VIVRE PARIS #14 / Pour poursuivre l'aventure débutée dans le magazine, la rédaction vous présente d'autres salons de tatouages référents sur la place parisienne.
Textes : Scander Bouajila & Julien Pénégry / Photos : Maria Spera
Le lieu serait presque invisible si l’on n’avait pas la curiosité de pointer son nez dans le soubassement de la rue Amelot. À quelques marches à peine de la place de la République, le salon Tribal Act sort du lot. En plein lifting, cette institution connue et reconnue pour avoir été pionnier sur le piercing à Paris, a rajouté à son savoir-faire le tatouage. Parmi les trois têtes pensantes-associées de cette affaire, l’un reste dans l’ombre par choix, Nicolas le second, attentif, siège à l’accueil de la boutique, dreadlocks et phrasé chantant, il oriente le badaud en quête. Tandis que le troisième, regard perçant, un poil timide promène son surnom « Chamor » comme une signature indélébile dans l'univers du tattoo. Il faut avouer que le monsieur a fait son trou dans la place parisienne grâce à ses oeuvres réalisées sur les parties du corps qu’aucun de ses collègues n’oseraient toucher. Mais, il est surtout le pierceur maison.
Olivier est un autodidacte raffiné. Il commence sa carrière dans le body-art en tant que pierceur. Fasciné par ces « extraterrestres » rencontrés lors de ses multiples voyages à Londres durant sa jeunesse, il décide d’abord de se percer tout seul avant d’apprendre les méthodes. Puis, inspiré par le travail de l’artiste Ron Athey, il décide de se mettre au tatouage, sans pour autant suivre une technique précise. « Je savais déjà manier les aiguilles. Quand j’ai commencé à tatouer, je n’ai pas voulu utiliser de machines. » Grâce à sa technique propre, Olivier arrive ainsi à combler les attentes qui peuvent sembler farfelues pour certains de ces confrères. . « Je peux piercer ou tatouer une partie intime du corps parce que j’entretien une relation privilégiée avec mes clients. » Le résultat n’en est que plus personnel. Une expérience à part entière.
Pas question de faire n’importe quoi sur n’importe qui. Ce pourrait être le motto de Romain. D’abord dessinateur, il a voulu changer de support et s’attaquer au corps humain. Pourtant, quand on parle de tatouage, le crayon et la gomme ne sont pas envisageables. « J’accorde une grande importance à discuter avec mon client, confie-t-il. Je suis tatoueur mais je suis avant tout tatoué. J’ai subi le regard des gens, même si ça commence à être de plus en plus accepté. » Il aime comparer son travail à celui du peintre ou du graphiste et considère faire partie de la caste fermée des artistes, à une différence près. Alors que le plasticien laisse libre cours à son imagination, lui ne peut se permettre de jouer à « l’artiste dingue » et doit prendre en considération les attentes de son client. Son style ? Un mélange inspiré des comics books américains et d’un style plus traditionnel qui donne des dessins spectaculaires comme le sont ces blockbuster américains explosifs.
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« J’ai commencé avec des types qui se tatouaient au compas dans la cour de l’école. » Depuis, Patrick a bien évolué. Devenue un tatoueur expérimenté, il se fait désormais appeler « El Patman » sous l’appellation de Laura, propriétaire du salon Exxxotic Tattoo où il a fait ses débuts. Il quitte Orléans dès ses 18 ans pour venir faire son premier tatouage dans un salon parisien. C’est pourtant seulement à l’âge de 30 ans qu’il commence son activité. « Le temps d’acquérir la zénitude nécessaire pour exercer ce métier », confie-t-il. Au fil des rencontres, El Patman commence à développer son propre style. D’abord très noir et ethnique, il excelle aujourd’hui dans le dotwork, ce procédé où le dessin se fait par une série de petits points. Aujourd’hui à la tête du salon Art Corpus, il souhaite travailler en étant « sérieux et rigolos à la fois ». Car derrière son apparente dureté, le travail et la personnalité de l’artiste sont d’une finesse et d’une précision incroyable.