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L’hôtel particulier (12)
Chapitres précédents
Chapitre 12 : Le chat noir
Je n’ai jamais compris comment il faisait pour apparaitre et disparaitre aussi vite. Très souvent, je le retrouvais dans la chambre verte située au grenier. Il dormait paisiblement sur le lit étendu comme un pacha. Et dès que j’indiquais ma présence, il levait la tête, m’observait, crachait avant de détaler hors de la pièce.
J’ai essayé de le suivre et de connaitre son origine. Il ne semblait pas être un chat sauvage quoi que tous les chats soient sauvages. Il ne montrait aucun signe de maladie ni de faiblesse. Il n’était pas gros ni trop maigre. Parfois, j’avais l’impression de voir ses côtes mais ce n’était qu’une simple illusion d’optique. L’animal m’intriguait par son regard légèrement hargneux. Il n’aimait pas être dérangé. Par contre, j’avais remarqué sa présence par moments dans la maison ou dans le parc.
J’étais toujours étonné de ne jamais trouver les restes de ses repas ni ses excréments dans la maison. Cela devrait sentir la pisse de chat quelque-part, mais non ! Quant aux quelques cadavres d’oiseaux ou de rongeurs découverts, ils étaient tous momifiés sans trace de grignotage sur leur carcasse.
Tatiana remarqua la présence du chat dans les couloirs peu après minuit. Il devait sortir par un trou connu de lui puisque je l’avais déjà vu dehors en rentrant d’une fête vers les trois heures du matin. Quelle frayeur me firent ses yeux lorsque je les aperçus. Ils étaient d’un jaune si brillant que je pensais à des feu-follets. Le chat m’observa, allongé prêt à bondir. Après avoir réalisé qu’il s’agissait de lui, je fis face et tendis la main afin de l’attirer pour le caresser. Cependant, le félin ne bougea pas. Il ne miaula pas non plus et se limita à me surveiller d’un regard plus mauvais que curieux.
La nuit, des pas me réveillaient régulièrement. Je devinais automatiquement l’arrivée des enfants fantômes en train de jouer à l’étage. Néanmoins, je remarquai quelques fois l’absence de leurs cris. Alors, je me demandais si le chat noir n’était pas à l’origine de ces bruits étranges. Apparemment, il devait chasser quelques souris et s’amusait à les traquer jusque dans leur refuge. Ensuite, ces pas laissaient place au silence et peu après, la porte de ma chambre s’ouvrait.
Très souvent, il y avait cette femme que je n’arrivais jamais à voir. Elle entrait toujours sur la pointe des pieds. Elle dégageait un parfum froid, capable de glacer l’atmosphère. Elle s’approchait furtivement jusqu’à moi et Tatiana quand elle dormait à mes côtés. Elle humait, reniflait mon cou avant de murmurer le prénom de Joseph. Ensuite, elle faisait de même avec mon amie. Parfois, j’imaginais qu’il s’agissait du chat tellement cette femme ne faisait pas de bruit quand elle se déplaçait.
J’avais fait ce rapprochement un soir. Je changeai les ampoules du vestibule avec difficulté puisqu’il faisait déjà nuit. Imaginez-moi debout sur un escabeau, une lampe dans une main pendant que l’autre dévissait l’ampoule. Accidentellement, je déplaçai la lampe vers les escaliers. C’est alors que je fus pris de terreur en découvrant une ombre sur le mur ; celle du chat marchant lentement ! Il visitait les couloirs aux étages, descendait l’escalier dans un silence mortel. Le félin se déplaçait si étrangement qu’il me fit peur. Il n’y avait rien d’animal dans sa démarche encore moins dans sa silhouette qui prit une apparence démoniaque. Le chat aussi noir que son ombre continua d’avancer, s’arrêtant de temps en temps pour lever la tête et écouter je ne sais quoi. Le cou de l’animal sembla s’allonger traversant presque la totalité des escaliers.
Mal positionné, les tremblements de mes jambes résonnèrent dans l’escabeau. Dès lors, le chat s’arrêta. Je vis la tête de son ombre se déplacer, elle tourna vers le bruit qui l’intrigua. Quelque-chose d’inquiétant accompagna la silhouette. En effet, j’eus cette impression que la tête de l’ombre se détachait du mur, comme si elle se promenait dans les escaliers de la maison. Cette illusion de la voir en trois dimensions augmenta ma panique, mon cœur s’emballa. Aussi, je sautai de l’escabeau, L’écho de mon bond retentit dans le hall. Soudain, le cou du chat rapetissa rapidement. L’animal traversa le couloir et s’engouffra dans une des chambres qui n’était pas encore en travaux.
