Acteurs du territoire : rencontre avec Supermood, créée par 2 étudiants de Télécom Bretagne Brest
« AmĂ©liorez votre culture dâentreprise ». Voici la proposition de Kevin Bourgeois et Robin Nicollet, les deux Ă©tudiants de TĂ©lĂ©com Bretagne Ă Brest, et crĂ©ateurs de la start up Supermood. Si elle paraĂźt simple, cette promesse ne lâest quâen apparence. Avec la moitiĂ© des salariĂ©s sâavouant dĂ©sinvestis Ă lâĂ©gard de leur employeur en moyenne, la difficultĂ© Ă sâĂ©panouir et Ă porter la culture dâentreprise est un mal rĂ©el, rĂ©pandu, et dont les rĂ©percussions Ă©conomiques peuvent sâavĂ©rer dramatiques. Câest depuis le programme dâaccĂ©lĂ©ration de Numa Paris, « Numa Sprint », que les deux Ă©tudiants start uppeurs dĂ©veloppent leur plateforme de sondages en interne, et accompagnent les entreprises sur des terrains tels que : lâintelligence collective, le bien-ĂȘtre au travail, la culture du dialogue. Des domaines dâactions vouĂ©s Ă renforcer la marque employeur et Ă favoriser lâinnovation.
Kevin Bourgeois rĂ©pond aujourdâhui Ă nos questions sur le projet Supermood, son fonctionnement, et sur sa vie dâĂ©tudiant entrepreneur.
Quel est votre pitch ? Supermood est une plateforme de sondages rĂ©alisĂ©s en interne, destinĂ©s Ă rendre les salariĂ©s heureux et engagĂ©s dans leur Entreprise. Notre crĂ©neau est dâagir positivement sur lâinvestissement des employĂ©s au sein de leur entreprise, Ă travers plusieurs angles : lâidentification Ă lâentreprise, le bien-ĂȘtre au travail, la capacitĂ© Ă mieux communiquer pour mieux travailler, etc. Nous accompagnons ensuite les Ressources Humaines et leur proposons des plans dâaction en fonction de ce qui ressort des enquĂȘtes menĂ©es auprĂšs des employĂ©s.
Pouvez-vous nous dĂ©crire la maniĂšre dont vous procĂ©dez ? Nous avons Ă©laborĂ© un algorithme permettant de gĂ©nĂ©rer des questionnaires courts de 3 questions sur lâenvironnement de travail et la vie dâentreprise : 2 questions fermĂ©es pour quantifier, et une question ouverte pour libĂ©rer la parole des salariĂ©s. Les Ressources Humaines, qui sont souvent nos commanditaires, choisissent ensuite la rĂ©gularitĂ© de soumission des questionnaires : toutes les semaines, tous les quinze jours, ou tous les mois. Notre algorithme est basĂ© sur la thĂ©orie de lâengagement des salariĂ©s et sur des analyses statistiques (big data). Et les RH peuvent Ă©galement dĂ©finir les questions quâelles souhaitent poser. Les rĂ©ponses sont anonymes. Nous obtenons un trĂšs fort taux de rĂ©ponse : par exemple chez un client Ă nous, Zalando, nous avons 95% de rĂ©ponses. Les donnĂ©es sont ensuite disponibles sur la plateforme Supermood. Le questionnaire fait Ă©merger des problĂšmes, et les solutions que nous proposons permettent d'agir et d'aller au bout de notre mission. Le questionnaire n'a pas de sens s'il n'y a pas d'action dĂ©ployĂ©e Ă partir des rĂ©sultats.
Quelle conviction portez-vous Ă travers le projet Supermood ? Dans les entreprises aujourdâhui, en moyenne, moins de 10% des salariĂ©s se disent engagĂ©s, 50% se disent dĂ©sengagĂ©s, et 20% sâaffirment activement dĂ©sengagĂ©s (ils agissent Ă l'encontre de l'Entreprise). Le bĂ©nĂ©fice dâun bon engagement des salariĂ©s dans leur entreprise est dâaugmenter la valeur de cette derniĂšre, sur diffĂ©rents plans : sa productivitĂ©, sa capacitĂ© d'innovation et la qualitĂ© de sa marque employeur. La marque employeur est importante, en particulier : elle correspond Ă la maniĂšre dont les salariĂ©s parlent de leur entreprise Ă lâextĂ©rieur. Ils en sont le premier vecteur de communication, et leur engagement positif permet de mettre en avant la valeur ajoutĂ©e et dâattirer les potentiels. Ă lâinverse, un engagement faible, voire mĂȘme dirigĂ© Ă lâencontre de lâemployeur, favorise le turnover, la baisse de productivitĂ©, et au bout du compte : provoque une perte dâargent considĂ©rable. LâEntreprise fait davantage dâĂ©conomies et de profits en fidĂ©lisant et en entretenant lâengagement de ses employĂ©s dĂ©jĂ en poste. Nous croyons quâil y a beaucoup Ă faire pour dĂ©velopper lâengagement des salariĂ©s, dans les entreprises. Et la premiĂšre Ă©tape serait de leur rendre la parole. Nous avons fait lâexpĂ©rience dâentreprises oĂč il Ă©tait difficile de faire remonter les informations, et cela est une menace pour lâengagement des salariĂ©s Ă plus ou moins long terme.
