Libre de vapoter en public en Angleterre ! [The Guardian - 26/08/2014]
LA LIBERTÉ DE VAPOTER EN LIEUX PUBLICS SERA PRÉSERVÉE !
LA POLITIQUE ANTI-TABAC SERA RENFORCÉE PAR LES PAQUETS NEUTRES !
Selon The Guardian,grand journal britannique, le ministre anglais de la Santé a décidé de ne pas interdire l’utilisation du vaporisateur personnel (VP, ou cigarette électronique) en lieu public recouvert.
Et que se prépare-t-il en France ? L’Espace Social, normalement bien informé, nous révèle que la ministre de la Santé refusera les « paquets neutres » pour raison de protection de droit de propriété et interdira l’utilisation du VP en lieux publics « fermés », risquant ainsi d’associer l’usage du vaporisateur personnel avec la dangerosité avérée des produits du tabac, et de dissuader les fumeurs d’avoir recours à un dispositif pourtant reconnu plus sain.
Quel contraste ! D’un côté de la Manche, un gouvernement qui s’attaque sérieusement contre le tabagisme et promeut le VP comme arme de combat ; de l’autre, une politique anémique envers le tabac, mais rigoureuse contre l’e-cigarette.
Mme la ministre lorgnerait-elle sur la politique de ses collègues belges, avec des prix du tabac encore plus réduits, et une réglementation anti-VP draconienne, ayant pour seul résultat un tabagisme en augmentation ?
Mme la ministre de la Santé de la République, constatez les résultats ! Ne vous laissez pas dépasser par votre homologue anglais ! Reconnaissez enfin l’énorme bienfait pour la santé publique qu’est le vaporisateur personnel. Montrez l’exemple ! Encouragez-le !
Cigarette électronique : réglementer, puis étudier [L'Actualité - 28/08/2014]
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), c’est à l’industrie de la cigarette électronique de fournir les preuves scientifiques des bénéfices de ce produit. Compte tenu de l’enjeu, les autorités de santé et les organismes qui financent la recherche auraient aussi tout intérêt à s’en mêler — et à subventionner des études.
Photo: Alberto Pizzoli/AFP/Getty Images
Selon l’OMS, les ventes d’inhalateurs électroniques de nicotine, de l’ordre de 3 milliards de dollars dans le monde en 2013, pourraient atteindre 50 milliards de dollars d’ici 2030.
D’emblée, l’OMS reconnaît que l’effet qu’ont ces nouveaux dispositifs ne fait pas consensus chez les spécialistes de la lutte au tabagisme, et que la science ne permet pas pour l’instant de trancher, car on ne dispose pas d’assez de recul.
Alors que certains y voient un outil très intéressant pour réduire la consommation de tabac, d’autres craignent que la cigarette électronique ne vienne saper des années d’efforts dans la lutte au tabagisme, en «renormalisant» la consommation de nicotine.
De ce rapport, les médias ont surtout retenu que l’OMS préconise l’interdiction du vapotage dans les lieux publics fermés et de la vente de cigarettes électroniques aux mineurs. Par crainte de l’effet que la nicotine puisse avoir sur le développement du cerveau, l’OMS la déconseille aussi fortement aux femmes enceintes.
Ce qui inquiète visiblement surtout l’OMS, c’est que le marché des cigarettes électroniques — dominé à ses débuts par de petites entreprises qui n’avaient aucun intérêt à voir se perpétuer la vente de tabac — est en train de passer rapidement sous la houlette des multinationales de la cigarette, passées maîtres dans l’art de manipuler leurs produits et de tirer profit de la moindre faille dans les lois pour se trouver des clients… quitte à les tuer à petit feu.
Initialement dominé par des sociétés sans lien avec l’industrie du tabac, le marché des inhalateurs électroniques de nicotine appartient de plus en plus aux cigarettiers. Toutes les grandes sociétés transnationales productrices de tabac vendent des inhalateurs électroniques de nicotine et se livrent une bataille sans merci sur le marché en plein essor de la cigarette électronique, l’une d’entre elles ayant attaqué ses rivales en justice en alléguant la contrefaçon de brevets. Le fait que les transnationales du tabac tiennent de plus en plus le marché des inhalateurs électroniques de nicotine est très préoccupant compte tenu de l’histoire des sociétés qui dominent ce secteur d’activité.
