Le temps d'une éclipse
Le battage médiatique était à son comble, pourtant hier nous étions aussi nombreux à ne pas regarder l'éclipse. L'idée de se frayer un chemin jusqu'à des lunettes en rupture de stock a joué son rôle, mais au final, était-ce bien grave ? Une éclipse après tout peut échapper à notre regard et emprunter les voies non moins puissantes de la sensation. Ce moment où la lumière du soleil décline, sans que son cycle ancestral n'en soit la raison, plonge l'atmosphère dans une originalité scénographique digne des meilleures réalisations. Le chant des oiseaux semble s'égarer dans le néant, les rues prennent une direction nimbée de mystère. Le silence, ce silence qui s'abat sur une nature perdant momentanément sa quiétude, cette conscience exacerbée par un astre qui pâlit, celle de notre place si petite dans l'étendue du cosmos. Après tout, ce qui n'est, pour le soleil, qu'un rendez-vous avec la lune, porte la force d'un questionnement sans limite : notre place dans l'univers, notre fragilité en son sein, notre dépendance totale à son égard ; égarés dans son intensité, perdus dans son immensité. Sans douleur pour la rétine, sans quête rocambolesque pour des lunettes, la douceur onirique d'une éclipse peut s'apprécier sans le filtre d'un appareil, sans communion médiatique, la beauté seule d'une présence au monde.
Romain Ferrara