âLâEntreprise fait davantage dâĂ©conomies et de profits en fidĂ©lisant et en entretenant lâengagement de ses employĂ©s dĂ©jĂ en poste.â
Comment est nĂ©e lâidĂ©e de Supermood ? L'idĂ©e a vu le jour il y a deux ans : Ă TĂ©lĂ©com Bretagne Ă Brest, oĂč nous Ă©tudions. Il sâagissait au dĂ©part de notre projet Ă©tudiant, que nous avons dĂ©veloppĂ© autour dâun questionnaire entre Ă©tudiants et professeurs. La plateforme a trĂšs bien fonctionnĂ©, mais il est trĂšs difficile dâavoir les fonds pour dĂ©velopper une telle application dans le monde de l'Ă©ducation. AprĂšs 6 mois sur la plateforme dans sa version « Ă©ducation », nous sommes partis Ă lâĂ©tranger. Pendant 6 mois, je suis parti Ă Hong Kong et mon associĂ©, aux Etats Unis. Câest alors que nous avons dĂ©veloppĂ© les questionnaires en ligne, avec notre plateforme de dĂ©part. Le projet sâappelait alors Sentimy. La solution fonctionnait bien, bĂ©nĂ©ficiait dâun trĂšs fort taux de rĂ©ponses, et les gens qui l'utilisaient Ă©taient contents. Nous sommes ensuite partis de nouveau pendant 6 mois, dans le cadre de nos stages respectifs. Mon associĂ© Ă©tait Ă Paris, et moi, en Californie. Nous avons pu vivre une expĂ©rience au sein de lâEntreprise et avancer sur nos questionnaires en ligne. Ces immersions dans des entreprises françaises et Ă©trangĂšres nous ont confortĂ©s dans lâidĂ©e quâil Ă©tait possible et nĂ©cessaire de faire bouger les choses dans la relation managĂ©riale et dans la communication avec les salariĂ©s. Nous avons fait Ă©voluer les questionnaires et ajoutĂ© Ă notre offre un suivi et des propositions de solutions aux besoins qui se rĂ©vĂšlent dans les rĂ©sultats des enquĂȘtes. Le projet sâappelle dĂ©sormais Supermood.
Agenda : oĂč en ĂȘtes-vous et quelles sont les prochaines Ă©tapes pour Supermood ? Cela fait 10 mois que nous sommes Ă Paris Ă temps plein. Nous sommes incubĂ©s Ă Numa Sprint, et y restons jusquâĂ fin octobre. Il nous restera ensuite 6 mois d'Ă©tudes. Nous entamons une levĂ©e de fonds fin octobre : notre objectif devra ĂȘtre atteint pour mars, câest Ă dire au moment de la fin de nos Ă©tudes. Cette levĂ©e de fonds nous permettra de vivre de notre projet, et dâembaucher : nous avons besoin de renforts pour le marketing, la prospection, le dĂ©veloppement du produit. DĂšs mars 2016, nous passerons dans une rĂ©elle phase dâaccĂ©lĂ©ration.  Le produit sera prĂȘt, nous pourrons passer Ă l'Ă©tape supĂ©rieure.
Avez-vous toujours su que vous vous lanceriez dans l'entrepreneuriat ? Rien nâĂ©tait particuliĂšrement planifiĂ©. J'ai fait des Ă©tudes scientifiques mais je me suis toujours intĂ©ressĂ© Ă©galement Ă tout ce qui Ă©tait psychologie et management. Jâai Ă©tĂ© profondĂ©ment inspirĂ© par le courant « Entreprise libĂ©rĂ©e ». L'entrepreneuriat Ă©tait une maniĂšre de tout rĂ©unir en un grand projet. Le monde des start ups mâa paru intĂ©ressant et enrichissant. Si c'Ă©tait Ă refaire je le referais, mais je ne sais pas si je conseillerais de faire ça pendant ses Ă©tudes.
Quel conseil donneriez-vous Ă un Ă©tudiant qui hĂ©site Ă se lancer dans lâentrepreneuriat ? Se lancer dans un projet, cela apporte Ă©normĂ©ment. Le premier conseil que je donnerais, serait de bien prendre le temps de valider l'idĂ©e avant de lancer la production du produit. Autre conseil : croire plus fort et plus longtemps dans le produit avant de pivoter. Avec notre plateforme dĂ©diĂ©e au monde de l'Ă©ducation, je pense que nous avions un produit vraiment viable. Mais il aurait fallu lever des fonds plus vite. Enfin, dernier conseil de taille : attention Ă l'Ă©quipe ! Nous avons commencĂ© Ă 4, puis nous avons Ă©tĂ© 3, et aujourd'hui nous sommes 2. Tout le monde n'avait pas le mĂȘme niveau d'engagement au dĂ©part et nous avons dĂ» nous sĂ©parer de certains membres. Je trouve que s'engager trop vite avec trop d'amis est une erreur.















