Dans une Europe en pleine effervescence culturelle s'éveilla l'âme d'Augusta Holmès, compositrice de son état, dont les racines irlandaises, greffées au sol fertile de la France, s'épanouirent avec une exubérance remarquable. À cette époque où les salons de Paris vibraient au diapason de géants tels que Liszt ou Wagner, elle, créatrice insoumise, faisait éclore des chefs-d'œuvre : symphonies, opéras, cantates et chœurs s'échappaient de sa plume fébrile. Dans ce siècle qui confinait trop souvent les femmes au mutisme, elle se vit contrainte de dissimuler son génie sous le masque d’un pseudonyme masculin. Son art, fusion exaltante de la poésie mélodique française et de la hardiesse wagnérienne, fut porté aux nues de son vivant, mais sombra, tel Icare après son envol, dans les abîmes de l'oubli posthume. Augusta, en dépit de son éclatante réussite, illustrée par des opus magistraux tels que « Roland furieux », se vit dénier, de manière presque impie, sa place au panthéon de la musique classique. Le voile de l'ignorance ne fut déchiré qu'au crépuscule du XXIe siècle, époque de sa résurrection artistique, où sa musique, longtemps étouffée, se mit à retentir de nouveau, rappelant avec éloquence la lutte opiniâtre pour que la création féminine brille enfin sans entraves.