Cavaillès sur Brunschvicg
En réaction contre le logicisme issu de Frege et de Russell où elle [l'épistémologie brunschvicgienne] apercevait un renouveau de la tradition aristotélicienne, elle oppose à la pensée, en tant que création échappant à toute norme, son expression linguistique, qui, phénomène social, tombe sous le coup à la fois des illusions de la cité et des lois de la nature. L'exigence de la communication d'une part pousse à l'absolu ce qui n'était que mouvement dans un progrès et prenait son véritable sens dans le passage qu'il effectuait, d'autre part le transpose en système dont la structure, la forme déductive syllogistique par exemple, trouve sa justification dans une organisation ou une histoire sociales qui ne sont elles-mêmes que parties de la nature. L'idola tribus est la révolution du passé, endormie et pétrifiée; le canon prétendu de la science, une règle de la pédagogie. Ainsi les querelles autour de l'infini cantorien marquent seulement la résistance à un nouvel élan créateur ; ainsi également la réapparition périodique des mêmes paradoxes, comme celui de l'Epiménide, preuve de l'incapacité de la langue à exprimer la puissance indéterminée de la pensée.
Cavaillès, Sur la logique et la théorie de science









