Conversation olfactive avec James Heeley.
James Heeley est un jeune et talentueux parfumeur. Il a étudié Philosophie à Londres et, après un parcours professionnel très varié, il est devenu parfumeur. Voilà ce il m’a dévoilé pendant un entretien lors du lancement de son dernier parfum, Note de Yuzu, à Milan, Corso Como 10.
Renata : T’as fait tes études en Angleterre et après des différentes expériences, tu t’es passionné aux parfums. Comment ça ?
James : J’ai étudié philosophie et ça a changé un peu mon regard sur la vie, J’ai compris l’importance de faire quelque chose qu’on aime, d’essayer de choisir soi-même un chemin et de ne pas forcement accepter tout ce qu’on est attendu de nous. La philosophie m’a donné la confiance intellectuelle pour choisir. Pour moi le parfum c’est quelque chose d’inattendu, c’est un choix de liberté. Après la philosophie, j’ai fait pas mal de choses : du théâtre, de l’architecture, du design. J’étais très intéressé par les art. Pour moi arriver dans la parfumerie c’était le résultat d’avoir expérimenté tant de choses, tant de différents milieux. Pour moi le parfum est le carrefour des art. Ce n’était pas moi qui a décidé d’entrer dans ce domaine, mais c’est quelque chose que j’ai expérimenté et qui m’a fasciné et intrigué. Pour moi tout ça c’est l’expression de la liberté.
Renata : T’as dit que créer un parfum c’est comme cuisiner. En cuisine et en parfumerie, quelle est la matière première que tu aimes le plus travailler ?
James : C’est très difficile de dire ce que j’aime le plus. En général ce que j’adore le plus c’est le plus simple, par exemple un très bon poisson, parfaitement cuisiné, avec des très bonnes pommes de terre. Pour la parfumerie c’est un peu similaire. Ce que j’aime, c’est de faire des choses simples. Même si, souvent, c’est assez compliqué de faire simple. Il s’agit de choisir des matières premières de grande qualité, d’essayer de les sublimer pour trouver des facettes intéressantes ou inattendues. Je trouve aussi que la cohérence est très importante. Par exemple, dans Note de Yuzu il y a de la cohérence et des liens très logiques. En agriculture le yuzu japonais est le croisement de la mandarine et du citron et en parfum ça donne un petit peu la senteur de pamplemousse. La matière première pamplemousse existe en parfumerie, mais le yuzu n’existait pas. Pour le créer il a fallu chercher des matières, des accords qui pourraient créer cette impression olfactive. Le yuzu est fait en grande partie par le mariage entre le citron, la mandarine et le pamplemousse. Ça donne une très bonne impression du yuzu.
jamesheeley.com
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Renata : Tu préfères les matières premières naturelles ou synthétiques ?
James : Je n’ai pas de préférences. Souvent les synthétiques sont là pour substituer les matières premières naturelles qui sont devenue trop rares, trop chères, ou trop difficiles à obtenir. Elles donnent aussi une constance et une régularité au parfum. Quand on travaille avec des matières naturelles c’est plus romantique, puisqu’elles sont issues de la terre, mais les substitues synthétiques sont plus simples, plus constantes, il y a moins de surprises. Les matières naturelles sont comme des associations de plusieurs matières synthétiques, par exemple le vétiver d’Haïti contient des notes de foin, de terre, de bois, moi j’y sens un peu la menthe, le pamplemousse, et le géranium. La lavande me rappelle un petit peu le romarin, Dans le romarin on peut sentir un petit peu de menthe et un petit peu d’eucalyptus aussi. En plus il faut dire qu’aujourd’hui il est extrêmement difficile de faire des parfums 100% naturels, parce que la plupart des matières premières animales sont substitués par des matières premières synthétiques, pour des raisons évidentes. Il faut aussi respecter des lois européennes à propos des allergènes. Et voilà que l’expertise du parfumeur est de trouver des solutions pour produire un parfum en respectant tout ça.
Renata : Etre parfumeur indépendant, comment ça se passe ?
James : Ce n’est pas une volonté d’être indépendant. Au départ, je n’avais pas le choix, parce que je n’ai pas commencé en travaillant dans une grande Maison. Faire du parfum est une activité qui nécessite de la pratique, c’est comme être musicien, ou peintre, ou chef. On ne peut pas seulement étudier pour apprendre, mais il faut le faire, le vivre. On devient tout ça parce qu’on a une énergie, une volonté. Et les idées viennent parce qu’on travaille sur une matière, sur un accord, sur une idée qui donne d’autres idées. La création inspire la création. En plus c’est moi-même qui dessine les flacons et les bouchons. Le dessin graphique et le packaging est un peu la première rencontre avec le parfum, comme les vêtements d’une personne, c’est un langage et j’aime le parler.
Renata : Comment tu gère tes racines anglaises et ta formation française ?
James : Je ne me pose pas trop la question. J’ai des gouts anglais, je suis très attiré par des matières tel que la menthe, qui me rappelle aussi les notes vertes du gazon, très présent en Angleterre. J’aime aussi les agrumes, qui sentent l’Italie, mais avec qui on fait la « marmalade » anglaise. Les Français aiment les chyprés, les notes un peu plus orientales et les Italiens sont beaucoup plus ouvert à des matières comme les notes ambrées, l’encens. C’est à travers mes voyages que j’ai appris à être ouvert à d’autre notes. Bon je suis anglais, je produis mes parfums en France, j’habite en Belgique et je voyage beaucoup. Je me sens très européen.
With the courtesy of: Jamesheeley.com
Special thanks to: Progettocaffeina.com and Isella Marzocchi that made it possible
Le carrefour des arts Conversation olfactive avec James Heeley.







