Comment ne pas être heurté, choqué, déboussolé d'assister à cette banalisation extrême du F Haine, à cette consécration de Marine Le Pen comme ayant naturellement sa place, dans ce front paniqué contre la VIe République, aux côtés de ministres de la république, aux côtés de celui qui démontait des fast food, prônait la désobéissance civique et qui prend peur devant la révolution citoyenne?
Commençons par Benoit Hamon. Car ses propos sont parmi les plus violents et les plus primaires contre l'appel lancé à manifester pour une VIe République. Comme le lui rappelle Paul Aries dans une lettre ouverte, Hamon pratique le reniement de ses propres idées étalées dans son livre "tourner la page". Il préfère affirmer qu'avec Mélenchon les classes populaires seront des dindons d'une vaste farce. Ce faisant, il valide malgré lui, le Front National. Il rend Marine Le Pen crédible lorsqu'elle accuse le Front de Gauche d'avoir appelé à voter Hollande au second tour et de trahir ainsi les classes populaires. Pourtant, c'est benoit Hamon qui est ministre de Hollande, ce sont ses copains qui ne font que s'abstenir sur l'ANI à l'assemblée, exactement comme les députés UMP ou UDI. On se demande alors qui trahit les classes populaires?
Poursuivons par Michel Sapin. Sapin, c'est le social libéral modèle. L'archétype de celles et ceux qui croient que le système libéral est bon et naturellement vertueux. Qu'il s'agit de l'accompagner par quelques bricolages, par quelques simplifications ça et là, par quelques hautes autorités supplémentaires quand l'injustice du système est trop visible. Alors Sapin aime l'ANI, adore les règles d'or, privilégie le Medef. Alors Sapin, aux idées économiques et sociales absolument identiques à celles théorisées et appliquées hier sous Sarkozy, préfère la république d'un général, écrite dans le secret d'un cabinet à trois ou quatre. Car elle lui va bien cette Ve république. Elle organise le pouvoir des oligarques, la protection des oligarques, l'enrichissement des oligarques. Il est effrayé à l'idée de voir son monde s'écrouler, sa rente politique disparaître avec la Ve République. Le F haine devient tout à coup très utile. Il est le seul bouclier efficace qu'a trouvé le système des oligarques pour se maintenir. Ce bouclier a pour nom le front républicain de deuxième tour. Sauf qu'en réalité il est le front des oligarques. Sinon comment oser dire "Mélenchon joue dans la cour de Le Pen"? Le front de Gauche est violent parce qu'il préconise un coup de balais? la blague! Mais le système oligarque qui crie, qui hurle, qui gémit dans son agonie douloureuse "y'a basta Mélenchon", "le peuple dindon de la farce Front de Gauche", ou encore "Mélenchon antisémite et égal Le Pen" lui ne serait pas violent...En réalité, il est le générateur d'une violence qu'il ne gère plus, qu'il ne maitrise plus!
Passons à Le Pen. Que dire tellement il y a à dire? Alors citons simplement les faits maintenant que la presse, poussée par Mediapart, se décide à écrire ce qu'elle a caché des années durant. Un de ses cadres, monsieur Pennequin, ouvre le compte secret en Suisse de Cahuzac. Le trésorier de campagne de Jean-Marie Le Pen, Jean-Pierre Mouchard, détient lui aussi des comptes offshore tout comme le trésorier de campagne de Hollande. On comprend beaucoup mieux le silence du F Haine et de sa présidente sur l'affaire Cahuzac. Le mouvement d'extrême droite attendra les aveux du ministre du budget pour réagir. Et pour cause, ils sont mouillés, ils font pareil. Le système leur va à merveille. Alors, lorsque la dame de fer s'éteint, le F Haine se laisse aller à un naturel qui revient dans un galop tonitruant et publie:
Au F Haine, on aime la dame qui a appliqué à la lettre les théories libérales, ces théories qui ont plongé le monde dans la finance reine. Qu'importe les ouvriers, ces petites gens qui ne connaitront jamais les joies des comptes offshores et les avantages que confèrent l'amitié de ministres. Le masque tombe, enfin. Le F Haine participe du système. Il a intérêt au système.
Finissons avec José. Hier, il prenait la tête d'un collectif unitaire "anti-libéral" contre l'Europe des oligarques. Il menait même la campagne présidentielle de 2007 en son nom. Aujourd'hui, beaucoup des membres de ce collectif ont rejoints le Front de Gauche. Hier, il militait contre le TCE, la règle d'Or et les traités d'austérité. Aujourd'hui il les vote au parlement européen. Hier, il portait la parole d'Eva Joly, la candidate d'EELV, sur le thème de la lutte contre la république corrompue. Aujourd'hui, il s'offusque de la cohérence de son ancienne candidate à la présidence qui décide de rejoindre l'appel pour une 6e République. Hier, José s'opposait au système. Aujourd'hui, il reprend la rhétorique mensongère d'un Cohn Bendit et cherche à faire de Mélenchon un mauvais élève de l'Europe, champion de l'école buissonnière. Sauf qu'à l'image de Cohn Bendit, José Bové ne fréquente pas beaucoup le parlement de Bruxelles. Sauf qu'à l'image de Dany, José est un député européen bien plus virtuel que réel. Aujourd'hui, José a rejoint le système...
Sans aucun doute sommes nous à l'heure d'un choix. Un choix essentiel. Un choix capital. Un choix qui ne se présente que très rarement et qui détermine l'avenir pour longtemps. Un choix fait de doutes, de craintes, de peurs. Un choix qui oblige à passer de la pensée aux actes. Un choix qui expose, qui met en danger. Ce choix qui vous révèle. Ce choix qui peut vous entrainer là où vous ne souhaitez pas forcément aller. Parce qu'il s'agit d'un choix pour soi et pour les autres, tous les autres. Un choix qui transcende les appartenances partisanes. Un choix qui oblige à se déterminer pour de vrai! Alors il faut faire le choix de marcher le 5 mai prochain, aux côtés d'Eva Joly, Olivier Besancenot, Martine Billard, Pierre Laurent, Marie Georges Buffet, Jean-Luc Mélenchon. Ou bien choisir de regarder passer la marche, comme le feront Marine Le Pen, Benoit Hamon, Michel Sapin, José Bové mais aussi Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé, Xavier Bertrand, Nadine Morano, Claude Guéant, Henri Gaino... Parce que la Ve, ils y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux Nicolas, Jean-François et consort. Ils en sont les héritiers, en dignes filles et fils d'une droite conservatrice, réactionnaire et libérale, cette droite qui a pensé, rédigé et appliqué la république d'un général.