Alors que l’absence ou le non-respect des réglementations sur les produits contenant de la nicotine, mais pas de tabac, a permis l’essor de la cigarette électronique, l’OMS craint aujourd’hui que les cigarettiers n’en profitent pour glisser dans les liquides nicotinés quelques-uns de leurs ingrédients plus ou moins secrets. Des produits dont on sait aujourd’hui qu’ils ont incité des millions de gens à se mettre à fumer et rendent le sevrage plus difficile. Les arômes de bonbons, par exemple, ont particulièrement la cote auprès des jeunes.
L’OMS recommande aussi d’interdire les allégations «santé» sur ces produits tant que leurs bénéfices dans la cessation tabagique n’ont pas été clairement démontrés, et d’encadrer beaucoup plus sévèrement la publicité.
La plus grande prudence s’impose. Même si rien ne prouve aujourd’hui que la cigarette électronique peut jouer le rôle de porte d’entrée pour les jeunes vers les produits du tabac, et que :
Il est probable que l’utilisation d’inhalateurs électroniques de nicotine aidera certains fumeurs à passer complètement de la cigarette à ces dispositifs. Mais pour un nombre appréciable de fumeurs, leur utilisation aura pour effet de diminuer la consommation de cigarettes plutôt que l’arrêt complet, avec pour résultat l’usage en parallèle d’inhalateurs électroniques de nicotine et de cigarettes.
Selon nombre de cardiologues et pneumologues, la cigarette électronique donne effectivement des résultats spectaculaires chez certains fumeurs.
Ne grillons pas les étapes, leur dit en substance l’OMS, qui affirme que réglementer ce produit est un préalable indispensable pour établir une base scientifique solide en permettant des études en bonne et due forme, dans lesquelles on peut contrôler tous les paramètres.
Aujourd’hui, compte tenu de l’extrême diversité des produits — dispositifs électroniques et e-liquides — et de l’évolution rapide de la technologie, force est de constater qu’il est bien difficile de déduire quoi que ce soit des études menées jusqu’à présent.
Selon l’OMS, c’est à l’industrie de la cigarette électronique de fournir les preuves scientifiques des bénéfices de ce produit.
Néanmoins, compte tenu de l’enjeu, il me semble que les autorités de santé — et les organismes qui financent la recherche — auraient aussi tout intérêt à s’en mêler et à subventionner des études.
Même si cela n’a pas valeur de preuve scientifique formelle, le fait que des centaines de médecins à travers le monde rapportent voir régulièrement des accros au tabac se libérer enfin de ce poison en se mettant au vapotage devrait inciter les autorités à regarder de près cette solution potentielle — fût-elle bien imparfaite — à un problème de santé publique qui tue chaque année 6 millions de personnes dans le monde.
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Big Tobacco abandonnerait-il les cigarettes au profit de la cigarette électronique ? [The Conversation - 08/07/2014]
The conservation, un journal indépendant Australien financé par des universités, a évoqué ce 8 juillet les relations complexes entre tabac et cigarettes électroniques dans la version britannique de son édition. Sous le titre « Big Tobacco est-il en train d’abandonner la cigarette pour l’e-cigarette ? » l’article de Becky Freeman propose une grille de lecture du marché plutôt intéressante.
Despite e-cigarettes seemingly dominating public and academic debate on tobacco control, the global e-cigarette market is minuscule compared to traditional tobacco products. Euromonitor estimates that the global e-cigarette market was worth US$3 billion in 2013.
Compare this to the global tobacco market, one of the most valuable fast moving consumer goods industries, worth an estimated US$800 billion – more than 260 times the size of the e-cigarette market. This highly profitable tobacco market, outside of China, is dominated and controlled by just five major players: Japan Tobacco International, Imperial Tobacco, British American Tobacco, Philip Morris International, and Altria/Philip Morris USA.
All the major global tobacco companies now have a stake in the e-cigarette market, with most buying up independent e-cigarette companies.
Philip Morris International, known as PMI, has taken it a step further: in addition to recently purchasing UK e-cigarette company Nicocigs Ltd, it will be launching the Marlboro HeatStick. Unlike e-cigs, which vapourise liquid nicotine, the HeatStick takes normal tobacco and heats it to 350 degrees Celsius to create a tobacco vapour.
PMI plans to introduce the Marlboro HeatStick in test markets in Japan and Italy later this year. Similar sorts of products were introduced in the 1990s, but failed dismally when smokers rejected both the taste and lack of smoking satisfaction. PMI appears hopeful this latest generation of heat technology will be more acceptable to smokers.
