lever plus haut encore que l'obĂ©lisque de Washington, Ă©tant depuis 1885, avec ses 169 mètres, la plus haute construction humaine au monde. Après Ă©tude de faisabilitĂ©, le projet fut rapidement Ă©cartĂ©, majoritairement pour cause de fondations trop lourdes, d'autant plus sur le terrain prĂ©vu, au bout du Champ de Mars, en bord de Seine, prĂ©sentant une couche sableuse se gorgeant d'eau rapidement. Arrivent alors Maurice Koechlin et Émile Nouguier, deux ingĂ©nieurs de l'entreprise fondĂ©e par Gustave Eiffel, spĂ©cialisĂ©e dans la construction des ponts en fer (notamment le viaduc de Garabit, dans le Cantal), ainsi que dans les ossatures en fer des statues (comme la Statue de la LibertĂ© Ă©clairant le monde, conçue en France l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente, avant d'ĂŞtre offerte Ă New-York). Leur projet est d'Ă©lever une tour en forme de pylĂ´ne, Ă l'architecte inspirĂ©e des haubans des ponts conçus par Eiffel. Une telle structure, en fer puddlĂ© (Ă savoir une fonte très fortement dĂ©carburĂ©e, provenant des forges et aciĂ©ries Lorraines Dupont & Fould), bien plus lĂ©ger que la pierre, permet d'envisager une tour de 300 mètres de hauteur. L'architecte Stephen Sauvestre affine le projet, projetant des piles de maçonnerie Ă la base des quatre piliers porteurs de la tour, des plate-formes aux 1er et 2ème Ă©tages, un campanile au sommet (rappelant la vocation initiale de phare), ainsi que des dentelles de fer architecturĂ©es, sans aucune autre vocation que l'esthĂ©tisme. Gustave Eiffel approuve le projet, le gouvernement français itou; il n'y a plus qu'Ă mettre en branle le chantier.Â
Nous l'avons dit, il s'agit, avec le recul, d'un chantier extrêmement court dans la durée, par rapport aux proportions finales de la tour et à la nature du terrain, bien qu'il prit finalement plus du double de temps que ce qu'Eiffel annonça en janvier 1887 à Édouard Lockroy, le ministre du Commerce et de l'Industrie de l'époque. Les usines des entreprises Eiffel, situées à Levallois-Perret, fabriquent et assemblent à l'avance plus de la moitié des 18 038 pièces de fer composant l'ossature de la tour, à l'aide de plus de 2 500 000 rivets, posés à chaud in situ, afin de fixer toutes les parties entre elles (le fer se rétractant en se refroidissant). La Tour Eiffel est de fait un monumental Meccano ! Les monteurs de ce puzzle de métal démesuré sont appelés les voltigeurs. Sous la conduite de Jean Compagnon, ils s'élèvent à des hauteurs jamais atteintes auparavant sur une structure artificielle. Certaines grèves d'ouvriers retardent le chantier (notamment à propos de la reconsidération salariale par rapport aux risques pris par ceux-ci), mais aucun accident mortel ne sera finalement à déplorer (nonobstant un pauvre hurluberlu, voltigeant devant sa fiancée à 50 mètres au-dessus du sol, au bout d'une poutre, sans autorisation ni assurance, un dimanche non travaillé, après avoir quelque peu festoyé... Vous imaginez la chute...) Le 31 mars 1889, date de naissance officieuse de la Tour Eiffel, l'infrastructure générale est achevée, et à l'occasion d'une grande fête de fin de chantier, Gustave Eiffel invite de nombreux notables à son ascension, au moyen d’un escalier hélicoïdal, devenu iconique, de 1665 marches, les asenceurs hydrauliques n'étant pas encores fonctionnels (cet escalier sera finalement démonté en 1986, pour raisons évidentes de sécurité, puis vendu aux enchères par tronçons, l'un d'eux, de 4m50, demeurant malgré tout exposé sur la plateforme du 1er étage). Le 6 mai 1889, l'Exposition universelle est inaugurée, mais il faudra attendre une semaine encore le terme des travaux de finition. Le 15 mai, la Tour est officiellement ouverte au public! Public qui -majoritairement- s'enthousiasme: une prouesse architecturale de 300 mètres de hauteur (qui restera la plus haute structure du monde pendant quarante ans, jusqu'à