Conte initiatique IV/ Gulizar, fille à la rose d’or
Bientôt, la jeune fille franchit une passerelle flamboyante. Des boules incandescentes dansent autour d’elle alors que de fines lianes de flammes tombent d’immenses colonnes. Sur le sol lumineux, des pétales aux couleurs automnales forment un tapis d’ambre se fêlant sous les pas de la jeune fille. Au bout de la passerelle or, de grandes auréoles jaunes enveloppent deux corps illuminés. Gulizar est accueillie par Sémiramis et Balthazar, souverains du monde de Dhriti, en terre de feu. Lentement, leur manteau de chaleur la recouvre et Gulizar réconfortée par la présence de Sémiramis et de Balthazar, plonge dans un sommeil profond, éreintée par son voyage.
Quelques heures plus tard, la jeune fille à la rose d’or se réveille. Autour d’elle, des pans de tissus couleurs miel volent tandis que les rayons du soleil tapissent les murs de la chambre qu’elle occupe. La luminosité qui envahit chaque recoin de la pièce est particulière. Gulizar semble faire « Un » avec cette douce et éclatante lumière qui caresse son épiderme. En son esprit, la jeune fille est reposée, prête à continuer sa route à la recherche du Prakâsha.
Elle aperçoit sur l’unique table de la chambre une enveloppe à son attention. La jeune fille se lève curieuse de découvrir son contenu. Elle ouvre l’enveloppe et déplie délicatement l’étoffe qui s’y trouve. La lettre manuscrite aux caractères dorés forme un cercle parfait. Gulizar se met à lire à haute voix le mot : « La cité des joyaux réside en toi, la volonté alliée à l’énergie et à l’action te porteront vers ton être ultime… » proverbe du monde de Dhriti »
Au rythme des paroles mystérieuses qu’elle relit plusieurs fois de suite, Gulizar sent une étrange sensation bouillonner en elle. Au niveau de son nombril, une boule d’énergie invisible tourbillonne et grandit, au fur et à mesure qu’elle saisit le sens du proverbe de la terre de feu. Elle sent qu’en son cœur les battements sont en train de se métamorphoser et son jugement se fait de plus en plus objectif.
Gulizar est habitée par une quiétude singulière : « Mes yeux perçoivent tant de subtilité et en mon cœur la lucidité règne. Les enseignements de Prabhu me permettent de comprendre l’émotion et la raison qui résident en moi. Et la volonté qui m’anime me permet tant de me découvrir… »
De sa fenêtre, la jeune fille à la rose d’or contemple le paysage qui s’offre à elle. Des pépites de lumière jaune-or brillent entre les piliers de flammes alors que des vagues de feux brodent le ciel. Au pays du monde de Dhriti, c’est la paix et l’équilibre des éléments qui dominent. Chaque recoin est bercé dans l’énergie lumineuse et la matière se fond à l’environnement.
Un jeune homme vient à la rencontre de Gulizar pour la convier au jardin Mantra, où Sémiramis et Balthazar l’attendent. Sur leur balancelle, les souverains mêlent leur énergie aux rayons du soleil : des sphères, tantôt citron, tantôt safran, valsent autour d’eux. Jamais Gulizar n’a vu de lumière aussi éclatante resplendir autour d’un corps. Ces auréoles se meuvent au rythme de leurs gestes, s’agrandissant au fil des sourires.
Sémiramis prend la parole : « Gulizar, fille de Mérou, c’est un long chemin que tu viens de parcourir ! Des émotions confuses, ton cœur a ressenties ! Mais jamais tu n’as reculé. De t’apitoyer sur ton sort ne menait à rien sinon t’alourdir davantage. De t’affronter telle que tu es, avec tes valeurs et tes défauts, tu l’as fait… Tu fais preuve d’une grande force Gulizar. »
La jeune fille est touchée au plus profond d’elle. Elle sent que le Croissant la porte vers l’ultime connaissance. En son cœur, la joie se fait sincère : « Je dois continuer ma route pour trouver le Prakâsha dont je ne connais ni la forme, ni le sens. Les miens sont si loin de moi…
-Tu as hâte d’étreindre les tiens… L’absence se fait douloureuse mais utile, Gulizar ! Tu penses à Mansour, ton amour… La confiance qui t’habitait a été ébranlée. Ton bien-aimé t’a-t-il trahie ? Auras-tu de nouveau foi en celui qui t’as promis le mariage ? Ton Ego s’est-il servi de ta faiblesse afin de se nourrir ? Un long chemin t’attend encore, fille de Mérou et tu devras l’accomplir seule. Tu ne dépends d’aucune ancre sinon de la tienne. Tu es la seule responsable de ta route… Jamais ne l’oublie ! Tu ne sais où trouver le Prakâsha et à quoi il ressemble… Mais en ton cœur, tu sauras. Tes yeux ont grandi depuis ton départ de Mérou. »
Gulizar acquiesce chaque parole prononcée par la souveraine et s’exclame : « Ô, Sémiramis, tant de vérités dans tes paroles… Tu as su sonder mes présentes incertitudes… Lorsque je me suis retrouvée chez Béryl, maître du royaume de l’Esprit, je ne pensais vivre une telle expérience ! Le fruit de l’action a tant de bienfaits sur mon être… Depuis que cet étrange voyage a débuté, je ne cesse de grandir. Je sens qu’en mon cœur, la raison et l’émotion s’équilibrent… Mes pas s’allègent au fil de ma longue marche et mon souffle jadis inquiet fait de plus en plus confiance… Le proverbe du monde de Dhriti inscrit sur l’étoffe que vous m’avez offerte m’encourage à avancer. J’irai jusqu’au bout de ma quête !»
Gulizar sait qu’elle doit reprendre la route à la recherche du Prakâsha. Son corps, son esprit et sa parole remplis d’énergie positive lui donnent la volonté nécessaire pour avancer vers l’inconnu. Ni peur, ni manque se font ressentir. La jeune fille à la rose d’or est emplie par la paix qui règne au monde de Dhriti. Sémiramis et Balthazar enlacent la jeune femme avant qu’elle n’emprunte le pont torsadé. Le souverain du monde de Dhriti lui chante au loin : « Soliman, le clairvoyant se pose dans sa demeure vaporeuse… Tu emprunteras l’enivrant sentier de jasmin. Entre les pics émeraudes, tu traverseras. Le dégoût de la vie pourrait te prendre, mais Soliman, le clairvoyant t’attend… »