PMI will launch the Malboro HeatStick in Tokyo and Italy next year. Stéfan/Flickr, CC BY-SA
On the surface, it might look like the tobacco industry is simply buying up these companies before they become a major threat to its profits. Or even, that it sees a bright future for e-cigarettes and wants to control the market.
But considering just how much more profitable traditional cigarettes are than e-cigarettes, and the tobacco industry’s long and chequered corporate history, it’s important to question what other motivations they might have.
Tobacco advertising on television is nearly universally banned, the tobacco-friendly states of Indonesia and Zimbabwe being two holdouts. It has been decades since a tobacco ad appeared on television screens in the United States and United Kingdom. But e-cigarette marketing is a booming business in both countries with controversial television ad campaigns and celebrity endorsements.
Using celebrities, sex, glamour, adventure, rebelliousness, youth and beauty to sell addictive products is very familiar territory for the tobacco industry. These sorts of campaigns contradict the tobacco industry’s pubic relations message that it is only interested in selling e-cigarettes to adults who are unable to quit smoking.
Add to the fact that PMI can no longer show packs of Marlboro on store shelves or splash the iconic red Marlboro chevron on Formula One cars, it can promote the US$69 billion Marlboro brand by putting it on the HeatStick product.
E-cigarette companies use sex and glamour to sell their products.
E-cigarettes could also help the tobacco industry undo the effects of policies that have seen cigarettes pushed out of social settings that kept people smoking. While smoking bans are principally about protecting people, especially workers, from secondhand smoke, they have an additional positive benefit of reducing smoking rates.
Pushing to allow e-cigarette use in pubs and restaurants means there is no need to quit, because when you can’t smoke, simply use an e-cigarette instead. But, don’t forget to keep smoking the real stuff when you can too.
Since acquiring e-cigarette brands, not one tobacco company has stepped out of the way of tobacco control policy makers working to reduce smoking. The industry has not raised a white flag and agreed to no longer oppose effective tobacco control policy reform.
It is business as usual: oppose, lobby and litigate when countries implement laws that impact on cigarette sales. Which is why the global treaty to reduce tobacco use, the World Health Organization’s Framework Convention on Tobacco Control, is explicit in banning tobacco industry influence in tobacco control policy. Finding a “fundamental and irreconcilable conflict of interest” between the industry and public health means the industry is not a welcome stakeholder in formulating public health policy.
E-cigarettes are a potentially useful tool in giving the tobacco industry a seat back at the policy table. If it can point to e-cigarettes as “proof” it cares about consumers and is working to reduce tobacco harms, then perhaps it will no longer be shut out of the regulatory process. No matter that e-cigarettes are a tiny portion of its total business.
And finally, e-cigarettes are a huge distraction to tobacco control advocates and policy makers. No doubt the tobacco industry celebrates witnessing the debate and division among tobacco control colleagues over the utility of e-cigarettes in reducing the harms of tobacco use. The less attention paid to the deadly US$800 billion arm of the business the better.
Source: "Is big tobacco abandoning smokes for e-cigarettes?" - The Conversation - 08/07/2014
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Alors que le gouvernement est à l’agonie, au plus bas dans les sondages, vilipendé par les médias, c’est néanmoins rassurant de s’apercevoir que nos ministres continuent à se faire du souci pour nous, à se préoccuper de notre bien être… C’est le cas de Marisol Touraine, pleine de sollicitude à notre égard. Ainsi, le 17 juin, la ministre de la Santé va présenter ses nouvelles mesures antitabac et notamment l’interdiction de la cigarette électronique dans les lieux publics. Une mesure d’extrême urgence quand on sait que, rien qu’en 2013, l’e-cigarette a fait reculer les ventes de tabac en France de 7% ! Un manque à gagner pour l’Etat de plus de 1 milliard d’euros sur les 14 qu’il engrange chaque année grâce au tabac.
Et que l’on ne me sorte pas les chiffres du cancer, comme quoi la cigarette classique tue 73 000 personnes par an en France, alors que l’e-cigarette diminue ces risques par dix ! Si, demain, le nombre de morts chute à 7 300, vous imaginez les conséquences sur le déficit des retraites ! Le rôle d’un gouvernement n’est pas de sauver des vies à tout prix. Marisol est une commerçante comme une autre avec un bilan et des comptes à gérer. Tout d’un coup, on lance un produit sur le marché et son succès fait de l’ombre aux autres. Il faut savoir faire machine arrière. C’est comme l’électroménager indestructible des années 70 qui nous a fait beaucoup de mal. Aujourd’hui, on fabrique une télé, elle grille au bout de cinq ans, ça dope l’économie.