l'achèvement de la Chrysler Building de New-York en 1930), un carré parfait de 125 mètres de côté à la base, 7300 tonnes de charpente métallique pour un poids total de "seulement" 10 100 tonnes, c'est à dire le poids d'un immeuble haussmannien typique, de 6 étages (tout comme la Tour, d'ailleurs, qui en comporte également six, mais pas exactement des mêmes proportions...) Cependant, nombreux sont ses détracteurs, comme ce collectif d'artistes, fondé avant le creusement même des fondations de la Tour, s'élevant contre le projet de cette nouvelle "Tour de Babel" de l'industrie, protestant contre une architecture jugée outrancière, propre à défigurer le visage de la capitale... Qu'importent les jérémiades de ces grands noms de l'art et de la culture (aux rangs desquels Guy de Maupassant, Émile Zola et Charles Garnier), la Tour Eiffel se dresse bien là ... mais pour un bail de vingt ans seulement !
Tout comme nombre de constructions vouées aux expositions universelles, la nature temporaire de ces bâtiments les destine à une existence éphémère, bien souvent démontés dès la fin de l'exposition, ou, avec de la chance, dix ou vingt ans plus tard, comme la Galerie des Machines, à l'autre bout du Champ de Mars, démantelée en 1909 (cf. article précédent). La Tour Eiffel aurait pu subir le même sort, si son entrepreneur ne lui avait pas également donné une vocation scientifique. En effet, dès son achèvement, Eiffel est conscient de son potentiel scientifique. Ainsi, il fait inscrire sur le bandeau courant tout autour du premier étage 72 noms de savants (18 sur chaque face) en lettres capitales dorées, tous ayant opéré entre 1789 et 1889. Une petite station d'observation météorologique est installée au 6ème et dernier étage de l'édifice, alors le point culminant de l'Île-de-France. Dix ans plus tard, la première liaison téléphonique hertzienne est établie en partant du haut de la Tour pour rejoindre le Panthéon, distant de 4km. Encore dix ans plus tard, une soufflerie est installée au pied de la Tour, pour essais d'aérodynamisme sur des modèles réduits de ce qu'on appelait encore les "plus lourds que l'air" (le terme d'avion ne s'étant pas encore généralisé). Mais c'est bien la TSF qui sauvera la Tour de la destruction. Eiffel finance l'installation d'un poste de télégraphie sans fil au sommet de sa Tour, afin de permettre au capitaine Gustave Ferrié d'établir un réseau télégraphique efficace, sans financement de l'armée (alors encore empêtrée dans ses signaux optiques à distance et ses pigeons voyageurs...) Une antenne remplace alors le drapeau français du sommet (fiché par la volonté de Gustave Eiffel dès la fin de l'année 1889, portant la hauteur de l’édifice à 312 mètres). Après des essais concluants, l'État juge la Tour comme intérêt stratégique et prolonge sa concession de 70 ans! Et bien lui en fit, car la station TSF-Eiffel permit de déjouer l'attaque allemande sur la Marne, en septembre 1914, en captant des messages ennemis. Elle permit aussi de compromettre l’espionne Mata Hari, en 1917, en interceptant un câble allemand... En 1921, l'antenne devient publique et permet d'émettre les programmes de Radio Tour Eiffel. Dès 1925, les premières émissions radiotélévisées françaises sont émises depuis cette même antenne, puis démocratisées dans les années 30. Ces années de l'entre-deux-guerres voient la Tour troquer ses illuminations nocturnes d'origines, faites de fumigènes et chandelles, complétées par 10 000 becs de gaz (remplacés en 1900 par autant d'ampoules électriques), pour de grandes enseignes publicitaires, œuvres de la "fée électricité", tel Citroën dans les années 20, y arborant sa réclame en lettres de feu démesurées. Sous l'Occupation, la Wehrmacht y installe le seul émetteur de radiodiffusion ayant opéré en Europe pendant la Guerre. Un faisceau de guidage aéronautique y est également fonctionnel, à l'intention des