COHABITE au sommet sur la ville inclusive, innovante et résilientes Regards
Lundi : premier contact, étrange et assez enthousiasmant !
La jeune designer que je suis s'était un peu inscrite à la dernière minute à cet événement. J'ai débarqué fraîchement à l'Hôtel de Ville de Paris, parmi un nombre incroyable d'élus du monde entier et de directeurs d'entreprises influentes. Je dénotais un petit peu, mais j'étais ravie de découvrir tout ce beau monde et ce qu'il allait dire sur la ville. Le décalage entre leurs considérations sur la ville et les miennes n'était pas si grand finalement, et il était génial de voir que la génération élue cherche encore à s'adapter à la réalité technologique, humaine et ségrégative de nos villes. Les fantasmes que nous projetons sur les puissants de ce monde ne se sont pas tous avérés totalement vrais, et il était agréable de voir comment se profile, à l'échelle politique, nos villes.
Anne Hidalgo : « Inclusive, car chaque citoyen appartient à la même ville. Résilient, pour suivre le chemin qui cherche la part d'humanité en nous. » « La ville est le lieu de vie de toutes les populations ensemble, avec la consultation des citoyens. »
Logement : des collectivités au service de leurs habitants
Premier atelier sur la question du logement, et réalité des réalités tellement différentes selon les pays. Au Mexique, les mairies financent des campagnes de construction de toits et de sols, d'accès à l'électricité, dans des villes qui s'étendent sans fin. A Porto, pour que les populations paupérisées ne quittent plus les centre ville, la mairie rachète, rénove et reloge au centre. A Bruxelles, les maires se battent pour faire comprendre aux quartiers gentrifiés le bien réel qu'est la cohabitation et la plus value d'un logement social dans un quartier chic. Ces logements sociaux ne sont d'ailleurs pas synonymes de « cheap ». D'autres maires affirment la primauté du bien-être de leurs habitants dans tous leurs projets et la maire de Cape Town appuie sur le fait qu'il faut construire des communautés avant de construire des logements, il faut laisser la place à l'humain, en réduisant les distances pensées par les urbanistes … La ville doit produire pour chacun la qualité nécessaire pour grandir.
Les entreprises et le logement : une prise en compte de l'habitant essentiellement numérique
Des représentants de grands groupes tels que Icade, Bouygues Immobilier et le nouveau EDF ont discuté lors d'une table ronde des nouveaux logements. L'exemple donné était les Black Swan de Strasbourg qui vont venir assez vite défigurer la presqu'île Malraux par trois grands blocs noirs posés dans le paysage urbain. Mais au-delà de cette image « idéale » des nouveaux logements en ville, ces trois personnes considéraient principalement que le bien-être des habitants était principalement lié à l'accès aux différents réseaux internet, électrique, etc. Le premier critère était celui-ci et le mot « inclusif » ne se référait qu'à cela. Mme Icade décrivait la répartition nécessaire des compétences de maîtrise pour arriver à un projet cohérent et fidèle à ses principes. Elle a cité la place des habitants sans pour autant expliquer à qui revient la charge de les inclure dans le projet. Et je n'ai pas pu poser cette question qui me semblait essentielle, surtout lorsque la table ronde a fini sur la merveille de la domotique et de la maison entièrement connectée sans aucun appui sur l'expérience habitante…
Un belle surprise : CetteFamille
Cette table ronde regroupant les grands de l'immobilier accueillait aussi une jeune femme, fondatrice d'une très jeune startup proposant, face au manque de place en EPAHD, aux personnes âgées d'être hébergées dans des familles d'accueil. L'entreprise les met en relation et facilite l'installation ainsi que le suivi. Belle initiative non ?
Partager l'espace de la ville : place aux femmes, et après …
La table ronde autour du partage de l'espace de la ville se concentrait essentiellement sur le sujet de la place des femmes dans la ville. Elle expliquait les dispositifs mis en œuvre, les marches, les réunions, etc. J'ai été marquée que cette question tourne uniquement autour de la parité dans l'espace public, sujet certes intéressant mais tellement sensible que même le point de vue des intervenants ne peut être questionné : leur idée est de toute façon légitime et vraie. Existe-t-il des analyses sociologiques qui ne prennent pas le parti de dire : tout va mal ?
Maire de Dakar : coup de cœur général
Le maire de Dakar a prononcé les mots qui ont réunit chaque personne présente. En parlant de l' »idéal que chacun veut vivre », il a montré qu'il faut construire la ville comme une « communauté de pensée et de vie », où « chacun a sa place et le prend ». Ce qui m'a particulièrement interessée c'est qu'il a précisé après cela qu'on ne peut rien construire sans d'abord bâtir la toute première infrastructure qui est l'infrastructure humaine. Et cela se fait par trois points :
- l'éducation, la formation et la santé
- la gouvernance (« avec eux, par eux, pour eux »). Il précise alors que les années de retard de l'Afrique deviennent un bonus pour directement inclure les habitants avec un œil neuf.
- accès aux ressources par une gestion des coûts. Le retard de l'Afrique touche ici un enjeu majeur : ne pas polluer comme l'Occident l'a fait. Et il s'est fait le porte-parole d'une Afrique qui veut un véritable partenariat avec l'Occident et non pas toujours tendre la main.
Saskia Sassen : oratrice hors paire
L'ouverture de la ville était le sujet de la conférence d'ouverture du Forum Smart City. Saskia Sassen a éclairé le fait que la ville ouverte est une ville pour tous, c'est le lieu où tous ceux qui n'ont pas le pouvoir peuvent quand même faire du politique. Et il n'y a pas de ville intelligente et technologique s'il n'y a pas de mobilisation de toutes les intelligences, de l'intelligence de chaque voisinage. Car chaque voisinage, quartier, etc a une connaissance de la ville que les experts n'ont pas. Elle a réalisé une étude traitant de : « A qui appartient la ville? » où elle analyse l'achat des terres urbaines par des pays étrangers. Cela augmente l'impossibilité pour les classes moyennes de vivre en ville et donc de prendre part à la vie publique. La ville-monde rentre dans une spirale ségrégative car elle est transformée par les grandes entreprises et la finance. La ville est pourtant le lieu du combat pour l'égalité, sauf qu'aujourd'hui les frontières sont au cœur même de nos villes. Comment les effacer ? Les traverser pour un véritable dialogue citoyen ? La ville est complexe mais incomplète, elle est ouverte et fragilisée, et elle vivra toujours plus longtemps qu'une entreprise. Alors quelle forme lui donne-t-on ? A qui donne-t-on le pouvoir de la transformer ?
Finance: sujet absconc mais intéressant
Réunir des gens qui travaillent dans la finance est extrêmement intéressant dans une annalyse de la ville contemporaine. On comprend en les écoutant de quelle manière les schémas économiques modèlent nos villes. Pourtant, il faut s'accrocher quand on n'est pas initié !
Le parti pris du Forum Smart City était de faire parler les intervenants sur la question de la finance « responsable », à la croisée de la finance solidaire (crowdfunding, et autre) et de la finance … Ces nouveaux modèles dont on parle donneront peut être assez vite de nouveaux visages à nos villes !