Bien sûr, Marisol ne peut pas dire : «J’interdis l’e-cigarette dans les lieux publics pour préserver mon bénef !» Des années que les hausses du tabac n’entraînent aucune baisse des ventes, le gouvernement continue à se remplir les fouilles tout en gardant bonne conscience et, là, pas de bol, à cause d’un vulgaire morceau de plastique : - 7% du chiffre ! Il a donc fallu que ses conseillers en communication trouvent un prétexte, un truc un peu vicieux : «Vapoter dans un lieu public incite les jeunes à fumer. L’e-cigarette est une porte d’entrée vers la vraie cigarette.» Oui, le jeune est con ! S’il voit quelqu’un dans un lieu public rejeter de la vapeur d’eau par la bouche, ça lui donne envie. Du coup, Marisol devrait interdire à quiconque de respirer dehors quand il fait froid, ça fait de la vapeur, ça peut donner envie. Le jeune est con et introverti, il ne sort jamais, ne va jamais au cinéma, n’a jamais vu un acteur fumer une clope… résultat, c’est le connard sur un quai de gare tirant sur une e-cigarette qui le convertit à la fumette. C’est lui le responsable ! Si on suit la logique de Marisol, ne faudrait-il pas de nouveau autoriser la cigarette au bureau ? Tous ces gens qui dorénavant descendent fumer sur les trottoirs, n’est-ce pas une énorme pub pour la cigarette ?
Autre mesure phare préconisée par Marisol, la mise en place de paquets neutres, noirs, tous identiques avec la marque en minuscule, afin de rendre la cigarette moins attractive.
Franchement, des paquets rigoureusement identiques… imaginez le casse-tête pour le buraliste, le matin, aux heures d’affluence !
«Une Marlboro, s’il vous plaît.
- Cinq minutes. Denise, t’as vu mes lunettes ?»
S’il se goure, ça permet aux jeunes de goûter une autre marque. «Dites-moi, Monsieur Duvivier, c’était super bon ce que vous m’avez donné hier, je vous ai rapporté le paquet.
- Je ne vois pas ce que c’est ? Denise, mes lunettes ! Bon, essayez-moi ça, il paraît que c’est génial !»
Que les buralistes «se rassurent», les paquets neutres étant beaucoup plus faciles à copier, cela favorise le marché noir. Ils en auront donc beaucoup moins à vendre et disposeront de plus de temps pour trouver le bon paquet.
Peut-être que Marisol aurait dû durcir le message sur l’emballage, mettre un truc qui nous foute bien les jetons. A la place de «Fumer tue» : «Fumer tue sur le coup !» ou «Ouvrez ce paquet, vous êtes mort !» Elle aurait pu aussi changer la photo : les poumons nécrosés, les bouches édentées, on s’y est habitué, ça ne nous fait plus rien. Mettre une photo d’homme politique. Ils sont tellement haïs dans l’opinion. Un cliché du Président. Sortir un paquet avec la tête de François Hollande, c’est la honte ! Bon, le seul avantage du paquet noir c’est que pour se rendre à l’enterrement d’un pote mort d’un cancer des poumons, c’est très chic.
«Il s’était mis à refumer quand JP ?
- Quand Marisol a interdit l’e-cigarette dans les lieux publics, ça l’a énervé d’être de nouveau stigmatisé, du coup, il s’est remis à fumer des cigarettes normales.
- Le pauvre… Tu veux une clope ?
- Merci. Très classe ton paquet noir. JP aurait été très touché.
- Il est enterré ou incinéré ?
- Incinéré, il a demandé à fumer jusqu’au bout pour faire chier Marisol !»
Stéphane GUILLON
Source: "Fumer tue sur le coup" - Libération - 06/06/2014
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La cigarette électronique, cette révolution que le gouvernement ne comprend pas [Slate - 11/05/2014]
Phénomène sans précédent, les ventes de tabac décrochent, comme celles des substituts à la nicotine. Un bouleversement sanitaire dont l'État n'a pas encore pris la mesure.
Ce jour-là, le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue et président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT), rendait public son rapport d’experts sur la cigarette électronique, prudent vis-à-vis de cette nouvelle manière d’inhaler de la vapeur d’eau nicotinée.