avions allemands. À la Libération, les américains y installent une station radar, remplacée en 1952 par un phare aéronautique de balisage, en remplacement de celui du Mont Valérien, détruit pendant la guerre. Consistant en 4 projecteurs tournoyant autour des quatre points cardinaux (la Tour ayant ses piliers formant une rose des vents primaire), en un signal ininterrompu, celui-ci pouvant porter jusqu'à 300 km par temps clair, faisant fi du relief. Remplacé dans les années 80, lors d'une grande campagne de rénovation et d'allègement de la Tour (sa fréquentation évoluant en flèche, le tourisme international se développant en masse), les projecteurs actuels, d'une portée de "seulement" 100 km, n'ont plus qu'une visée symbolique. Entre temps, sont installés à l'intérieur 352 projecteurs au sodium, l'illuminant d'une douce couleur safran à la nuit tombée, toujours opérationnels aujourd'hui (causant chaque année des discussions sans fin opposant la société privée exploitant la tour à la Mairie de Paris, à tendance écolo, concernant la consommation électrique annuelle du monument...)
Retour dans le temps : en 1959, année de pérénnisation de la concession, la télévision française évoluant, un nouveau mât de télédiffusion fait grandir la Tour, atteignant alors les 320,75 mètres. En 2000, de nouvelles antennes la placent à 324 mètres au-dessus du sol. À l'occasion des festivités liées aux célébrations du passage à l’an 2000, s'y adjoint un réseau de 20 000 ampoules stroboscopiques clignotant de l'extérieur mais aussi de l'intérieur du monument, créant un scintillement de 10mn à chaque heure, dès la tombée de la nuit jusqu'à minuit, en toute saison (durée réduite à 5mn en 2009, pour raison d'économie d'énergie, la crise de 2008 étant passée par là ...) En 2005, le premier émetteur TNT français y est placé, portant à 116 le nombre d'antennes herissant sa coiffe. Le mois dernier, une nouvelle antenne de 6 mètres vient la couronner, compatible avec le réseau DAB+, héliportée depuis le Champ de Mars, faisant désormais atteindre les 330 mètres !
Un petit mot sur sa couleur, à présent : elle évolue au fil des repeintes, opérées tous les 7 ans. Rouge Venise à l'origine (couleur de la peinture antirouille encore en cours d'application au moment de son ouverture), elle passe rapidement au brun-rouge, puis à l'ocre-brun en 1900, au jaune-brun en 1907 (couleur voulue par Gustave Eiffel), jusqu'en 1954 où elle devient rouge-brun, rappellant sa couleur originelle. En 1968, une couleur est spécialement conçue pour elle, le "brun Tour Eiffel", d'une teinte rappelant le bronze, afin de l'uniformiser au paysage urbain parisien... À l'occasion de l'actuelle campagne de repeinte, la vingtième (et première campagne de décapage total, car 60 tonnes de peinture à chaque fois, ça commence à alourdir quelque peu), commencée il y a 3 ans et s'achevant cette année, la Tour prend désormais une nuance jaune-brun, rappelant sa couleur historique de la 1ère moitié du XXème siècle. Sa couleur nocturne change, nous l'avons vu, grâce aux projecteurs la dorant. Elle peut également changer de couleur ponctuellement, par le biais de projecteurs extérieurs, en fonction d'événements nationaux ou internationaux, la transformant pour l'occasion en porte-étendard, aux drapeaux projetés sur le mât ! Rouge écarlate pour le Nouvel An Chinois, Rose pour soutenir la campagne "Octobre Rose", verte pour l'adoption de l'Accord de Paris sur le climat, bleue pour la Journée de l'Europe, avec les 12 étoiles jaunes en plus à l'occasion de la présidence française de l'Union européenne, bleu-blanc-rouge en soutien aux victimes des attentats sur le sol français, aux couleurs du drapeau belge suite aux attentats de Belgique, du drapeau de l'Afrique du Sud en hommage à Nelson Mandela, aux couleurs de l'arc-en-ciel suite à la tuerie homophobe d'Orlando, noire en signe de deuil national...
