FREDERIC BEDOR (52 Ancestors #20)
Week 20 (May 14-20) – Black Sheep: Each of us has an ancestor who was the troublemaker or the ne’er-do-well. This is their week.
Frédéric Arsène Bédor n'est pas un ancêtre direct, mais c'est le deuxième époux de mon arrière arrière grand-mère, Elise Drumel, qui était l'ancêtre à l'honneur pour la 12ème semaine du challenge de 52 Ancêtres.
Dans cet article, je disais que la seule chose que je savais sur Frédéric Bédor, c'est que mon arrière grand-mère, Madeleine Marchal, fille d'Elise Drumel et de Victor Marchal (premier mari d'Elise Drumel), n'avait pas du tout apprécié le remariage de sa mère.
Frédéric Bédor m’a toujours intrigué. J’imaginais un vieux monsieur plutôt riche qui avait “séduit” Elise. Mon grand-père n'avait rien pu m’apprendre sur ce mystérieux personnage.
A tout hasard, j'ai décidé de faire une recherche sur gallica.bnf.fr sans penser trouver quoique ce soit sur ce monsieur Bédor. Et bien, ça a été tout le contraire!!
Tout d'abord, je suis tombée sur un article du journal "Le XIXe siècle" du 26/02/1894, titré "Evadé de Villejuif ", qui relate l'arrestation à Paris d'un homme qui s'était échappé depuis deux jours de l'asile de Villejuif où il était interné depuis 10 mois. Cet homme, précise l'article, nommé Frédéric Bédor, était un ancien étudiant à Troyes âgé de 29 ans.
La similitude des noms m'a décidé à consulter les archives de l'Aube, et en me basant sur le fait que ce Frédéric était étudiant à Troyes, j'ai fait le pari de chercher dans les registres de Troyes. Et Bingo! J'ai trouvé l'acte de naissance de Frédéric Arsène Bédor, né le 31 décembre 1864. Et cerise sur le gâteau, sur l'acte était inscrit en marge, son mariage avec mon ancêtre Elise Drumel le 11 février 1908! On était bien loin du vieux monsieur riche!
Quelles étaient les possibilités pour que deux Frédéric Bédor, venant tous deux de Troyes, soient deux personnes différentes? Il me fallait quand même trouver un moyen de m'assurer que le jeune homme échappé de l'asile et l'époux de mon arrière arrière grand-mère était la même personne.
Je suis donc retournée sur Gallica.bnf.fr pour poursuivre mes recherches. D'autres articles de faits divers parlaient de Frédéric. Il avait déjà fait deux tentatives de suicide, et c'était son deuxième séjour à l'asile quand il s'en est enfui.
J'ai également trouvé plusieurs articles sur le meurtre d'un Henri Bédor qui n'était autre que le frère ainé de Frédéric. Pour m'en assurer, je suis retournée sur le site des archives de l’Aube, où j'ai trouvé l'acte de naissance de Henri, né le 27 octobre 1860 à Troyes des mêmes parents que Frédéric: Pierre Gustave Bédor, médecin, et Hélène Agnès Cornélie Meinecke.
Le soir du 13 mars 1906, Henri Bédor, maroquinier, est retrouvé mort chez lui (où se trouvait aussi son atelier), transpercé de coups d'épée.
Cet horrible meurtre, aussi appelé ''le crime de la Rue Saint-Maur'', a passionné les gens à l'époque. Les journaux se sont emparés de l'histoire, car on ignorait qui avait commis le meurtre et pourquoi.
photo tirée du journal le Petit Parisien du 26/07/1906 (numéro 10863) vue 1/6
C'est Frédéric qui découvre le corps de son frère. Tout le monde sera soupçonné, de la jeune veuve, Cécile Becker (20 ans de moins que son défunt mari), qui avait épousé Henri trois ans auparavant, à Frédéric, en passant par l'associé de Henri, Paul Charles, la bonne et les anciens employés de Henri... Tout le monde sauf celui qui avait vraiment commis le meurtre: Auguste Mathieu, le chauffeur et homme de confiance de monsieur Bédor.
Le mobile, que l'on pensait ne pas être le vol, s'est révélé être exactement cela. Mathieu voulait se marier et il avait besoin d'argent pour tenir les promesses extravagantes faites à sa fiancée et à ses futurs beaux-parents. Le mariage approchant, il décida de tuer son employeur, à qui il n'avait pourtant rien à reprocher, prit la clé du coffre-fort, en profita pour y voler de l'argent, et remis la clé dans la poche du mort. Les dépenses qu'il fit les jours suivants et son attitude, finirent par attirer les soupçons sur lui et conduisirent à son arrestation.
Il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Si vous voulez lire les articles au sujet de toute cette triste affaire, voici quelques liens:
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2872878/f5.zoom.r=frederic%20arsene%20bedor.langFR
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k287288n/f4.zoom.r=frederic%20arsene%20bedor.langFR
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7505075w/f2.zoom.r=frederic%20bedor.langFR
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k567910h/f1.zoom.r=frederic%20bedor.langEN
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75050769/f2.zoom.r=frederic%20bedor.langFR
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75050769/f2.zoom.r=frederic%20bedor.langFR
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2874252/f3.zoom.r=frederic%20arsene%20bedor.langFR
Grâce aux articles, j'ai pu apprendre que Frédéric vivait avec son frère, et que ce dernier le soumettait à un régime strict.
Extrait de l'article de la Lanterne du 18/03/1906:
"A la suite d'une jeunesse orageux, il (Frédéric) avait vu peu à peu faiblir ses facultés intellectuelles, à tel point qu'à deux reprises, suivant les dires de personnes qui connaissent bien la famille, il avait dû être confié aux soins d'un spécialiste célèbre, directeur d'une maison de santé. Dévenu l'hôte de son frère, il était soumis, suivant les prescriptions médicales, à un régime sévère: il devait s'abstenir de tabac et de boissons alcooliques."
L'assassinat eut lieu deux ans avant le mariage d'Elise Drumel et Frédéric Bédor.
Je pense qu'Elise a dû suivre toute l'histoire dans les journaux. Comment Frédéric et elle se sont-ils rencontrés? Je l'ignore.
Comme mon arrière grand-mère, Madeleine, et sa soeur, Louise, se sont mariées à Le-Perreux-sur Marne, j'ai consulté le recensement de 1911. J'y ai retrouvé Elise Drumel, Frédéric Bédor, et Madeleine (Louise s'étant mariée le 27 juillet 1908). Elise et Frédéric étaient sans profession, et Madeleine était couturière.
Toujours grâce aux journaux sur Gallica, j'ai de nouveau retrouvé la trace de Frédéric.
Dans le Petit Parisien du 12/01/1912, il apparaît une toute dernière fois dans les faits divers: "LE PERREUX. _ M. Frédéric Bédor, âgé de quarante-sept ans, demeurant 77, rue Lamartine, a été écrasé et tué par le tramway 57, boulevard d'Alsace-Lorraine."
Son mariage avec Elise aura duré à peine trois ans.
A présent, je comprends mieux pourquoi Madeleine en a voulu à sa mère de s'être remariée.