L’avantage d’écrire et de n’être lu par personne, c’est l’authenticité. On ne peut plus brut de décoffrage.
Récit de l’invisible aux journées répétitives : je suis transparent. Ca fonctionne très bien au quotidien. Je n'ai pas des activités franchement sociales (du genre aller à la fête votive de mon village), mais dans la routine, je rencontre des femmes inconnues : à la rivière, dans la rue, au magasin. Mon réseau social est pas mal constitué de familles bien établies. J'ai une enfant de 4 ans, ce qui provoque qu'on va aux jeux, aux activités. Du fonctionnement, très bien est un sentiment solide ; toutefois hormis des discussions agréables, il ne se passe complètement rien d'un point de vue sentimental.
Je tomberais volontiers amoureux de la caissière, mais je n’en dis rien. Je suis la personne très gentille, très agréable, mais jamais rien d'amoureux ne se passe. A ce rythme, on peut vite avoir l'impression d'être une pièce de puzzle parfaitement intégrée au décor, mais que plus personne ne regarde vraiment parce qu'elle est finalement à sa place : tout fonctionne tellement bien.
Je ne dis rien pour ne pas gêner. À force de vouloir « ne pas déranger », j’efface inconsciemment tous les chemins, c’est comme une barrière de l’invisible. Une discussion où l'on reste en surface : la météo, le quotidien, l'enfant (…) c'est confortable, mais c'est neutre.
Dans les parcs ou les activités, on me voit d'abord comme un papa poule (j’avoue, je suis !!!). Les femmes que je croise dans ces contextes sont aussi en mode gestion logistique. Si je n'émets pas de signaux indiquant que je suis un homme seul et disponible, elles me classent inconsciemment dans la catégorie famille établie, même si je suis célibataire.
Si je me comporte comme quelqu'un qui ne veut pas déranger, les gens font exactement cela : ils ne me dérangent pas. Ils ne me sollicitent pas, ne me courtisent pas, car je projette une image de quelqu'un qui va bien tout seul et qui est très poli. C’est vrai que tout va super bien, mais mon cœur voudrait chouchouter, je crois, je ressens.
Honnêtement, j’ai l’impression que je n’ai pas besoin de devenir un dragueur ou quelqu'un d'entreprenant. J’ai juste besoin de remettre un peu de « désir d’amour » dans les paroles, dans les interactions, qui sont actuellement trop focalisées sur le contexte, l'organisation.
Alors, dans le désir d’exister en dehors de schémas toxiques – ou plutôt que je façonne telle une auto-intoxication – chaque jour je vais « essayer » un très petit geste. Au lieu de rester dans la discussion fonctionnelle, je vais essayer d'utiliser la vulnérabilité. Par exemple, au lieu de dire : il fait beau aujourd'hui, je vais dire : je me suis rendu compte que je passais mes journées entre les jeux pour enfants et le boulot, alors j'ai décidé de venir ici pour rencontrer de nouvelles personnes.
C'est une phrase qui n'est pas périlleuse, mais ça pose un cadre : je suis un homme seul qui ouvre son cœur. J’en tremble déjà comme un papillon apeuré, c’est autant nécessaire que désirable.
















