Millimètres (2016) de François Bonneau
Né en 1980 et originaire des Deux-Sèvres, François Bonneau a obtenu divers emplois en Angleterre et dans l’Hexagone. Il possède un Master en linguistique, écrit et enseigne les Lettres à Poitiers. Il a rédigé Au détriment de sa réserve en 2008 ainsi que Coup de vieux en 2010, Tristan et Juliette en 2007 et Shot en 2006 en recueil collectif. Pour les éditions Publie.net, il est l’auteur des numéros 9 et 10 de la revue d’Ici là en 2012 et 2014.
Mise en page par Frédéric Ridacker, François Bonneau, Roxane Lecomte.
Il y a tant à dire graphiquement sur cet ouvrage, par où commencer… Tout d’abord la couverture ! Le fond est noir et le dessin rouge, ce qui fait ressortir le titre « mil – lim – ètres » en blanc. Pour ce qui est de mon interprétation, ma première idée s’est faite avec la syllabe « ètres », me faisant penser à un être, une personne, une plante, un animal… Le dessin représente des cubes qui s’empilent, s’entortillent, s’emmêlent. Et si chaque cube représentait un être ? Le dessin continue y compris en dehors du cadre, partant dans la pénombre du fond ou sortant de la couverture. Cela pourrait rappeler la population sur Terre qui s’accroît. De plus, l’entremêlement des cubes rappelle les rapports sociaux que nous entretenons les uns les autres. Cette intuition sur la Vie s’est approfondie au fur et à mesure de ma lecture.
Il n’y a pas une seule manière de le lire, ce n’est pas linéaire. Bien sûr, ça peut ! Mais ça ne doit pas ! Et c’est là toute la différence ! Les textes paraissent indépendant les uns des autres, ils ne sont même pas dans l’ordre (le texte 1.1 est aussitôt suivi par le 2.1 puis le 3.1). Nous pouvons les lire de trois manières :
- La première de façon traditionnelle : du début à la fin, de la première à la dernière page.
- La deuxième en rebond par mot : en bas de la page, on a l’option « Éclairage/rebond sur ce mot ». On a dans le texte un mot ou une expression qui ressort et si on va à la page où ce mode nous renvoie, on tombe sur un texte qui sera en rapport avec ce dernier. Par exemple le premier texte comprend l’expression « On devrait moins penser » et nous relie au texte 3.6 qui nous parle de la pensée en passant par le « décollage » qu’on retrouvera au texte 6.1 qui aborde les avions, etc…
- La troisième en suite comme une série : toujours en bas de la page, en dessous de l’option pour le rebond que nous avons abordé plus tôt, on a le mode « Suite de la série ». Cette fois, l’auteur nous indique la page pour retrouver la suite « logique ». A quoi servaient les numéros me demanderez-vous ? Eh bien à ça justement ! Ainsi le texte 1.1 page 13 nous renvoie page 20 au 1.2 et ainsi de suite.
Pour conclure, ce livre est pour moi une matérialisation de la Vie. Les chemins pour avancer sont différents et n’amènent pas aux mêmes résultats. Déjà la lecture sera différente mais en plus, selon notre choix de mode de lecture, on saute certaines pages et on en lit d’autres qu’on ne lirait pas avec un autre mode. Telle la Vie, il n’existe pas qu’un seul immuable et inaliénable chemin mais plusieurs. Nos choix qui influencent ici la lecture nous rappellent qu’ils modifient aussi nos vies qui sont faites de décisions à prendre. Et c’est pour toutes ces raisons que Millimètres est un de mes livres contemporains préférés. Il nous montre que la littérature contemporaine est reliée à la Vie et qu’elle peut nous permettre de la voir sous une autre forme ou encore sous un autre angle.
Chronique réalisée et montée par suzgraphisme. Crédits audio : “Le fabuleux destin d’Amélie Poulain Thème” (Yann Tiersen) et “Musique libre de droit contemporain city” (Royalty Free Music). Tous droits réservés.














