Séance de la Convention nationale du 5 prairial an III (Réimpression de l'ancien Moniteur, t. XXIV, n° 250, p. 542-543)
CLAUZEL : Puisqu’on me force à parler, je vais dire ici la vérité tout entière : je déclare donc que c’est à la lâcheté que quelques-uns de nos collègues ont montrée, lors du procès des grands coupables, que nous devons tous les malheurs qui depuis ont eu lieu ; il faut des mesures sévères pour faire le bien ; je persévère donc à demander que les comités envoient sur-le-champ des courriers extraordinaires à l’île d’Oléron, pour faire ramener à Paris et traduire à la commission militaire les ci-devant membres de cette assemblée condamnés à la déportation ; secondement, que la Convention nationale décrète que tous ceux qui donneront asile aux autres représentants qui se sont soustraits au décret d’arrestation que vous avez lancé contre eux seront aussi traduits à la commission, et jugés comme conspirateurs.
[…]
BOURDON de l’Oise : Je suis bien loin de m’opposer aux mesures sévères que l’on propose, je suis trop convaincu de leur nécessité ; souvenez-vous d’un mot profond de l’un des scélérats que vous avez envoyés au château de Ham. « Cette Convention, disait-il à l’officier qui le conduisait, n’entend rien en révolution ; si nous avions été les plus forts, nous ne les eussions pas envoyés à Ham. » Je suis de l’avis de les faire juger par une commission militaire ; mais il ne faut pas que la république paie, pour de pareils scélérats, les frais d’un voyage ; je demande donc qu’ils soient jugés par une commission nommée, sur les lieux où ils se trouvent, par les comités de gouvernement.
La première proposition de Clauzel ainsi amendée par Bourdon est décrétée, sauf rédaction.
CHARLES DELACROIX : Je dois à la vérité de dire que notre collègue Prieur.…. (Les murmures interrompent l’orateur et l’obligent d’abandonner la parole.)
[Le Courrier français (n° 80, p. 5) donne une version légèrement différente :
Charles Lacroix veut encore réclamer pour Prieur, de la Marne. Ma conscience me fait un devoir…
De te taire, dit Ph. Delville [Philippe-Delleville, député du Calvados]. C’est un assassin, c’est un des principaux chefs de la journée du premier prairial, s’écrie une grande majorité de l’assemblée.]
BOURDON : Il faut que vous débarrassiez enfin le sol de la liberté de bien d’autres monstres qui n’ont été révolutionnaires que pour puiser dans le sac ou tremper leurs mains dans le sang : un Pache, un Bouchotte, un Marchand, un Daubigni, un Héron, un Audouin, et bien d’autres scélérats, doivent enfin subir la peine de leurs forfaits. Il n’y a que la mort qui puisse les empêcher d’ébranler de nouveau les colonnes de la liberté. Je demande que les comités vous fassent un rapport général.
Cette proposition est décrétée.
