Outre le vaste salon Gustave Eiffel (privatisable pour les évènements professionnels), quelques animations ludo-scientifiques et expositions temporaires sur la plateforme du 1er étage, bordé à l'intérieur par une chaussée en verre donnant l'impression, tout comme au Grand Canyon, de marcher au-dessus du vide (prouesse technique réalisée par l'entreprise Saint-Gobain en 2014), les principales attractions touristiques de la Tour Eiffel sont bien ses restaurants. Des premiers buffets datant de son inauguration (4 majestueux pavillons en bois, démolis à l'occasion de l'Exposition Internationale de 1937) au futur restaurant devant ouvrir à la fin du mois prochain (Madame Brasserie, sous la houlette du chef Thierry Marx) de nombreuses brasseries se sont succédé au 1er étage, d'Altitude 95 (pour 95 mètres au-dessus du niveau de la mer), jusqu'au 58 Tour-Eiffel (soit la hauteur du piano de la cuisine par rapport au niveau du sol). Au 2ème étage, le restaurant gastronomique Le Jules Verne, remanié en 2019 sous la direction de Frédéric Anton, propose, sur une plateforme de 500m2 suspendue à 123 mètres de hauteur (soit 8 mètres au-dessus du 2ème étage), une vue à couper le souffle sur la capitale, dans un cadre hautement privilégié. On peut y accéder directement depuis le parvis, au pied du pilier sud, via un ascenseur privé avec liftier, sans passer par la file d'attente des visiteurs. Pour une expérience exceptionnelle, mieux vaut opter pour un dîner après la tombée de la nuit, afin de profiter du scintillement horaire. On a alors vraiment l'impression d'étinceler de l'intérieur! Au 3ème étage, au niveau de l’observatoire (la plus haute plate-forme d'observation d'Europe, signalons-le), le bar à champagne géré par Alain Ducasse offre également une expérience pétillante, à 279 mètres au-dessus du sol. N'oublions pas le bar à macarons du 2ème étage (aux recettes inspirées par la grande dame, en association avec Pierre Hermé), ni les guérites des snacks de son parvis, aujourd'hui enceints par un vaste quadrilatère barriéré, installé en 2018, tragique conséquence des non moins tragiques attentats de Paris en 2015. Vitrés pare-balles de deux côtés, des palissades en fer forgé des deux autres rappellent l'architecture de la Tour, au 1/100ème, soit 3,24m, hauteur rendue caduque par l'adjonction de la dernière antenne élevant la tour à 330m. La politique sécuritaire de l'actuel gouvernement français nous permettrait peut-être de souligner également l'apparente caducité de cette barrière, emprisonnant l'accès au parvis public de ce monument privé, tout en réduisant considérablement la chaussée alentour...
