Charles IX Le muguet porte-malheur de Charles IX . C’est le 1er mai de l’an 1561 que Charles IX décida d’offrir du muguet en guise de porte-bonheur. La reine mère, Catherine de Médicis n’y vit rien à redire, le cadeau – pour le coup - ne coûtant rien à la couronne. Ce que l’on sait moins, c’est que le peuple – affamé et heureux d’un tel présent – associa cette fleur à sa soupe. Jean Teulé écrit à ce propos (dans son livre sur Charly 9 et l’Express) : Charly le bon, Charly le maudit : ” — Voulez-vous du muguet ? C’est de la part de Notre Majesté qui ne boit que de l’eau où trempent des fleurs… Assis sur son banc et dos à un misérable lit de feuilles de châtaignier, un père squelettique, qui portait la cuillère à sa bouche d’un air rien moins que soumis, râle après Charly 9 : — Pour une fois qu’il nous file à bouffer, celui-là !… Donnes-en une poignée, soldat, pour mettre dans la soupe. Le père répartit également les clochettes et les feuilles de porte-bonheur dans chacune des écuelles de sa famille en calculant : — Toujours ça de plus à becqueter !… Puis ils se remettent à manger mais soudain suffoquent, tombent, les yeux révulsés. Ailleurs, c’est une mère qui fait boire à son tout-petit l’eau du gobelet où elle avait plongé la tige d’un brin : — Allez, ça masquera l’odeur de vase de la Seine. Encore une gorgée pour Notre Altesse ! L’enfant devient violet, tétanisé. Des gens vomissent contre un mur orné d’un graffiti : « Roi de rien ! » Ils ont cru agir tel le monarque en mangeant leur porte-bonheur ou buvant l’eau des fleurs sauf que le muguet est particulièrement toxique. Tige, feuilles, clochettes, sont mortelles sitôt ingérées. D’une agression voisine de la digitaline, même l’eau où a plongé ce porte-bonheur enflamme la gorge, provoque des nausées, diarrhées immédiates. Panique respiratoire, augmentation fantastique de la pression artérielle, on meurt vite d’un arrêt cardiaque. C’est une hécatombe dans Paris. — Ah, nom de Dieu de nom de Dieu ! Palsangué, vertuguoy, taguienne !… Sous une frise de pierre où s’insèrent des enfants joueurs tenant des guirlandes fleuries, Catherine de Médicis passe, catastrophée, dans le couloir au rez-de-chaussée du pavillon des reines : — Bon, le coup du muguet pour le 1er mai, ça aussi c’est une idée… il va falloir l’oublier et le mieux serait qu’en fait le roi retourne à la chasse. — Oh, morte couille ! Je n’aurai donc jamais de repos ! Quoi ! Toujours des troubles ! Le monarque, dans le même pavillon que sa mère, grimpe à l’étage vers les appartements de sa femme : — Trop heureux le mortel qui peut cacher sa vie ! Le trône est souvent chargé d’infortunes ! “ Le roi atteint d’hématidrose – la sueur de sang - une maladie des humeurs qui ne lui porta guère bonheur mourut à l'âge de 23 ans. Moralité : Doit-on offrir du muguet à son pire ennemi ? A vous de voir… Quoi qu’il en soit, bon premier mai à tous ! ----------------------------------L'express - Jean Teulé.















