Corps augmenté
La médecine se distingue par ses tentatives constantes d’amélioration et d’entretien du corps qu'elle engage, et qui impliquent dans certains cas le recours à une hybridation homme-machine. Mais quel est le statut de ces deux corps, le corps mécanique et le corps organique, l’un incorporé dans l’autre ?
Ernesto Neto propose avec Humanoïds des structures molles dans lesquelles l’utilisateur peut se glisser comme dans un vêtement. Ces formes remettent en question la géométrie du corps qui les porte. Ces ajouts sont des entraves mais ils peuvent porter le corps autant qu’il les porte : une personne peut s’asseoir sur cette amas mou. La matérialité de la prothèse, son aspect et son comportement flasque autant que la couleur chair à l’intérieur rappellent des bourrelets de peau. Cet élément ne peut pas être qualifié de pièce de mobilier, bien qu’il puisse servir à s’asseoir mais il rejoint le vêtement. L’expression de seconde peau est souvent utilisée pour le désigner, une seconde peau que nous enlèverions chaque jour comme un reptile mue. Il est intéressant de voir qu’un objet puisse être intégré au corps humain et y être associé alors qu’il s’agit d’une enveloppe.
Cette notion d’enveloppement du corps touche aussi le mobilier. Darragh Casey, dans son projet Shelving the body, crée des structures proches des étagères standard qu’il aménage de manière à créer des logements pour silhouettes humaines. Contrairement au projet d’Ernesto Neto où le corps venait se fondre dans l’objet, le corps devient lui-même un objet qu’il faut pouvoir ranger.
En envisageant le corps comme objet, on s’aperçoit qu’il est un pan-objet, tel un couteau suisse, grâce à sa grande plasticité. En effet, le corps peut remplir de nombreuses fonctions. L’artiste Éric Madeleine, sous le pseudo Made in Eric, se fait meuble : pendant une durée déterminée, il donne à son corps une fonction et le loue. Le Corbusier en a fait un outil de mesure puis une norme selon laquelle il bâtissait.
Toutefois, quelque soit sa capacité d’adaptation, le corps humain étant par nature de la chair habitée par la pensée, il ne peut compléter sa transformation car il ne s’inscrit pas dans la même temporalité que les objets qu’il remplace, ni dans la même logique marchande.