J’allumai pour vérifier que l’ampoule neuve fonctionnait puis, je grimpai les escaliers afin de retrouver le chat. Seulement, il n’était nulle part, volatilisé. Je cherchai dans chacune des chambres du second étage lorsque j’aperçus son ombre déambulant dans l’escalier. Il était au troisième.
De nouveau, je constatai son ombre mouvant sur la façade écaillée du couloir. La bête marchait toujours sournoisement à la recherche d’une quelconque proie. Il n’était pas si grand, pourtant sa silhouette sembla immense sur le mur. Il avança sans faire de bruit. La tête de l’ombre s’éloigna du corps grâce au cou de plus en plus étiré. Ses oreilles se développèrent différemment. Elles s’allongèrent prenant l’apparence de cornes qui s’enroulèrent lentement sur elles-mêmes. Le plus terrible fut de voir ses pattes arrière grossir et devenir plus puissantes qu’elles n’étaient. Ce n’était plus la silhouette d’un chat mais d’un hybride au corps de félin.
J’entendis mon sang frapper mes tympans tellement le stress prit le dessus. J’observai pendant quelques secondes avant de me persuader être face à une illusion. Je surveillai la bête marchant discrètement. En dehors de mes battements de cœur et de mon souffle difficile à retenir, il n’y eut aucun son. Même l’extérieur garda le silence. Soudain, je tressaillis en découvrant l’ombre se relever sur les pattes arrière.
Le chat marchait sur deux pattes ! Il n’y avait pas de doute, elle marchait difficilement certes, mais elle marchait comme un être humain ! Le chat s’éloigna me laissant seul dans l’inquiétude. Aussi, ma partie rationnelle restant perplexe, je me dirigeai vers les escaliers pour surprendre le matou. Je montai les marches afin d’accéder au troisième étage, je fis le moins de bruit possible. Je me préparai à tout, à être attaqué, à voir le chat partir sur ses quatre pattes ou à ne rien voir du tout.
Bien que je pusse appuyer l’interrupteur, je préférai utiliser la lampe. J’avais le sentiment qu’en allumant entièrement le couloir, je ne verrais rien. Je marchai silencieusement tout en dirigeant la lampe dans la direction du chat. L’ombre de ses cuisses était encore plus grosse et se dessinait sur le mur et les portes. Il ralentit sa démarche, néanmoins il ne remarqua pas la lumière dessinant sa silhouette derrière lui. J’essayai de le suivre du regard lorsque qu’une porte grinça. Il disparut dans la chambre du fond.
Dès lors, j’avançai à mon tour et me retrouvai vite dans le couloir. Par précaution, je préférai éclairer l’endroit. L’ampoule grésilla avant de s’éteindre et de se rallumer immédiatement. Toutes les portes étaient closes. Je pris donc une grande inspiration et ouvris violemment la porte de la chambre censée héberger le chat noir. J’eus le temps d’apercevoir son ombre dressé sur ses pattes. Elle reprit ensuite la forme d’un chat et s’évanouit en pleine lumière lorsque j’actionnai l’interrupteur. Il n’y avait plus de chat !
Toutefois, un léger frisson parcourut mon esprit quand un crachat résonna dans le couloir. Même s’il n’était pas visible, je sentis sa présence. Je supposai qu’il était retourné dans la chambre verte.
Je retournai passer la nuit dans le logis du rez-de-chaussée. Après avoir mangé, discuté par téléphone avec Tatiana, regardé la télévision, je partis dormir en espérant ne pas avoir la visite de la chimère. Cette nuit, j’ai bien entendu les enfant jouer brusquement. Ils coururent faisant un énorme vacarme ; je crus voir le plafond s’effondrer. Cela dura une dizaine de minutes. Mais cette nuit, la femme n’entra pas dans ma chambre. La porte resta fermée, personne ne me rendit visite. Pour la première fois, j’eus comme une sorte soulagement car ce genre de visite reste éprouvant.
Après un petit-déjeuner copieux, je pris une douche. Mais à ma grande surprise, je découvris plusieurs griffures sur le torse et le ventre comme des griffures de chat. Comme si un chat s’était endormi sur mon ventre et avait labouré la zone juste avant afin de le rendre plus moelleux.
Alex@r60 – janvier 2021
MDZS manhua français, chapitre 12.
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