@30jourspourecrire - Jour 6
J'aimerais le ressentir, ce vide, ce vide auquel j'aspire chaque jour. Être vide, c'est ne plus souffrir. Être vide, c'est ne plus avoir mal au point de vouloir que tout s'arrête. Le vide, c'est le néant. Et, certains jours, ce néant me semble presque apaisant.
Je suis une matheuse. J'ai toujours fui les cours de philosophie autant que possible et me voilà à réfléchir au vide.
Ma tête, pourtant, est tout l'inverse. Elle est pleine, pleine de pensées qui tournent sans fin, pleine de questions, pleine de souffrance, pleine de lui. Et à la fois, je me sens vide, vide parce que plus rien n'a vraiment de sens. Ou plutôt… presque plus rien. Car il y a encore mon fils.
Je pense à son sens, au mot "vide", et à sa place dans nos vies, ou à plus petite échelle, dans ma vie.
On parle souvent de "passage à vide". J'aime bien ce mot : "passage", parce qu'il suppose qu'il y a une entrée… et une sortie. Et pourtant, aujourd'hui, je n'ai pas cette impression. J'ai plutôt l'impression de vivre dans ce vide, comme si j'avais construit une maison à l'intérieur de lui.
On dit aussi que, lorsque quelqu'un s'en va, il laisse un vide immense, un vide que rien ne semble pouvoir combler. Ou du moins qu'il faut laisser le temps l'apaiser.
Le mien, mon vide à moi, est là, dans ma poitrine, dans cette maison, dans chacun des projets que nous avions imaginés. Mais le pire c'est que je ne sais même pas si j'ai envie qu'il disparaisse. Parce que le combler, ce serait peut-être accepter que tu ne reviendras jamais.
L'amour de ma vie m'a quittée, et je ne comprendrai peut-être jamais pourquoi. Alors je cherche. Je retourne chaque souvenir, chaque discussion, chaque silence.
Je me demande si je n'ai pas laissé grandir des vides en toi, des manques que je n'ai pas vus, des blessures que je n'ai pas su réparer. Je me demande si, sans le vouloir, j'ai laissé suffisamment de place pour qu'une autre s'y installe. Pendant cinq ans, elle s'est fait une place dans ta vie. Elle savait pourtant que tu étais marié et que tu étais père. Elle a été cette sirène dont le chant a fini par couvrir le mien, a fini par couvrir 19 ans de relation. Elle a rempli des espaces que je ne savais même pas exister.
Aujourd'hui, à la place de l'amour que tu me portais, il ne reste plus qu'un vide, un vide que tu as choisi de combler avec elle.
Parfois, j'aimerais que mon cœur soit vide lui aussi. Il ne souffrirait plus mais il ne l'est pas.
Il est plein, plein de toi, plein de l'amour que je te porte encore, plein des souvenirs que je n'arrive pas à laisser partir. Et pourtant… Il est aussi incroyablement vide, vide de ton absence.
Le vide est une notion étrange car il n'existe jamais sans son contraire.
Le vide n'a de sens que parce qu'il y a eu un trop-plein. Un trop-plein d'amour, un trop-plein d'espoir, un trop-plein de projets.
Comme la lune et le soleil, l'un de va pas sans l'autre. Ce sont les deux faces d'une même pièce. Vide et trop plein. Ou plutôt vide OU trop plein?
Tout dépend du point de vue.