(Ana, véto conteuse du village, Arthur et Ahmed, deux archéologues envoyés là pour étudier une fresque sur Cernuan. Shit happen. Y'a des menhirs qui se baladent, des elfes qui gambadent et des animaux qui causent. Ils mènent l'enquête)
-Attendez là, vous vous écoutez? Un mystère mystérieux, des événements inexpliqués, une enquête trépidante: On se croirait dans un roman du Club des Cinq! S'exclama Ahmed.
-Les Aventuriers de l'Impossible, corrigea Ana à mi-voix.
-Hein?
-Les romans pour enfants avec du fantastique, c'était les Aventuriers de l'Impossible. Pas le Club des Cinq.
-Nan, je suis pas d'accord, objecta Arthur, les Aventuriers de l'Impossible, c'était de la SF, pas du fantastique.
-On le trouvait quand même au rayon fantastique.
-Parce que avant Harry Potter, y'avait pas de rayon fantastique pour les enfants.
-Narnia alors? Suggéra Ana.
-Est-ce que Cernuan est une allégorie à peine voilée du Christ Sauveur?
-Certainement pas.
-Alors non.
-Vous êtes tous les deux fait l'un pour l'autre, grommela Ahmed.
Il ne faut pas entrer dans le champ des géants. Au risque de les réveiller. (Un de ces jours, je finirais ces croquis de texte et je les mettrais dans l'ordre chronologique) (Ouais y'a un mot pour croquis de texte, mais là, j'ai le cerveau qui se débranche)
Petit chapitre sur les origines des fées du monde de Cernuan.
Attention, mention de sacrifices d'animaux, de théologie un peu étrange et de morts vivants (m'enfin, si vous suivez ce blog, vous savez à quoi vous attendre)
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Les fées vinrent au monde le jour où elles moururent.
C’était il y a des siècles, dans un temps ou les hommes vivaient presque nus, s’abritant dans des cavernes, maniaient des pierres en guise d’armes et enterraient leurs morts avec un crâne d’animal sur leurs visages, pour que les mauvais esprits les laissent en paix.
En ces temps-là, il y avait une tribu sans dieu. Ce n'était pas si inhabituel, les Dieux étaient aussi mortels que leurs croyants, il suffisait que l'on cesse de croire en eux, ou que leurs serviteurs meurent tous et le Dieu cessait d'exister.
Mais cette tribu sans dieu savait bien qu'ils en avaient besoin. Un Dieu pouvait protéger les siens en cas de danger, que ce soit en les prévenant, en les défendant et, pour certains, en attaquant leurs ennemis.
Il fut donc décidé de faire des Dieux pour protéger la tribu.
Encore une fois, c'était assez simple à l'époque, de faire un Dieu. Il suffisait d'y croire.
Mais pour que la croyance perdure, pour que la foi en un Dieu s'installe durablement, il fallait que quelque chose de marquant arrive.
Quelque chose de terrible.
Quelque chose qui se graverait dans les mémoires pour des générations, un événement dont on parlerait avec respect et un peu de terreur, dans les années qui viendraient.
Le chaman choisit avec soin des animaux et ordonna qu'on lui amène des petits, des œufs, des bébés qu'il éleva patiemment, leur donnant tout l'amour dont il était capable. Beaucoup moururent avant d'être prêt, ou parce que le chaman, malgré son savoir, n'était pas leur mère, mais il parvint à en faire grandir quatre qui l'aimaient et le suivaient comme ses propres enfants, gambadant autour de lui et lui obéissant comme des petits chiens.
La chouette qui restait tout le jour sur son épaule, endormie et qui veillait sur le sommeil de son maître la nuit.
La serpente qui se lovait autour de son cou et sifflait d'étranges secrets dans son oreille.
L'ourse, immense déjà malgré son jeune âge, mais affectueuse et joueuse comme un jeune chien.
Et la biche, la plus jeune des quatre, si calme et timide que pas une seule mère n'hésitait à lui confier son enfant.
Il aimait les quatre bêtes comme ses filles.
Mais il n'hésita pas une seule seconde à les sacrifier au bien être de sa tribu.
Il égorgea les quatre animaux, les para comme des filles de chef, peignit leurs plumes, écailles et fourrures d'ocre et les enterra sous quatre grandes pierres.
Le lendemain la tribu avait quatre nouveaux Dieux.
