POST-SCRIPTUM 851
RICHARD PINHAS, Un Rêve sans conséquence spéciale, SouffleContinu Records
Chez Heldon, personne n’aime particulièrement les notes de pochette. Mais bien que les disques du groupe en soient exempts, ceux-ci n’en fourmillent pas moins d’indices référentiels d’allure cryptée. Évidemment, le patronyme du groupe fait écho à un roman de science fiction de Norman Spinrad, mais peut-être sait-on moins que le titre du présent album provient d'un enregistrement pirate de King Crimson datant de 1974, manière élégante de signifier, justement, la filiation entre le leader de Heldon, c’est-à-dire le guitariste (et joueur de synthétiseurs) français Richard Pinhas, et Robert Fripp, son homologue au sein de la formation britannique. De même, Richard Pinhas apprécie les philosophes Lyotard, Nietzsche et Deleuze (dont il a suivi les cours à Vincennes), la pochette d’Un Rêve sans conséquence spéciale citant d'ailleurs un autre intellectuel, Pierre Klossowski, versé dans la théologie celui-là, selon qui tout créateur se doit de provoquer un « état d'insécurité s’écartant du régime oppressif de la médiocrité », des mots qui ont tout d’une profession de foi pour Richard Pinhas !
Cinquième album d’Heldon, originellement sorti en 1976 sur le label Cobra, Un Rêve sans conséquence spéciale marque l’arrivée de Richard Pinhas dans les studios Davout après avoir été un précurseur du home studio. Un local particulier lui est même réservé, où il entrepose un Moog 3 ayant appartenu à Paul McCartney. Intense, violent, âpre, abrasif, sans concession : ce premier disque réalisé sur place s'inscrit dans le sillage des quatre précédents, à la fois précurseur du rock industriel et du post-rock, démontrant une fois encore que les références des débuts à la « guérilla électronique » (et à William S. Burroughs) n’étaient pas vaines ! Nouveaux venus dans cet univers, le bassiste Didier Batard (Cœur Magique, Triptyque), présent sur un morceau, et le batteur François Auger (repéré sur le cinquième album de Gérard Manset) achèvent de transformer Heldon en un power trio de feu le temps de l’inspiré « MVC II ». Sans compter que le fidèle Patrick Gauthier est de l’aventure, tout comme Jannick Top (Magma), sur un seul morceau chacun, eux aussi.
À l’écoute du résultat, on comprend pourquoi Merzbow, Wolf Eyes et Oren Ambarchi, dans les années 2000, ont souhaité enregistrer en compagnie de Richard Pinhas ! L’on se dit aussi que la comparaison habituellement faite entre Heldon / Richard Pinhas et King Crimson / Robert Fripp, aussi pertinente soit-elle, s’avère insuffisante, tant Un Rêve sans conséquence spéciale navigue bien au-delà de ces seuls rivages.
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In Heldon nobody particularly likes liner notes. However, although the groups’ albums have none they abound, from the very beginning, with clues and often cryptic references. The name of the group, obviously, comes from a science fiction novel by Norman Spinrad, but perhaps it is less well known that the title of the album Un Rêve Sans Conséquence Spéciale (1976) is taken from a pirate recording of King Crimson made in 1974, an elegant way to state the possible lineage between guitarist (and synthesizer player) Richard Pinhas and Robert Fripp, his peer in the British band. Likewise, Richard Pinhas values the philosophers Lyotard, Nietzsche and Deleuze (whose lessons he followed at Vincennes), and the cover of Un Rêve Sans Conséquence Spéciale quotes another intellectual, Pierre Klossowski, a theology specialist, according to whom all creators owe it themselves to provoke a “state of insecurity straying from the oppressive regime of mediocrity”, words which could be considered as a mission statement for Richard Pinhas!
Having been a precursor of the home studio, Richard Pinhas came to the Davout studios to record the fifth Heldon album Un Rêve sans conséquence spéciale originally released in 1976 on the Cobra label. He had a special space reserved for him, where there was a Moog 3 which had belonged to Paul McCartney. Intense, violent, bitter, abrasive, uncompromising: the first on-site recording is in keeping with the four predecessors, prefiguring both Industrial- and post-rock, showing once again that the early references to “guerrilla electronics” (and to William S. Burroughs) were not in vain! The newcomers to this universe, bassist Didier Batard (Cœur Magique, Triptyque), on one track, and drummer François Auger (heard on the fifth album by Gérard Manset) finally transform Heldon into a fiery power trio for the inspired “MVC II”. Without forgetting that the faithful Patrick Gauthier is also on board, as is Jannick Top (Magma), each on one track.
Listening to the result it is easy to understand why Merzbow, Wolf Eyes and Oren Ambarchi, in the 2000s wanted to record with Richard Pinhas! It must also be noted that the often-made comparison between Heldon / Richard Pinhas and King Crimson / Robert Fripp, while still pertinent, is insufficient, as Un Rêve Sans Conséquence Spéciale breaks much new ground beyond those horizons.
