À quelques mètres du pilier ouest, sur un monticule cerné de grottes artificielles d'où s'écoulent des cascadelles nourrissant un bassin où frayent des carpes koï, des canards le partageant avec un héron occasionnel, parmi plusieurs arbustes d'ornement, proche d'un platane bicentenaire, se trouve une autre tour, d'une dizaine de mètres de hauteur, en brique rouge au chapiteau crénelé, vestige de l'ère industrielle en général et de la construction de la Tour Eiffel en particulier. Selon l'hypothèse la plus communément admise, il s'agirait d'une cheminée d'évacuation des fumées liées à la machinerie des vérins hydrauliques utilisés lors de la construction des quatre piliers portants. En effet, les fondations maçonnées sur des socles en béton nécessitaient l'usage de vérins hydrauliques afin d'ajuster l'orientation des piliers, au fur et à mesure de leur élévation, moyennant boîtes à sables, pour que ceux-ci puissent correctement se rejoindre au niveau du premier étage. Cette technique de construction a généré une véritable croyance populaire, à savoir que les piliers de la Tour reposaient toujours sur des vérins hydrauliques, afin d'éviter qu'elle ne s'enfonce dans le lit de la Seine! Comment naissent les légendes urbaines...
Tour de tous les superlatifs, icône touristique à la fréquentation toujours très forte (sauf en 2020, où la pandémie l'a fait fermer plusieurs mois durant), cette belle dame est entrée dans l'inconscient collectif comme l'image consacrée de la capitale, représentative d'une certaine grandeur de la France. Plusieurs répliques ou imitations ont été construites de par le monde, de la tour antenne-radio de Lyon à la tour de 165m de l'hôtel Paris à Las Vegas, en passant par la tour de Minato, à Tokyo, toujours plus haute que sa "grande" sœur, sa flèche culminant à 332,6m. Inspiration artistique pour de nombreux peintres et photographes dès sa construction (voir le fameux montage photographique des différentes étapes de son élévation, par Henri Roger), elle inspira également les poètes (Blaise Cendrars, Louis Aragon, un calligramme de Guillaume Apollinaire...), les écrivains (Pierre Mac Orlan, Roland Barthes, Umberto Eco...), les chansonniers puis auteurs-compositeurs (Jacques Hélian, Charles Trenet, Léo Ferré, Jacques Dutronc, Pascal Obispo...) Mais c'est bien vers l'audiovisuel qu'il faut se tourner pour avoir les représentations les plus marquantes.
À la télévision, hormis son image souvent utilisée dans plusieurs clips ou publicités, de nombreux événements s'y cadrant ont été retransmis en direct, notamment de grands concerts. En 1962, Darryl F. Zanuck organise un grand spectacle, à l'occasion de la sortie en France du film Le Jour le Plus Long, avec défilé militaire sur le parvis, meeting aérien exceptionnel, concert au 1er étage avec Édith Piaf et Mireille Mathieu chantant devant 25.000 spectateurs... En 1966, Georges Brassens et Charles Aznavour y chantent à l'occasion d'un concert soutenant une vaste campagne d'aide contre la faim. Jean-Michel Jarre s'y produit en 1995, pour commémorer les 50 ans de l'UNESCO. En juillet 1998, pour fêter la victoire de la France à la Coupe du Monde de football, plusieurs festivités y ont lieu, dont un concert des "3 Ténors", donné au pied de la Tour devant 200.000 personnes. Mais l'image qui reste gravée dans les mémoires est celle du concert de Johnny Hallyday en juin 2000, devant un spectacle pyrotechnique éblouissant, réunissant 600.000 personnes sur le Champ de Mars! Mentionnons encore le devenu traditionnel feu d'artifice du 14 juillet, lancé soit depuis l'esplanade du Trocadéro, outre-Seine, soit depuis la Tour en elle même, devenant alors une rampe de lancement démesurée pour tous feux et effets pyrotechniques grandioses. Depuis 2013, il est précédé par un concert classique à son pied, permettant de patienter en musique. Hier encore, une foule en liesse se réunissait sur le Champ de Mars afin de célébrer la réélection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République française.