Quatre femmes assises au sommet des pierres, qui fixaient les villageois d'un regard plein de peine et de haine, là ou avant, elles n'avaient montré que de l'amour et de la joie.
Mais elles accomplirent leur tâche, celle pour laquelle elles avaient été élevées et sacrifiées. Elles protégèrent la tribu des ennemis, des accidents, des maladies...
Dans la mesure du possible.
Car parfois, même les dieux ne peuvent rien quand les envahisseurs sont dix fois plus nombreux, quand les flammes ravagent le pays en entier, quand l'épidémie frappe en une nuit.
Il ne resta rapidement de la tribu d'origine que quelques femmes, emmenées comme prise de guerres, et des enfants qui se souvenaient à peine des Dieux sur les Pierres, juste assez pour qu'elles continuent d'exister, assise sur leurs tombes, jetant leurs regards haineux sur les mortels en dessous.
De nos jours on se souvient encore des fées telles qu'elles l'étaient alors.
Des femmes terriblement belles, terriblement cruelles, qui attiraient les hommes dans leurs bras pour les détruire.
Des femmes d'une sagesse incroyable, car le chaman qui les avait adoptées leurs avait enseigné toutes ses connaissances sur les hommes, les dieux et les esprits et quiconque était assez brave, ou désespéré pour cela, pouvait venir leur poser des questions auxquelles elles répondraient, pourvu qu'on soit assez polis et respectueux pour ça.
A un prix, tristement, souvent exorbitant, et nombre d'ossements de jeunes gens désespérés vinrent réchauffer ceux des dieux sous la pierre.
Un jour, cependant, arriva un étrange équipage qui aiguillonna la curiosité des fées, suffisamment, en tout cas, pour qu’elles n’en fassent pas leur repas.
Elles n'auraient pas eu grand-chose à croquer ceci dit. Elles avaient vite apprit que le feu ne se mangeait pas, le mort qui marchait, tout en ossements aussi blanchis que les leurs et couronné du crane d'un cerf, n'avait même pas de moelle dans ses vertèbres et l'enfant, bien vivant, bien dodu, n'aurait pourtant pas fait quatre bouchées entre elles, même si l'ourse n'en avait pris qu'une petite.
Et pourtant, c'est lui, le vivant, l'existant, la petite créature qui se promenait toute nue et échevelée, qui vint à elles, sans peur, tenant le feu au bout d'une branche.
C'est lui qui vint s'incliner respectueusement devant les pierres, qui contourna soigneusement les tombes, pour ne pas les déranger, qui les remercia pour leurs bienfaits envers des hommes morts depuis bien longtemps.
Et la petite chose sale et nue tourna ses mots avec tant de talent et de politesse que les fées retinrent leur faim, qu'elles restèrent assise sur leurs pierres et qu'elles lui accordèrent quatre questions, s'il pouvait, bien sûr, les payer en échange.
Il donna ses yeux pour savoir comment faire du feu un Dieu pour les hommes.
Il donna ses jambes pour savoir où trouver les géants de pierre qui feraient du feu un Dieu.
Il donna son cœur pour savoir comment les obliger à faire du feu un Dieu.
Il donna son visage, son humanité, non pas en échange d'une réponse, mais pour devenir fée.
Et les fées oublièrent leur faim devant le petit bout d'homme au pied des pierres, devant la petite créature qui avait sacrifié, non pas des innocents pour sauver les siens, mais lui-même.
Elles ne pouvaient lui rendre ses yeux, ses jambes, son cœur et son visage, il y a des règles à suivre, même pour les fées, même pour les Dieux, mais elles lui en donnèrent d'autres. Les yeux d'un oiseau, les pattes d'un cerf, le cœur d'un ours et il cacha le vrai visage d'un fée derrière le masque mortuaire de de son grand-père.
La quête qui suivit n'était pas celle des fées. C'était celle de l'enfant devenu fée, et qui plus tard, deviendrait dieu, mais ce fut le moment ou les fées cessèrent d'être les os sous les pierres et les Dieux sur les pierres.
Ce fut le moment où elles devinrent les mères du Dieu de la forêt, les Déesses protectrices et nourricières d'un nouveau peuple, non pas par obligation, parce qu'elles avaient été élevées, et tuées, pour ça, mais parce qu'elles l'avaient choisi.
Pour aider un tout petit d'homme prêt à mourir pour les siens.