DUBOIS ENVOIE
PLANCHES
Nicolas Trespallé
Pas vraiment remarqué pour ses penchants humoristiques, l’auteur du très malséant Tes yeux ont vu et de l’anti-guide touristique Jimjilbang (Cornélius) s’entiche de mettre son graphisme aux formes géométriques roides et nettes au service de la gaudriole, catégorie rire crispé. Sans renier son style peu aimable pour ne pas dire franchement sinistre, Jérôme Dubois pousse l’exercice mécanique du gag dans ses retranchements cherchant à creuser le déviant dans le déviant ou, par effet miroir, le normal dans le normal.
À travers un petit univers minimaliste en 4 cases tout en bichromie, l’auteur développe un humour noir singulier et infuse une angoisse vague où la bizarrerie initiale se retrouve décuplée dans des chutes souvent inattendues et toujours intraitables. On s’en doutait un peu, mais Jérôme Dubois ne badine pas avec l’humour et il n’y a qu’à voir ses visages ronds aux yeux creusés pour comprendre que le stand-upper du crayon se gausse de notre inconfort moderne libéral et climatisé pour nous mettre franchement mal à l’aise.
Qu’il parle de la relation ambiguë entre un maître et son chien, de l’inutilité des traders, du nettoyage de fesses sur un mode écolo-responsable, d’un petit ami imaginaire opportunément souffre-douleur ou d’une ménagère au bout du rouleau, Jérôme Dubois prône un comique psychotique entre l’absurde bon enfant venu de la Quatrième Dimension d’un Antoine Marchalot et la monstruosité vacharde et très série B d’un Olivier Texier.
Après l’ère des grands maîtres américains Schulz ou Watterson, le genre du strip que l’on croyait moribond semble vivre un nouvel âge d’or depuis quelques années grâce à l’obstination de quelques francs-tireurs sortis du fin fond de l’underground. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ça nous change de Garfield.
Bien normal Jérôme Dubois Cornélius, collection Delphine