Marisol Touraine annonçait alors que la cigarette électronique ne serait pas interdite en France, mais que tout serait mis en œuvre pour en encadrer l’usage et freiner sa commercialisation. Motif: elle n’avait, selon la ministre de la Santé, fait la preuve ni de son innocuité, ni de son efficacité en matière de sevrage. Aussi annonçait-elle que la publicité en serait interdite et que la loi prononcerait l’interdiction de sa vente aux mineurs. Il serait d’autre part interdit de vapoter dans les lieux publics voire dans certains «espaces publics».
Hostilité en baisse
Un an plus tard, la publicité reste discrète. La vente aux mineurs est officiellement interdite. Les ventes aux adultes (magasins spécialisés et buralistes) continuent elles de progresser à un rythme très soutenu: on compte environ 1,5 million d’utilisateurs réguliers, exclusifs ou non, selon une enquête Etincel-Ofd.
Le Premier ministre a changé, mais Marisol Touraine est toujours ministre de la Santé. Le 30 avril, sur BFM TV, elle annonçait, une fois encore, qu’elle était «favorable» à l’interdiction de la cigarette électronique dans «certains espaces publics», ajoutant que des dispositions en ce sens seraient incluses dans la prochaine loi de santé publique –loi dont le contenu devrait être connu dès l’été.
Le même jour et à la même heure, le Pr Bertrand Dautzenberg tenait une conférence de presse d’une autre facture, afin de rendre public un rapport révélant le premier consensus trouvé sur l’e-cigarette au sein de la communauté des tabacologues.
De fait, une fraction croissante de ces spécialistes de l’addiction n’est plus hostile à cet objet. Alors même que son usage leur échappe (ils ne sont pas prescripteurs), ils reconnaissent ne plus pouvoir l’ignorer dans la démarche de l’abandon du tabac.
«Ni un produit du tabac, ni un médicament, ni un dispositif médical»
«La cigarette électronique est un produit récent contenant le plus souvent de la nicotine. On estime en France qu’en novembre 2013, la moitié des fumeurs l’avaient essayée. Ce n’est actuellement ni un produit du tabac, ni un médicament, ni un dispositif médical. Les professionnels de santé doivent toutefois tenir compte de ce nouveau produit lors de la prise en charge des fumeurs», expliquent ces tabacologues.
Pour autant, ce n’est pas un produit anodin:
«La cigarette électronique n’est pas un produit considéré comme sain car elle libère, entre autres, des substances irritantes et le plus souvent de la nicotine, substance addictive. En raison de son potentiel addictif et irritant (et des inconnues sur d’autres effets), les professionnels de santé doivent absolument déconseiller l’expérimentation de la cigarette électronique au non-fumeur –qu’il soit adulte ou adolescent– et à l’ex-fumeur qui souhaiterait tester ce nouveau produit.»
Pour ces experts, la page semble heureusement définitivement tournée des accusations de 60 millions de consommateurs, en août 2013, sur le potentiel cancérogène de cet inhalateur.
Les tabacologues ajoutent en revanche que l’e-cigarette (même sans nicotine) reproduit une gestuelle et un effet sensoriel oropharyngé (le fameux throat hit) assez voisin de la cigarette. Ceci pourrait contribuer à une forme de «renormalisation sociale» du tabac et ainsi favoriser l’initiation, en particulier chez les adolescents:
«Il est donc justifié que sa vente soit interdite aux mineurs et que sa publicité soit interdite.»
Ils se refusent enfin à aborder «la question particulière des règles à adopter concernant l’utilisation de la e-cig dans les lieux publics» (et notamment dans les structures de soins publiques ou privées, pour «certains patients hospitalisés en psychiatrie ou en centre de soins palliatifs»).
Attitude pragmatique
Il s’agit là d’une nouvelle attitude très pragmatique, qui prend en compte un phénomène sans précédent en France: au premier trimestre 2014, on a pour la première fois observé une baisse très notable des ventes de cigarettes (-8.9%) et de tabac à rouler (-7,5%) ainsi, conjointement, qu’une baisse encore plus importante du recours à l’arrêt du tabac par les méthodes médicales classiques (-51.6% pour les patchs et -39.4% pour le Champix® de la multinationale pharmaceutique Pfizer).