Hautement cinégenique, elle fascine les cinéastes depuis la naissance du cinéma, quelques années seulement après la sienne. Du Panorama de l'ascension de la Tour Eiffel, de Louis Lumière, à Angel-A puis Adèle Blanc-Sec, de Luc Besson, en passant par L'Exposition de 1900, de Georges Méliès, Fantômas, de Louis Feuillade (où Fantomas s'érige en maître de la Tour Eiffel), Paris qui dort, de René Clair, Les Mystères de la Tour Eiffel, de Julien Duvivier, Zazie dans le Métro, de Louis Malle, Les Uns et les Autres, de Claude Lelouch... La Tour a toujours été une grande source d'inspiration pour les réalisateurs français, mais aussi internationaux, plus particulièrement américains, participant ainsi à son érection en tant que symbole de Paris et de la France. Dans Ninotchka, Ernst Lubitsch met en scène une aventure sentimentale au sein de la Tour Eiffel, grandissant au fur et à mesure que les personnages gravissent les étages. Dans L'Homme de la Tour Eiffel, Burgess Meredith réalise une enquête du commissaire Maigret, où un crime est commis dans la Tour. Dans Drôle de Frimousse, Stanley Donen fait chanter et danser Fred Astaire et Audrey Hepburn au 1er étage de la Tour, sur l'immortel "Bonjour Paris !" Loïs Lane est sauvée par Superman d'un ascenseur piégé en chute libre du 3ème au 2ème étage dans Superman II, de Richard Donner; Grace Jones est poursuivie dans les escaliers puis dans un restaurant (reconstitué en studio) par Roger Moore dans le James Bond Dangereusement Vôtre, avant que celui-ci ne s'élance du 1er étage en deltaplane; elle est escaladée par Mimi-Siku dans Un Indien dans la ville ; Ewan McGregor s'y suspend comme à un réverbère à son échelle, dans une chorégraphie pétulante du Moulin Rouge! de Baz Luhrmann; Jackie Chan utilise le treillis métallique des entrailles de la Tour pour servir un de ses combats dans Rush Hour 3 ; le rat Rémi a les yeux qui pétillent en même temps qu'elle dans le film d'animation Ratatouille; les Men in Black visitent son sommet, tout comme les protagonistes du film Le Loup-garou de Paris, décidant d'y sauter à l'élastique après sa fermeture, rendant ainsi hommage aux nombreux exploits sportifs (publics ou privés) ayant utilisé l'infrastructure Eiffel comme plate-forme de saut ou piste de lancement... Elle sera aussi bien souvent détruite, dans de nombreux films catastrophe ou de science-fiction, tels La Guerre des Mondes, Independance Day, Mars Attacks!, Armageddon, Team America: police du monde, Le Jour d'Après, G.I. Joe, 2012... La plus belle "destruction programmée" du monument se trouve dans le film de 2015 À la Poursuite de Demain, des Studios Disney. Le héros, Frank Walker (interprété par George Clooney), a construit en secret un téléporteur depuis son garage aux États-Unis, menant directement au "Spectaclon", une attraction factice sise en lieu et place du bureau de Gustave Eiffel au 3ème étage (en réalité plus une reconstitution de type "musée de cire"). Une commande cachée active une porte secrète permettant le déploiement d'une fusée, enterrée sous les fondations de la Tour, s'ouvrant en quatre à cette occasion, dans l'alignement de ses piliers, se transformant en une énorme rampe de lancement. Cette fusée fait -dans le scénario- office de moyen de transport de secours pour rejoindre le monde de Tomorrowland, solution imaginée par Eiffel, Thomas Edison, Nikola Tesla et bien sûr Jules Verne, chantre du futurisme à la fin du XIXème siècle, anticipateur de génie auquel ce film rend hommage. Le récent biopic Eiffel, de Martin Bourboulon, avec Romain Duris dans le rôle de Gustave, revient à l'origine de la Tour éponyme, car il est toujours plus intéressant de voir un si beau monument se construire plutôt qu'être détruit, n'est-ce pas ?