Hayman Seleg Mendelssohn - Portrait de Cécile Chaminade au piano, 1890.
Paris, 1870. En cette paisible fin d'après-midi, le compositeur Georges Bizet est tranquillement installé dans le salon de ses amis, les Chaminade. Soudain, la fille de la famille, Cécile, s'installe au piano et se met à jouer. Bizet est sous le choc. Quel talent ! Le compositeur décide de l'encourager à intégrer le Conservatoire, mais se heurte à un obstacle de taille : le père de la jeune Cécile qui destine sa fille à la très conventionnelle carrière d’épouse et de mère. Georges Bizet obtient néanmoins que Cécile suive des cours privés avec les professeurs du Conservatoire. La jeune musicienne y prend goût. Elle profite d’une absence de son père pour donner son premier concert public, alors qu’elle n’a que dix-huit ans. Comme Bizet, ses contemporains sont subjugués par son talent. Au grand dam de son père, la carrière de Cécile Chaminade est lancée. Déjà brillante pianiste, elle se prend de passion pour la composition. Des mélodies à la musique de chambre ou d'orchestre en passant par des pièces vocales, rien de l'arrête. Elle produit plus de 400 œuvres ! Lorsque son père décède, Cécile Chaminade plie bagage et part conquérir le monde. De l'Angleterre à la Turquie, elle fait salle comble. Les grands de ce monde se l'arrachent : le président américain invite la musicienne à déjeuner et Victoria, la reine d'Angleterre, la reçoit régulièrement dans son château. Georges Bizet a bien fait d'y croire : celle qu'il surnommait « mon petit Mozart » est devenue une star. Quand la guerre éclate, à cinquante-sept ans, elle accepte de prendre la direction d'un hôpital londonien, abandonnant complètement la musique. Après la guerre, elle ne se produit plus en public, mais compose encore de loin en loin. « Épuisée par des courses incessantes, décalcifiée par les excès d'un régime alimentaire végétarien mal conçu, elle doit être amputée d'un pied en 1936. » Elle se retire du monde à Monte-Carlo, où elle meurt, presque oubliée, le 13 avril 1944. Cécile Chaminade est décorée de l'ordre national de la Légion d'honneur avec le grade de chevalier, le 14 juillet 1913. Elle est la première musicienne à recevoir cette distinction.


