«Ces deux tendances –tabac et médicaments– étaient jusqu’à présent toujours en sens inverse. C’est là un véritable changement de paradigme. Il fait clairement suite à l’arrivée de la e-cigarette et nous ne pouvons pas ne pas en tenir compte, déclare à Slate.fr le Pr Bertrand Dautzenberg. Nous sommes désormais, médecins et autres professionnels de santé, en permanence questionnés par nos patients sur la cigarette électronique. Et en l’absence d’études probantes, nous sommes parfois porte-à-faux pour répondre. C’est le sens et la raison de l’élaboration de notre avis d’experts. Avec un seul objectif: aider un plus grand nombre de fumeurs à quitter le tabac.»
Face à cette «révolution des vapoteurs», les responsables de la politique sanitaire française apparaissent jusqu’à présent soit absents, soit radicalement désarmés. Aucun organisme public n’est chargé de prendre la mesure du phénomène, d’en étudier les ressorts et la portée en termes de santé publique. C’est ainsi, par exemple, que la Haute autorité de santé (HAS) se borne toujours à dire que la cigarette électronique «n’est pas recommandée à ce jour» mais que «son utilisation n’est pas découragée». «Nous n’avons pas assez de données scientifiques sur son efficacité et son innocuité», ajoute la HAS, qui ne fait rien pour constituer de telles données.
Cette situation incompréhensible, inacceptable, ne pourra raisonnablement durer. Ne serait-ce que parce que les dernières tendances des marchés et l’initiative de l’OFT coïncident avec les engagements que vient de prendre François Hollande lors du lancement du troisième «Plan Cancer». Pour lutter contre le tabac (à lui seul responsable de 70.000 morts prématurées par an), le président de République a demandé en février à la ministre de la Santé de présenter «avant l'été» un «Programme national de réduction du tabagisme». Objectif: obtenir «la réduction d’un tiers du nombre de fumeurs d’ici à 2019».
Exemple anglais
Le défi est de taille. Entre 2005 et 2010, la part des fumeurs quotidiens (18-75 ans) est passée en France de 28% à 30% (33% des hommes et 26,6% des femmes), avec une augmentation significative chez les femmes (en particulier entre 45 et 64 ans). Les chiffres officiels indiquent que la consommation de tabac atteint des niveaux très préoccupants chez les jeunes, les personnes précaires, les femmes. L’usage, parmi les jeunes de 15‐16 ans, est plus élevé que la moyenne européenne (38% contre 28%) et l’âge moyen d’initiation est actuellement de 13 ans.
Pour autant, ce défi n’est peut-être pas hors de portée. La France peut ici prendre exemple sur l’Angleterre qui, pour la première fois depuis quatre-vingts ans, est passée sous la barre des 20% de fumeurs. La démonstration en a été apportée en février dernier dans les colonnes du British Medical Journal (BMJ) par Jamie Brown et Robert West (University College London).
En Angleterre, le tabagisme était rare au début du XXe siècle. Le pic a été atteint en 1962 avec 70% de fumeurs et 40% de fumeuses. Puis la nation anglaise prit conscience du fléau. Le tabagisme recula ensuite au rythme de 0,6% par an à compter du début des années 1970.
Le progrès ne fut pas égal selon les classes sociales et tout n’est pas encore acquis, notamment chez les jeunes. Mais il y a bien eu en Angleterre un progrès majeur et spectaculaire de santé publique; progrès obtenu au prix d’une politique sanitaire pragmatique et volontariste –politique fondée sur des services publics proactifs et un véritable soutien financier à l’aide au sevrage qui n’existe toujours pas en France. [1]
Aujourd’hui, la cigarette électronique fait que la donne change. Il serait paradoxal que, fort de l’engagement du président de la République, le nouveau gouvernement continue de facto à compliquer le parcours de celles et ceux qui trouvent dans la cigarette électronique une méthode pour tenter de sortir de leur esclavage tabagique. Une cigarette électronique dont ils ne demandent pas encore qu’elle soit prise en charge par la Sécurité sociale dès lors qu’elle s’inscrit dans une démarche de sevrage. Cela pourrait ne pas tarder.
Jean-Yves Nau
[1] Le forfait annuel de sevrage tabagique est actuellement de 50 euros. Il est prévu son «triplement» (de 50 à 150 euros) «pour trois populations particulièrement exposées et souhaitant s’arrêter de fumer»: les jeunes de 20 à 30 ans; les bénéficiaires de la CMU; les patients atteints de cancer.
