Le plan santé est un sujet qui met à jour, une fois de plus, l’alignement des choix de la majorité départementale sur ceux du gouvernement. Vous venez de nous en faire la démonstration. Le plan santé national est insuffisant, nous aurons l’occasion d’y revenir. Mais, en plus, en Seine-Maritime, il est aggravé par les choix départementaux.
Regardons-y de plus près. En matière de santé, que fait le Département pour les Seinomarins les plus vulnérables ? Je souhaite vous alerter sur ce que Médecins du Monde appelle une catastrophe annoncée sur le plan sanitaire. Les mots sont forts mais ils traduisent l’extrême inquiétude de ces bénévoles, médecins engagés auprès des plus démunis dans la réduction des risques, auprès de ces publics, travailleurs du sexe, mineurs non accompagnés, migrants, personnes à la rue, à l’occasion de leurs permanences dans leurs locaux ou lors de leurs maraudes de nuit.
Ils sont extrêmement inquiets.
Inquiets car ces publics sont clairement identifiés par la haute autorité de santé comme prioritaire en matière de dépistage.
Inquiets du désengagement du Département sur les centres de dépistage qui entraîne une incertitude sur la poursuite des activités de ces centres à Rouen, au Havre, à Fécamp, à Dieppe, à Elbeuf.
Inquiets car ces centres de dépistage de proximité, inclus dans la cité, sont des lieux qui ont fait leur preuve pour faciliter les dépistages. Leur proximité, leurs modalités de fonctionnement avec des consultations sans rendez-vous, l’expertise développée depuis des années en partenariat avec toutes les structures sociales en font des lieux incontournables pour la prévention des risques.
De ce point de vue, le CEGIDD de la rue des Charrettes est particulièrement emblématique. Situé en plein centre-ville, il propose des créneaux sans rendez-vous. Il est un espace non hospitalier. Il présente l’avantage de surcroît d’être implanté sur le même site que le centre de lutte antituberculeux, qu’un centre de vaccination, un centre de planification et d’éducation familiale, que la PMI. Tout ceci favorise l’accès à la prévention et une approche globale de la santé sexuelle. Un exemple réussi de politique globale en matière de prévention.
En 2017, 1750 personnes ont été dépistées à Rouen, 1460 au Havre, 390 à Dieppe, 120 à Fécamp et 70 à Elbeuf soit 3610 dépistages réalisés.
En 2017, 3220 consultations ont eu lieu à Rouen, 3880 au Havre, 770 à Dieppe, 200 à Elbeuf et 314 à Fécamp, soit 8384 consultations au total.
En 2017, 290 personnes ont être traitées à Rouen, 215 au Havre, 63 à Dieppe, 8 à Elbeuf, 10 à Fécamp, soit 586 personnes traitées au total.
En 2018, on sait déjà que l’on assiste à une augmentation importante des dépistages notamment des MNA. Nous sommes dans un contexte de forte recrudescence des IST dans le Département, les infections à chlamydia sont en augmentation de 12% dans la population jeune, on dénombre 43 cas de gonococcie en 2018 contre 33 en 2017 alors que cela avait disparu antérieurement.
Cette décision est une décision de gestionnaire, de comptable qui ne prend pas en compte les aspects de santé publique. Certes, ces centres de dépistage ne font plus partie des compétences obligatoires du Département depuis 2004, mais si nous avions souhaité les maintenir c’est bien pour leur rôle essentiel dans la prévention des risques et notamment pour les publics les plus précaires.
En prenant cette décision, vous abandonnez une fois de plus ces publics comme vous le faites en vous désengageant des accueils de jour et des CHRS ce qui augmente le nombre de personnes à la rue et le risque de contamination mais en plus vous les privez des soins.
En faisant cela, vous privez tous les médecins d’un outil reconnu par tous comme indispensable à la prévention des risques sur notre territoire alors que les chiffres sont en augmentation.
Catastrophe sur le plan sanitaire, les mots sont forts. Ils doivent nous interpeller. Une fois de plus, nous vous demandons de réfléchir aux conséquences de vos décisions de gestionnaire. Derrière ces décisions, il y a des hommes et des femmes, il y a des associations, il y a des partenariats, il y a de l’expertise, il y a des résultats.
Vous allez nous parler du juste droit, vous cassez l’acces aux soins des plus démunis ? Le plan pour un juste droit serait-il un écran de fumée ?
Toutes vos décisions convergent dans un seul sens : celui d’abandonner les plus précaires, c’est cela la réalité et cela nous ne pouvons l’accepter.
Nous voulons donc vous dire, Monsieur le Président, que nous soutenons la demande des acteurs de la prévention en Seine-Maritime. Avec eux, nous vous demandons que les CeGIDD du Département ne cessent pas leurs activités tant qu’il n’y aura pas de repreneurs opérationnels et fonctionnels.