Source: "La cigarette électronique, cette révolution que le gouvernement ne comprend pas" - Slate -11/05/2014
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Cig-E: Le clair-obscur de la commission européenne [Agora Vox -23/04/2014]
Beaucoup le savent, la commission européenne est l'institution championne du camouflage technocratique. Obtenir de réelles informations, fiable et concrètes, sur son mode de fonctionnement, ses accointances et ses leviers d'actions relève du parcours du combattant. Toujours dans le collimateur dès que le mot lobby, (ou groupe d'influence en bon français) est prononcé, la commission vient, encore une fois, de donner raison à ses détracteurs. En effet, la médiatrice Emilie O'Reilly vient de se voir refuser le droit à la publication des notes internes concernant la démission de l'ancien Commissaire européen à la santé et à la politique des consommateurs, John Dalli.
Le problème survient dans le cadre de l'action de John Dalli à propos de la TPD (Tobacco Product Directive ou directive sur les produits du tabac), dont il a supervisé la révision. Cette directive vise à encadrer la consommation de tabac au sein de l'union européenne, en produisant les règles qui encadrent les différents produits. Notons au passage que la cigarette électronique, étrangement, rentre dans le cadre de cette directive, alors qu'il ne s'agit aucunment d'un produit du tabac. Passons.
Il faut savoir qu'en Europe, le pays qui connait le taux de fumeur le plus bas dans la population adulte est la suède. Et pour cause, c'est dans ce pays que s'est développé et démocratisé l'usage du SNUS, interdit en Union Européenne. Le Snus est une méthode alternative de consommation de tabac, qui fait fureur dans les pays scandinave. Il s'agit de tabac humide, mélangé à divers additif, conditionné en petits sachets semblables à des sachets de thés. En somme, c'est un mode de consommation assez proche du tabac à priser. Il se place derrière la lèvre supérieure, et se conserve de quelques minutes à quelques heures, selon l'envie. Il faut bien comprendre qu'il s'agit d'un vrai produit du tabac, et que les additifs sont principalement du sel, de l'eau et des arômes. Considéré comme beaucoup moins dangereux pour la santé que la cigarette (mais comportant quand même des riques notamment au niveau des cancers de la bouche), il est cependant interdit en Union Européenne, depuis les débuts de la TPD.
Le 16 octobre 2012, l'OLAF (L'office européen de lutte anti-fraude), publie un rapport qui soupçonne John Dalli de trafic d'influence, ce qui pousse ce dernier à la démission. Il est soupçonné d'avoir été approché par Swedish Match, le fabricant de Snus, pour légaliser la consommation du produit en Union Européenne. Contre la somme modique de 60 millions d'euros. Cette somme n'a pas été versée, mais le mal était fait. En effet, de nombreux analystes ont alors pointé du doigt le pouvoir de l'industrie du tabac, qui tentait par tous les moyens d'influer sur la directive, et lorsqu'elle n'y parvient pas, de bloquer de futures évolutions via ses groupes de pression.
La question que soulève cette affaire va bien plus loin qu'une banale histoire de corruption. Comment la commission européenne pouvait paraître plus suspecte qu'en refusant le droit à la médiatrice de publier les notes internes concernant l'enquête ? Emilie O'Reilly a même déclaré publiquement que : « Les arguments de la Commission justifiant le refus d'accès ne sont pas convaincants. La divulgation des documents permettrait de rassurer le grand public sur le fait que la Commission a traité très sérieusement ce cas et de montrer un exemple de transparence pour de futurs cas d'intérêt public. »
Quand on sait les forces en présence, on peut s'inquiéter très sérieusement du sort de la cigarette électronique, qui permet à bien des gens de se sevrer du tabac. Car même si celle-ci pouvait présenter des risques pour la santé (dont aucun n'a été prouvé pour l'instant), elle ne pourrait en aucun cas être aussi dangereuse que la cigarette classique. Or, elle est défendu par de petites associations citoyennes, et des démarches publiques associatives comme l'AIDUCE. Des forces sans communes mesures avec la puissance de frappe de l'industrie du tabac, qui possède les groupes de pression parmis les plus puissant de la planète. Au-delà d'un simple question de santé publique, il apparait de plus en plus urgent de s'interroger réellement sur les moyens de contrôle des citoyens sur la Commission Européenne.
Source: Cig-E: "Le clair-obscur de la commission européenne" - Agora Vox -23/04/2014